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Full text of "Histoire naturelle des insectes, composée d'après Réamur, Geoffroy, Degéer, Roesel, Linné, Fabricius, et les meilleurs ouvrages qui ont paru sur cette partie; rédigée suivant la méthode d'Olivier, et ornée de figures dessinées d'après nature"

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HISTOIRE NATURELLE 


DES INSECTES. 


TOME VII. 


PRET di AE tt te E »' be. d ” 


Suite du Cutalogue de Manuels.  ? 


Manuel d'Astronomie, par M. Bailly. Un volume orné de plan- 
ches. 2° édition. 2 fr. fo c. 
Manuel Biographique, ou Dictionnaire historique abrégé des 
grauds Hommes , par M. Jacqnelin et M. Noël , inspecteur-géné- 
ral des études. 2 gr. vol. 6 fr 
Manuel complet de Botanique , contenant les principes élémen- 
aires de cette science ; par M. Boitard. Un vol. de 450 pages, 


orné de planches. 3 f. 50 c. 
Manuel du Boulanger et du Meunier, par M. Dessables. 
Un vol. a fr. Soc. 
Manuel du Brasseur, ou l'Art de faire toutes sortes de Bières, par 
M.Riffault. Deuxième edit. Un vol. af.5oc. 
Manuel du Chamoiseur, Maroquinier, Peaussier et Parchemi- 
nier; par M. Dessables. Un vol. orné de planches. af. 


Manuel du Chandelier et du Cirier, suivi de l'Art de fabriquer 
la Cire à cacheter; par M. L. Sébastien Lenormand. Un volume 


orné de figures. 3 fr. 
Manuel du Charoutier, où VArt d'accommoder toutes les parties 
du cochon, par madame Celnart. Un vol. 2Ë.50 ç. 
Manuel du Charpentier, ou Traité complet de cet Art; par M. Va- 
lentin. Un gros vol. orné de 10 planches. 3 fr.5oc. 
Manuel du Chasseur et des Gardes-Chasse. Un vol. Nouvelle 
édition, 3 fr. 


Manuel de Chimie, par M. Riffault. Un vol. ae édition. 3 fr. 
Manuel de Chimie amusante , par le même: Un vol.2e édit. 3 fr. 
Manuel de la bonna Compagnie, ou V'Ami de la politesse, 


Un vol. Quatrième édition, a fr. oc. 
Manuel du Cuisinier et de la Cuisinière, par M. Cardelli: 
Un vol. Cinquième édition. 2 fr, 5o e. 


Manuel des Dames , ou l'Art de la Toilette, suivi de l'Art du 
Modiste , du Mercier-Passementier, par mad. Celnart. Un vol. 3 f. 
Manuel des Demoïselles, ou Arts et Métiers qui leur con- 
viennent et dont elles peuvent s'occuper avec agrément; par 
madame Elisab. Celnart. Un vol. orné de planches, 2e édit. 3 fr. 


Manuel du Dessinateur, ou Traité complet de cet Art, par 


M. Perrot. 1 vol. orné d’un grand nombre de planches. 3f. 
Manuel du Dessinateur et de l'Imprimeur Lithographe, par 
Brégeaut, lithographe breveté. Un vol. orné de planches. 3f. 


Manuel du Destructeur des Animaux nuisibles à l'Agriculture, 
à l'Economie domestique, etc. , par M. Vérardi. Un vol. orné de 


planches. 3f. 
Manuel du Distillateur-Liquoriste, par M. Tæbeaud. Deuxième 
édition. Un vol. 3 fr. 

. 


— UT 7 VE VONT] ES VO OR ET 


HISTOIRE NATURELLE 


DES INSECTES, 


COMPOSÉE 


D'APRÈS RÉAUMUR, GEOFFROY, DEGÉER ; ! 


ROESEL, LINNÉ, FABRICIUS, 
Et les meilleurs Ouvrages qui ont paru sur cette parties 


RÉDIGÉE SUIVANT LA MÉTHODE D'OLIVIER, 
ET ORNÉE DE FIGURES DESSINÉES D'APRÈS NATURE. 


PAR EF. M. G, T. DE TIGNY, 
Membre de la Société d'Histoire naturelle de Paris. 


TROISIÈME ÉDITION, 
Revue , augmentée et mise au niveau des connaissances 
actuelles , 


PAR M. F. E. GUÉRIN, 


Membre de la Société d'Histoire naturelle de Paris 
et de plusieurs autres Sociétés savantes. 


TOME SEPTIÈME. 


PARIS, 


RORET, LIBRAIRE, RUE HAUTEFEUILLE, 


AU COIN DE CELLE DU BATTOIR. 


1828. 


Dans 


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HISTOIRE NATURELLE 
DES INSECTES: d 


ORDRE DEUXIÈME. 


LES NÉVROPTÈRES. : 


RE vs 


ESS 


CARACTÈRES DES GENRES 


DE L'ORDRE DES NÉVROPTÈRES. 


w 


PREMIÈRE SECTION. 


Trois articles aux tarses, 


G. Libellule. 


Anrenes très courtes, sétacées : cinq a 
ticles, dont le premier beaucoup plus gros 
que les autres. 
Deux antennules insérées à la base externe 
des mâchoires : deux articles, dont le pre- 
VIT. I 


2 HISTOIRE NATURELLE 


mier très court, le second beaucoup plus 
long, presque cylindrique. 

Abdomen terminé dans les mâles par deux 
petits crochets. 

Trois petits yeux lisses. 


G. Perle. 


Antennes longues, sétacées ; articles nom- 
breux, très courts; le premier un peu plus 
gros. 

Quatre antennules filiformes assez lon- 
gues; les antérieures composées de quatre 
articles; les postérieures de trois, 

Abdomen términé dans la plupart des es- 
pèces par deux soies distantes et sétacées. 

Trois petits yeux lisses. 


DEUXIÈME SECTION. 
Quatre articles aux tarses, 


G. Raphidies. 


Antennesfiliformes, de longueur moyenne; 
artiélés égaux , peu distinets , le premier un 
peu plus gros que les autres. 

Quatre antennules courtes, presque éga- 


Ne lt V féhoste à 7 


“ 


DES NÉVROPTÈRES, 3 


les, filiformes ; les antérieures composées de 
quatre articles, les postérieures de trois. 
Abdomen terminé, dans la femelle , par 
un appendice sétacé, assez long. 
Trois petits yeux lisses. 


TROISIÈME SECTION. 
Cinq articles aux tarses. 


G. Hémérobe. 


Antennes sétacées, assez longues ; articles 
très nombreux et peu distincts. 

Quatre antennules inégales, filiformes ; les 
antérieures composées de quatre articles; 
les postérieures de trois. 

Abdomen simple. 

Point de petits yeux lisses. 

G. Myrméléon. 

Antennes courtes, renflées vers l’extré- 
mité ; articles très courts. 

Six antennuleswinégales, filiformes; les 
postérieures très longues. 

Abdomen terminé par deux crochets'dans 
les mâles. 

Point de petits yeux lisses. 


k HISTOIRE NATURELLE 


G. Ascalaphe. 


Antennes longues, filiformes, terminées 
en masse; articles courts, un peu grenus, 
les trois derniers renflés. 

Six antennules inégales, filiformes. 

Abdomen terminé par deux crochets dans 
les mâles. 

Point de Paie yeux lisses. 

ï 


G. Panorpe. 


Antennes longues, filiformes; articles très 
courts et très nombreux, 

Quatre antennules égales, filiformes; les 
antérieures composées de quatre articles ; 
_les postérieures de trois. 

Abdomen terminé dans le mâle par une 
queue articulée armée de pinces. 

Trois petits yeux lisses, 


G. Frigane. 


Antennes longues, sétacées; articles très 
aombreux, très courts; le premier un peu 
plus gros. 

Quatre antennules inégales, filiformes ; 
les antérieures plus longues et composées de 


DES NÉVROPTÈRES. 5 
cinq articles ; les postérieures courtes, com- 
posées de quatre. 

Abdomen simple. 

Trois petits yeux lisses. 

G. Éphémére. 

Antennes très courtes etsubulées; articles 
nombreux, à peine distincts. 

Quatre antennules très courtes, peu ap- 
parentes, égales, filiformes; ; les antérieures 
composées de quatre Pa: 4 les posté- 
rieures de trois. 

Abdomen terminé par deux ou trois filets 
longs et sétacés, 

Trois petits yeux lisses. 


G. Thermes. 


Antennes moniliformes, de la longueur 
. du corselet; quatorze articles arrondis et 
distincts. 

Quatre antennules égales, filiformes; les 
antérieures composées de quatre articles ; 
les postérieures de trois. 

Deux petits yeux lisses. 


OR Sn, nb - RS OR SR. D D sd ré “St en 


6 HISTOIRE NATURLLLE 


A ARR AA RAR AV AI LA AR RAR RAI A/S RARE ARR A/R RAR 


ORDRE DEUXIÈME. 
DES NÉVROPTÈRES. 


Ox a donné le nom de névroptères à des 
insectes qui ont quatre ailes nues , transpa- 
rentes comme du tale, formées par une mem- 
brane très mince, soutenues par un grand 
nombre de nervures longitudinales et trans- 
versales qui forment une espèce de réseau. 
Quoique les ailes des névroptères ne soient 
point couvertes d'écailles colorées comme le 
. sont celles des lépidoptères, elles sont très 
brillantes ; vues à un certain jour elles of- 
frent plusieurs couleurs, Quelques hémé- 
robes, friganes, myrméléons, panorpes et 
ascalaphes , ont les leurs chargées de taches 
de différentes nuances, Elles sont beaucoup 
plus longues que l’abdomen, presque d’égale 
longueur, excepté dans les panorpes et les 
éphémères; elles sont posées en toit sur 
l'abdomen dans les myrméléons, les fri- 


nn TV ons Si » des de , Adi Es Li. 


DES NÉVROPTÈRES. 7 


ganes, etc.; étendues horizontalement ou 
droites dans les libellules : quelques espèces 
les ont croisées sur l’abdomen. 

La tête de ces insectes est plus ou moins 
grosse; les antennes sont placées à sa partie 
antérieure; de chaque côté sont les yeux 
à réseau; il y a sur le front trois petits yeux 
lisses, qui manquent aux myrméléons et 
aux hémérobes, et au bas de sa partie an- 
térieure est la bouche. 

Les antennes sont simples, composées de 
plus ou moins d’articles, distincts dans de 
certaines espèces, peu distincts dans d’au- 
tres ; celles des libellules et des éphémères 
sont courtes, minces, subulées; celles des 
perles , des hémerobes, des panorpes, des 
friganes, sont longues et filiformes ; elles 
sont longues dans les ascalaphes, courtes 
dans les myrméléons , et terminées en masse. 

Les yeux à réseau sont saillans, arrondis, 
colorés et très brillans dans les libellules et 
les hémérobes. 

Le nombre des pièces qui composent la 
bouche des névroptères varie; ces insectes 
ont une lèvre supérieure, une lèvre infé- 


! dti 


le, Moses jé, cdd ou A 


8 HISTOIRE NATURELLE 


rvieure, deux mandibules, deux mâchoires, 
quatre ou six antennules ÿ quelques espèces 
n’ont point de mandibules : toutes ces pièces 
servent à l'insecte À saisir ses alimens , les 
broyer, ou les contenir pendant la masti- 
cation; elles sont plus ou moins solides, se- 
lon la nature des alimens dont l’insecte doit 
se noürrir. Leur position est différente ; les 
mandibules et les mâchoires sont placées de 
chaque côté de la partie inférieure de la 
tête, et se meuvent latéralement; les man- 
dibules sont très fortes, dentées et aiguës 
dans les libellules, qui sont carnassières ; 
celles des éphémères, qui en font peu ou 
point d'usage, sont très faibles. Les mà- 
choires portent les antennules, qui sont de 
petites pièces mobiles plus ou moins articu- 
lées ; la lèvre supérieure est placée au-dessus 
de l’ouverture de la bouche, la lèvre infé- 
rieure au-dessous; elles se meuvent de haut 
en bas , et couvrent en partie les mandibules 
et les mâchoires, lorsque l’insecte les tient 
croisées. 

Le corselet est lisse, renflé, comprimé et 
tronqué dans quelques espèces; les ailes sont 


Mi - à dat dent? MES CSS dd de | 


DES NÉVROPTÈRES, 9 


attachées à chacun de ses côtés on à sa 
partie supérieure ; l'abdomen du plus grand 
nombre est allongé, mince, cylindrique, 
composé de plusieurs anneaux ou segmens 
souvent distincts : celui de quelques mâles 
est terminé par deux crochets qui leur ser- 
vent à saïsir la femelle pendant l’accouple- 
ment; dans d’autres espèces, il est terminé 
par deux ou trois soies dans les deux sexes, 
ou par un appendice long et sétacé comme 
dans les femelles des raphidies. 

Les pates sont au nombre de six, atta- 
chées à la poitrine; elles sont de longueur 
moyenne , composées de quatre pièces, qui 
sont la hanche, la cuisse, la jambe et le 
tarse ; cette dernière partie est plus ou moins 
articulée et terminée par deux petits cro- 
chets. C’est du nombre des articles des tarses 
qu'on a tiré les caractères qui servent à 
diviser les insectes de cet ordre en trois 
familles. 

Si ces insectes sous l'état parfait offrent 
“entre eux de grandes différences, ils n’en 
offrent pas moins sous l’état de larves, tant 
par leurs formes que par leurs habitudes. 


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10 HISTOIRE NATURELLE 


Presque toutes les larves sont carnassières ; 
elles sont pourvues de mâchoires dures et 
écailleuses; elles ont six pates. Les unes sont 
aquatiques, et restent dans l’eau jusqu’à ce 
qu’elles subissent leur dernière métamor- 
phose; les autres se tiennent sur les feuilles 
et les branches des arbres, où elles font la 
guerre aux pucerons : telle est la larve de 
l’hémérobe. Celle du myrméléon fait un trou 
en terre où elle se tient cachée, pour mieux 
saisir l’insecte imprudent qui passe près 
d'elle. Celles qui vivent dans l’eau ont des 
organes qu’on croit analogues aux ouies des 
poissons, propres à faciliter l'inspiration et 
l'expiration de l’eau; pour marcher et nager, 
elles font usage des pates dont elles sont 
pourvues; quelques unes ont des filets pla- 
cés dans différens endroits de leur corps, 
qui leur servent à exécuter ces mouvemens 
avec plus de facilité. Toutes ces larves trou- 
vent dans l’eau une nourriture abondante, 
soit qu’elles vivent d’insectes, soit qu’elles 
se nourrissent de plantes, Ces différentes 
larves sortent d'œufs dont les uns ont été 
déposés dans l’eau ou sur des plantes aqua- 


nl a de else fe “he pe Er à de ol tt OZ tt 


DES NÉVROPTÈRES. IE 
tiques par les femelles, après qu’elles ont été 
fécondées par l’accouplement. Quelques unes 
de ces larves restent sous cet état la plus 
grande partie de leur vie, etensuite se trans- 
forment en nymphe; elles se construisent 
des fourreaux avec différentes espèces de 
matériaux, et les transportent partout avec 
elles; elles y ménagent deux ouvertures 
qu’elles bouchent avant de se changer en 
nymphe, et n’en sortent que sous leur der- 
nière forme ; d’autres ne restent que peu de 
temps sous l’état de larves, elles se changent 
en nymphes, qui diffèrent de la larve par 
des fourreaux placés de chaque côté du 
corps, et qui renferment les ailes que doit 
avoir l’insecte parfait. Sous ce nouvel état, 
la plupart mangent, croissent et agissent 
comme sous celui de larves; d’autres creu- 
sent des trous dans la terre qui bordeles ri- 
vières, et y vivent renfermées plusieurs an- 
nées avant de parvenir à l’état parfait. Après 
avoir vécu aussi long-temps sous la forme de 
larves, ces insectes ne jouissent de la vie que 
pendant quelques heures, lorsqu'ils sont de- 
venus habitans de l'air. 


12 UISTOIBE NATURELEE. 


Quelques unes de ces larves en changeant 
d'état ne changent point d’inclination : l’in- 
secte parfait, de même que la larve, ne 
respire que la destruction; pourvu d’ailes 
qui le portent avec rapidité, il vole conti- 
nuellement dans les endroits où il croit 
trouver de quoi satisfaire son appétit car- 
nassier; lorsqu'il rencontre un insecte faible, 
il s’élance sur lui, le saisit avec ses mâ- 
choires, et l'emporte pour le manger à son 
aise. Tous les insectes de cet ordre ne con- 
servent point sous le dernier état le goût 
qu’ils avaient sous celui de larves; ils ne 
font plus la guerre aux autres insectes; le 
plus grand nombre ne paraît occupé qu'à 
perpétuer son espèce, et après l’accouple- 
ment la femelle s’empresse de déposer ses 
œufs dans des lieux où les petits qui doivent 
en sortir puissent trouver une nourriture 
convenable. Les insectes dont les larves sont 
aquatiques les confient à quelques plantes 
qui croissent dans l’eau, ou les déposent 
dans l’eau même. Ceux dont les larves vi- 
vent hors de l’eau, les collent sur les feuilles 
ou les tiges des arbres. Enfin, toutes ces fe- 


ét LÉ dd Éd 


DES NÉVROPTÈRES. 13 
melles, après avoir pourvu à la sûreté de 
leur postérité, et les mâles après l’accouple- 
ment, meurent, quelques femelles aussitôt 
après la ponte, les autres plus tard; mais 
aucun de ces petits animaux ne voit une 
autre génération, 


M. Latreille ( Règne animal) partage 
l'ordre des névroptères en trois familles. 


VIX, 2 


un à NT ER SR: st LR SR) de dé SL Se. ds dé) à. es tte | 
“ 


14 HISTOIRE NATURELLE 


A AS AR A AA A/S I AA ARR ARR RARE AR AR RAA 


PREMIÈRE FAMILLE. 


LES SUBULICORNES, SUBULICORNES. 


Antennes en forme d'alène, guère plus longues 
que la téte ? de sept articles au plus, dont 
le dernier sous la figure d'une soie; man- 
dibules et mdchoires entièrement couvertes 
par le labre et la lévre , ou par l'extrémité 
antérieure. et avancée de la tête; ailes 
étendues horizontalement, où dans une 
situation perpendiculaire. 


I. Mâchoires cornées très fortes, recouvertes par 
les deux lèvres; trois articles aux tarses; ailes égales, 
et l'extrémité de l'abdomen terminé simplement 
par des crochets ou des appendices en lames où en 
feuillets. 

Le grand genre des demoiselles (lbellula, Lxxw.) 
est partagé ainsi qu’il suit : 

1e G. Lumezrure proprement dit, 
libellula. 
Ailes étendues horizontalement dans le 
repos; tête presque globuleuse, avec les 
yeux très grands , contigus, Ou très rap- 


sait alt 22 bus, 2: din ‘ai CR, SE nt ns: 


DES NÉVROPTÈRES. _a5 
prochés; division mitoyenne de la lèvre 
plus petite que les latérales, qui se joignent 
en dessus par une suture longitudinale, et 
fermant exactement la bouche; abdomen 
en forme d’épée, ou aplati. 


2° G. JESune, Æshna. 

Semblables aux libellules propres par la 
manière dont elles portent les ailes et par 
la forme de la tête, mais qui ont le lobe 
intermédiaire de la lèvre plus grand, et les 
deux autres écartés, armés d’une dent très 
forte, et d’un appendice en forme d’épine; 
abdomen toujours étroit et allongé à la ma- 
nière d’une languette. 


3 G. AGRION, Agrion. 

Ailes s'élevant perpendiculairement dans 
le repos; tête transversale, avec les yeux 
écartés. 

IT. Bouche entièrement membraneuse, ou très 
molle, composée de parties peu distinctes; quatre 
articles aux tarses; ailes inférienres beaucoup plus 


petites que les supérieures, où même nulles; abdo- 
men terminé par deux soies. 


1% G. ErmËmèRE, Æphemera. 


16 HISTOIRE NATURELEE 


A M AS SR A A A A AE RAT AL ARR ARE RE ARR 


DEUXIÈME FAMILLE. 


LES PLANIPENNES, PLANIPENNES, 


Mandibules très distinctes , grandes ou 
moyennes ; ailes inférieures étendues ; ou 
simplement un peu repliées ou doublées 
au bord interne ; leur largeur ne surpas- 
sant jamais notablement celle des deux 
autres ; larves , lorsqu'elles sont aquati- 
ques , ne vivant pas dans des tuyaux por- 
tatifs et construits par elles. 


I. Cinq articles à tous les tarses ; extrémité anté- 
rieure de la tête prolongée et rétrécie, en forme de 
bec ou de trompe. 


1% G. Némoprère, Nemoptera. 


Ailes supérieures écartées , presque ova- 
les, très finement réticulées ; les inférieures 
très longues et linéaires ; point d’yeux lisses. 


96 G. Binraque, Bittacus. 


Les quatre ailes égales et couchées ho- 
rizontalement sur le corps ; des yeux lisses; 


Rd LÉ STANDS. à tds CS ne 


DES NÉVROPTÈRES, 17 


abdomen presque semblable dans les deux 
sexes ; pieds très longs. 


3° G. Panonre, Panorpa. 


Ayant les ailes et les yeux lisses, comme 
dans le genre précédent; abdomen des 
mâles terminé par une queue articulée , 
presque à la manière de celui des scorpions, 


avec une pince au bout; pieds de longueur 
moyenne. 


4° G. BoréE, Boreus. 


Aïles en forme d’alène, recourbées au 
bout, plus courtes que l'abdomen, et man- 
quant dans les femelles, où cétte parlie du 
corps est terminée par une tarière en sabre. 


IT. Cinq articles à tous les tarses ; antennes plus 
grosses vers le bout, et composées d’un grand 
nombre d'articles; six palpes. 


5° G. Founur-rion, Formica-leo. 


Antennes grossissant insensiblement , pres- 
que sous la forme d’un fuseau, crochues 
au bout, et beaucoup plus courtes que le 
corps ; abdomen très long et linéaire, 


ot ie edés see à ns, nds né .à latte, 
. - 


18 HISTOIRE NATURELLE 


6° G. Ascazarne, Ascalaphus. 


Antennes longues, et terminées brusque 
ment en bouton; abdomen ovale, oblong, 
guère plus long que le corselet. 


III. Antennes en filets; quatre palpes, 
7° G. Hémérose, Hemerobius. 


Premier segment du tronc fort petit; 
ailes en toit ; dernier article des palpes plus 
épais , ovoide et pointu. 


8e G. Seuexine , Semblis. 


Premier segment du tronc grand, en forme 
de corselet; ailes couchées horizontalement 
sur le corps; palpesfiliformes, avecle dernier 
article conique ou presque cylindrique. 

IV. Tarses ayant au plus quatre articles; mandi- 
bules toujours cornées, fortes; ailes inférieures de la 


grandeur des supérieures ou plus petites, sans plis 
au côté intérieur. 
9° G. RarminiE , Raphidia. 
Ailes en toit; tête allongée, rétrécie en 
arrière ; corselet long, étroit, presque cylin- 
drique. 


DES NÉVROPTÈRES.. 19 


10€ G. TERMITE , Termes. 
* * Ailes couchées horizontalement sur le 
corps , très longues ; tête arrondie; corselet 
presque carré, ou en demi-cercle. 


119 G. PsoquE, Psocus. 


Premier segment du tronc très petit; 
palpes labiaux peu distincts; ailes infé- 
rieures plus petites que les supérieures ; 
deux ou trois articles aux tarses. 

V. Trois articles aux tarses; mandibules presque 
toujours en partie membraneuses et petites; ailes 


inférieures plus larges que les supérieures, doublées 
sur elles-mêmes au côté interne. 


12€ G. Perze, Perla. 


20 HISTOIRE NATURELLE 


D A A A AL AIT TT A RE BAR ARR 


TROISIÈME FAMILLE. 
LES PLICIPENNES, PLICIPENNES. 


Point de mandibules ; ailes inférieures plus 
larges que les supérieures ; plissées dans 
leur longueur. 


19 G. FRiGanE, Phriganea. 


DES LIBELEULES. 21 


DT TE EE EN EE TS 


ORDRE DEUXIÈME. 


LES NÉVROPTÈRES. 


PREMIÈRE SECTION. 


Trois articles aux tarses. 


XIV GENRE. 


LIBELLULES. 


Caractères génériques. Antennes très courtes, séla- 
cées, composées de cinq articles, dont le premier 
beaucoup plus gros que les autres. — Deux an- 
tennules insérées à la base externe des mâchoires, 
composées de deux articles, le premier très court, 
le second heaucoup plus long, presque cylin- 
drique. — Abdomen terminé dans les mâles par 
deux petits crochets. — Trois petits yeux lisses. 


Les libellules sont connues dans presque 
toute la France, même par les enfans, sous 
le nom de demoiselles, qu’elles doivent vrai- 
semblablement À la longueur et à la finesse 


L. 


hd atteint db … à ra do sd bn À cé cn Lhe db Lo > ont 


22 HISTOIRE NATURELLE 


de leur corps. Leurs ailes n’offrent point 
des couleurs aussi variées que celles qui 
ornent les ailes des papillons, mais elles 
sont extrêmement transparentes , et comme 
celles de différentes mouches, elles parais- 
sent être de gaze : vues à un certain jour, 
elles sont brillantes, dorées ou argentées, 
et quelques unes ont des taches colorées. 

Quelques espèces sont du plus beau bleu; 
d’autres n’ont de cette couleur qu’à l’ori- 
gine et à l’extrémité du corps, et sur le 
corselet; le reste est brun : les unes sont 
d'un vert soyeux; souvent ces couleurs se 
trouvent combinées sur le corps de plusieurs 
espèces où elles forment des lignes et des 
taches. 

Les libellules se rendent dans les jardins, 


parcourent les campagnes, volent volon- 


tiers le long des haïes ; mais où on les voit 
en plus grand nombre, c’est dans les prai- 
ries et surtout le long des ruisseaux , des 
petites rivières, près des bords des étangs 
et des mares. L’eau est leur pays natal; 
après en être sorties , elles s’en rapprochent 
pour lui confier leurs œufs. Ces demoiselles, 


nie, sh és, , Hat de OS Sense, — HOT S  -i 2. à 


DES LIBELLULES. 23 


qui plaisent par leurs formes élégantes , la 
variété de leurs couleurs, et une sorte de 
brillant, ont des inclinations très meur- 
trières ; loin d’aimer à se nourrir du sue des 
fleurs et des fruits , elles ne se tiennent dans 
les airs que pour fondre sur les insectes 
ailés qu’elles peuvent y découvrir, et man- 
ger tous ceux dont elles peuvent se saisir. 
Elles ne sont pas diffciles sur le choix de 
l'espèce; on en voit se rendre maîtres de 
petites mouches à deux ailes, de grosses 
mouches bleues de viande, souvent même 
de papillons diurnes, qu’elles emportent en 
l'air entre leurs dents. C’est leur inclination 
vorace qui les conduit le long des haies sur 
lesquelles beaucoup de mouches et de pa- 
pillons vont se poser, et qui les ramène sur 
les bords des eaux où voltigent différens in- 
sectes; elles cherchent les cantons peuplés 
de gibier. 

Réaumur, qui a suivi les habitudes de 
ces insectes dans tous les instans de leur 
vie, et qui a écrit leur histoire d’une ma- 
nière si intéressante et si instructive, les a 
divisés en trois familles ou genres. Chacune 


its tint tt hmte se, filé lits ht dé dE << dun 


24 HISTOIRE NATURELLE 


de ces familles a des caractères constans, 
qui servent à la distinguer des autres. Les 
libellules de la première famille ont le 
corps court, aplati, diminuant insensible- 
ment de largeur , depuis son origine jusqu’à 
son extrémité; la tête arrondie, presque 
sphérique. Celles de la seconde famille ont 
de même la tête grosse et sphérique, mais 
leur corps est cylindrique dans toute sa 
longueur. Celles de la troisième famille ont 
la tête proportionnellement plus petite ; elle 
est courte et large, et leur corps est cylin- 
* drique.. 

Degéer n’a divisé les libellules qu’en 
deux familles : la première est composée 
de celles qui forment les deux premiers 
genres de Réaumur, dont la tête est grosse 
et sphérique, et qui portent leurs ailes éten- 
dues et parallèles au plan de position; la 
seconde, de celles qui ont la tête large et 
courte, et qui portent ordinairement leurs 

… ailes élevées au-dessus du corps. Nous sui- 
vrons cette méthode, qui est celle adoptée 
par M. Olivier. 

Toutes les libellules naïssent dans l’eau 


.DES LIBELLULES. 25 


et y prennent leur accroissement complet ; 
tant qu’elles y vivent, leur forme est assez 
semblable à celle qu’elles avaient en sortant 
de l’œuf. Sous l’état de larves, elles ont six 
pates ; elles se changent en nymphes lors- 
qu’elles sont encore jeunes et très petites ; 
ce changement d’état n’en produit aucun 
bien sensible dans leur figure; on aperçoit 
seulement sur le dos de la nymphe quatre 

| petits corps plats et oblongs, qui sont les 
fourreaux des ailes que doit avoir l’insecte 
parfait. La couleur de ces nymphes n’offi 
rien de bien remarquable; elles sont Ordinai- 
rement d’un vert brun, souvent couvertes de 
boue ; leurs pates sont attachées au corselet ; 
elles diffèrent peu de celles qu’elles auront 
par la suite; leur abdomen est composé de 
dix anneaux. Ces nymphes vivent , nagent 
ctrespirent dans l’eau à la manière des'pois- 
sons. Celles qui composent la première fa- 
mille peuvent aisément être observées dans 
des momens où elles aspirent et respirent ; 
c'est au bout postérieur de ces larves qu’est 
l'ouverture qui donne entrée à l’eau et par 
laquelle elle est ensuite chassée. Cette ou- 

VI, 3 


stèle ANT) dl à jé Éd dé dé Se des 


26 HISTOIRE NATURELLE 


verture est entourée par cinq petits corps , 
dont quatre sont de forme triangulaire, et 
trois seulement bien sensibles dans les larves 
de la première famille. De ces trois pièces 
triangulaires, l’une est au-dessus dans la 
ligne du dos et les deux autres sur les côtés; 
dans l'intervalle qui se trouve entre ces 
pièces, on en aperçoit une beaucoup plus 
petite de même figure, et lorsque la larve 
ferme son derrière , ces cinq pièces lui for- 
mentuneespèce de queue pyramidale. Toutes 
les fois qu'elle a des excrémens à rendre , 
ou qu’elle veut aspirer l’eau, elle ouvre cette 
pyramide , écarte les pointes qui étaient réu- 
nies À son sommet ?, et pendant que les 
pièces sont écartées on voit une ouverture 
ronde, au moins d’une demi-ligne de dia- 
mètre, dans les larves de grandeur mé- 

* Ces pointes triangulaires sont des armes offen- 
sives et défensives dont Réaumur a va plusieurs 
nymphes du second genre faire usage pendant qu'il 
les tenait : elles recourbent lenr corps pour tâcher 
de saisir les doigts entre leurs pointes, qu’elles tien- 
ment écartées; quand elles y parviennent, elles 


serrent avec assez de force pour faire une impression 
douloureuse. 


de. lentes bé db TEE Se à 


DES LIBELLULES, 27 


diocre ; des jets d’eau en sortent par inter 
valle; ils sont quelquefois assez gros pour 
la remplir entièrement, et poussés avec as- 
sez de force pour être portés à plus de 
deux ou trois pouces de l’insecte. Si on tient 
une larve hors de l’eau, et qu’on la remette 
ensuite dans un vase où il n’y en ait qu’une 
quantité suffisante pour la recouvrir, elle 
fait alors des inspirations et des aspirations 
fréquentes, et les jets d’eau qu’elle lance 
sont plus considérables; dans d’autres temps 
on n’aperçoit qu’une lente circulation au- 
tour de son derrière, mais chaque fois qu on 
la met hors de l'eau on ne manque guère 
de voir partir un jet. 

Pendant qu'on la tient entre ses doigts 
on peut apercevoir le jeu des principales 
parties , au moyen desquelles elles respirent 
l’eau ; le trou qui est au bout du dernier 
anneau est le plus souvent bouché par des 
chairs verdâtres, mais dans plusieurs mo- 
mens il se fait une ouverture au milieu de 
ces chairs, qui permet de voir dans la ca- 
pacité du corps, On voit trois pièces plates , 
qui étaient dans un même plan, s'élever s 


.— ssttht dédtiinet “halls ut sh. jé dé D à 


28 HISTOIRE NATURELLE Ê 


ellessont à peu près d’égale grandeur, faites 
en demi-cercle, et un peu concaves vers 
l'intérieur; une de ces pièces est attachée à 
la circonférence de la partie supérieure de 
l'anneau, et chacune des deux autres l’est 
à la circonférence d’un des côtés ; elles lais- 
sent en tout temps un vide triangulaire, mais 
peu sensible, parce qu'il est bouché par 
des parties qui sont dans l'intérieur : lors- 
que ces trois pièces, en se relevant et se 
portant vers le derrière, s’écartent les unes 
des autres, les parties qui étaient au-dessous 
s'en éloïignent , et s'approchent du corselet : 
on voit alors par le trou qu'elles ont laissé 
ouvert, l'intérieur de la capacité du corps, 
qui paraît un tuyau vide et qui l’est en 
grande partie, dans l'étendue qui répond 
aux cinq derniers anneaux : la capacité qui 
est vide alors, ou qui s’est seulement rem- 
plie d'air, se serait remplie d’eau s’il s’en fût 
trouvé à portée du derrière, 

Pour voir distinctement ce quise passe pen- 
dant que la larve fait entrer de l’eau dans son 
corps , et pendant qu'elle l'en fait sortir, pen- 
dant qu'elle l'inspire ot la respire , on peut 


DES LINELLULKS. 29 
en faire tomber quelques gouttes sur la tête 
de celle qu’on tient entre ses doigts, la tête 
en‘bas, dans un moment où les cinq pièces 
écailleuses qui lui forment une espèce de 
queue, se sont écartées les unes des au- 
tres ; à peine les gouttes seront-elles tom- 
bées, que les trois pièces en coquilles se 
releveront , pour laisser une ouverture qui 
permette à l’eau d'aller plus loin. Si on jette 
un coup d’œil sur l'extérieur du corps, on 
jugera que dans le même instant sa capas 
cité intérieure s'est agrandie; on verra le 
ventre, qui était plat, devenir convexe, et 
les deux côtés s'éloigner Pun de l’autre : 
alors le corps a un certain degré de trans- 
parence , si on le regarde vis-à-vis le grand 
jour, dans l'instant où l’eau va être poussée 
dans son intérieur ; on remarque une espèce 
de gros tampon qui s'éloigne du derrière 
pour aller vers le corselet, et la capacité 
formée par les cinq amneaux postérieurs 
paraîtra devenir vide, On imagine aisément 
la causo qui fait entrer l'eau dans uné ca- 
pacité agrandie par le jeu d’une espèce de 
piston, Dans le moment suivant, on verra 


st 1408, va tn ÈS db. Dé jé nd = É: < 
— 


30 HISTOIRE NATURELLE 


ce piston ou tampon retourner vers le der 
rière, les parois du corps se rapprocher , 
et un jet d’eau sortira; on ne sera pas plus 
embarrassé sur la cause qui aura fait sortir 
cette eau, que sur celle qui l’aura faitentrer. 

Réaumur, qui a voulu s'assurer que le 
jeu de cette espèce de tampon était réel , a 
coupé le corps d’une libellule vers le cin- 
quième anneau, dans le moment où le tam- 
pon paraissait étre autant éloigné du der- 
rière qu’il lui était possible; la partie pos- 
térieure qui fut détachée du reste, se trouva 
alors presque vide de parties solides ; mais 
un coup de ciseau semblable, donné à une 
autre nymphe dans un instant où le tam- 
pon n’avait pu s’être autant rapproché que 
dans le cas précédent, détacha la partie 
postérieure , remplie d’un grand nombre de 
parties solides. 

Dans, cette dernière circonstance, selon 
Réaumur , ou lorsqu'on ouvre le corps d’une 
larve dans toute sa longueur, cette masse, à 
laquelle il a donné le nom de tampon, et 
qui ne parait être rien de plus, vue au tra- 
vers de parois peu transparentes, offre da 


LE Re dd Dee Se à D "à 


DES LIBELLULES. 3x 


quoi fixer des yeux qui sont sensibles aux 
merveilles qui se trouvent dans l’organisa- 
tion des animaux : ils remarquent avec ad- - 
miration que cette espèce de tampon est un 
lacis de vaisseaux qui servent aux insectes 
pour respirer l'air ; ce sont des branches de 
trachées sans nombre, entrelacées les unes 
dans les autres; quatre troncs presque aussi 
* longs que le corps , dont il y en a deux de 
chaque côté, l’un au-dessus de l’autre, jet- 
tent des branches vers le milieu de leur lon- 
gueur, et de là, jusqu’à leur extrémité, en 
jettent de plus en plus. A leur bout, ils sont 
si proches les uns des autres, qu’il semble 
se fendre pour en fournir : c’est du côté in- 
térieur de chaque tronc qu'il en part le 
plus, et ce sont celles qui vont se lacer 
avec les branches des autres troncs. Il fau- 
drait, ajoute Réaumur, avoir donné plus de 
temps à l'examen de ces vaisseaux pour 
découvrir ce que leur position a de régu- 
lier, et comment ils se terminent, mais ce 
sont de vraies trachées ; elles en ont non 
seulement la blancheur et le luisant satiné , 
mais toute la structure qui est propre aux 


à alien cd 4 D. à né DR dd 5 éèd mit fit CO" her 
- 


32 HISTOIRE NATURELLE 


trachées des insectes. Chacune est formée 
par une infinité de tours d’un fil cartilagi- 
neux, tourné en spirale, dont notre auteur 
a dévidé une longueur de plus de trois 
pouces, en prenant le bout qui se présentait 
dans l'endroit où une grosse trachée avait 
été cassée en deux; cest même sur ces 
trachées qu’il est le plus facile de voir que 
celles des insectes ne sont qu’une suite d’un 
prodigieux nombre de tours d’un fil extré- 
mement délié, appliqués les uns contre les 
autres. Une de ces trachées, observée au 
microscope, paraîtra cannelée transversale- 
ment ; la masse de ce fil fait l'office d’un pis- 
ton, qui sert à faire entrer l'eau dans le 
corps de l’insecte et à l’en chasser, lorsque 
Vair qu’elle contenait a été absorbé par l’ex- 
trémité des trachées qui s’y ramifient. Il 
paraît d’ailleurs que cette larve, passant 
à l’état de nymphe, ou de chrysalide, a 
également besoin de respirer l'air; on en 
a la preuve, dit Réaumur, en examinant 
son corselet, sur lequel on voit quatre stig- 
mates , dont deux placés en dessus , près de 
sa jonction avec le corps ; ils sont remar- 


PES SE St ST 


TNT 


L] 
DES LIBELLULES, 33 


quables par leur grandeur; chacun des 
deux autres est placé au-dessus de l'origine 
des deux premières paires de pates, assez 
près de la jonction du corselet avec le cou. 

La nymphe a d’autres stigmates plus dif- 
ficiles à voir ; ils sont beaucoup plus petits 
que les précédens et plus cachés ; chaque 
anneau , excepté peut-être le dernier, en a 
deux , un de chaque côté. 

On peut huiler les stigmates de ces nym- 
phes sans les faire périr, soit que l’huile 
ne s’y attache pas, à cause de l'eau qui les 
mouille, ou qu'ils soient si prompts à se 
fermer, que l'huile n’ait pas le temps d’y pé- 
nétrer; mais il nous paraît plus probable 
que ces stigmates ne sont d'aucun usage à 
la nymphe, ce sont plutôt les moules ou les 
empreintes de ceux que doit avoir l'insecte 
parfait. 

Le canal des alimens va en ligne droite, 
depuis la bouche jusqu’à l'anus; mais il a 
trois renflemens qu’on peut regarder comme 
trois estomacs, analogues peut-être aux 
différens estomacs des ruminans. 

L’extérieur de ces nymphes fournit des 


dr. d'OS. à LS d'RÉ ds à. ie ft ns dr | 


Ld 

34 HISTOIRE NATURELLE 
particularités dignes d’être étudiées, et ai- 
sées à voir. Chaque nymphe porte une es- 
pèce de masque; ceux des nymphes des 
trois différens genres de Réaumur ont des 
formes différentes. Celles du premier genre 
ont sur le front un masque convexe, ar- 
rondi, que cet auteur nomme casque. Celui 
des nymphes du second genre est aplati ; il 
l'appelle masque plat, et il donne le nom 
de masque plat et effilé à celui des nymphes 
du troisième genre. 

Ces nymphes ont quatre dents solides, 
larges et longues, qui se rencontrent au-de- 
vant et sur le milieu de la bouche, qui est 
grande. Cette bouche et ces dents ne sont 
visibles que quand on fait violence à une 
nymphe pour les mettre À découvert; elles 
sont cachées par le masque qui couvre le 
devant et le dessus de la tête, au-dessus de 
laquelle les yeux sont placés ; ce masque se 
termine par une espèce de menton; il est 
solide et d’une matière cartilagineuse. On 
y distingue une espèce de suture qui le di- 
vise en deux parties, dont l’intérieure, plus 
courte que l’autre, est nommée par Réau- 


nm du dates 1. ni fée tt 


DES LIBELLULES. 35 


mur /e Jront du masque, Vautre la menton- 
nière. Ce masque n’est qu’appliqué contre 
la tête, il ne lui est nullement adhérent ; 
on peut aisément l'en éloigner au moyen 
d’une pointe fine, alors on voit distincte- 
ment la bouche et les dents. 

Quand on éloigne le masque de la tété, 
on le fait tourner comme sur un pivot. Le 
menton est articulé avec une pièce qui est, 
en quelque sorte, le pied ou le support 
du masque, et son origine est auprès du 
cou : la face extérieure de cette pièce, 
comme la face extérieure du masque, est 
cartilagineuse ; mais les faces intérieures de 
lun et de l'autre sont recouvertes de chair, 
et c’est là où sont placés les muscles qui 
assujettissent le masque contre la tête, 

Le seul usage du masque n’est pas de cou- - 
vrir la bouche, il doit encore la fournir 
d’aliment. Outre la suture transversale dont 
nous avons parlé, il y en a une autre lon- 
gitudinale sur le front, qui le divise en deux 
païties égales jusqu’à la suture transversale : - 
au moyen de ces différentes sutures, la nym- 
phe ouvre, comme il lui plaît, l’une ou 


36 HISTOIRE NATURELLE 


l'autre de ces deux partiès à la fois. Ces 
nymphes, qui sont carnassières, et qui sont 
continuellement à l'affût des insectes aqua— 
tiques dont elles se nourrissent, se servent 
de ces pièces, que Réaumur nomme des 
volets, pourattraper leur proie. Les bords 
de ces pièces ont des dentelures qui les tien- 
nent assemblées lorsque le masque est fermé; 
ce sont des vraies dents très fines, mais 
fortes, propres à retenir l’insecte qui a été 
saisi. Chaque volet a encore une longue 
pointe qui part de son angle intérieur. 

Le masque plat des nymphes du secoud 
genre est, pour l'essentiel, construit comme 
le précédent ; le front, au lieu d'être fait 
de deux volets, l'est de deux espèces de 
serres, dont chacune est terminée par une 
longue et forte pointe écailleuse, Une nym- 
phe qu'on tient dans la main , fait souvent 
sentir que ces pointes sont capables de per- 
cer des insectes ; elle perce avec ses dents 
lés chairs de la main qui lui fait violence ; 

"mais leurs piqüres ne sont ni dangereuses ni 
bien douloureuses. L'insecte tient ordinaire- 
ment ces pinces couchées l’une sur Pautre , 


DES LIBELLULES, 37 
de manière qu’on ne les distingue que quand 
on cherche à les voir. : 

Les masques plats et effilés des libellules 
du troisième genre ont vis-à-vis de la bou- 
che une ouverture en forme de losange ; 
elle n’est visible que lorsqu'on éloigne le 
masque de la tête : dans la position ordi- 
naire, elle est bouchée par un bouton 
charnu qui est comme la langue de la nym- 
phe; il est placé auprès de la dernière paire 
des dents. Les serres de ces masques se tien- 
nent par quatre pointes longues , écailleuses, 
courbes, qui semblent étre des doigts déliés, 
dont lun; plus court que les autres, est 
analogue au pouce. Chacune de ces serres 

est articulée à un des bords du masque ; 

“quand elles sont écartées l’une de l’autre, 
On voit deux pièces qui s’accrochent en- 
semble; chacune de ces pièces sert d’ap- 
pui à une des serres quand celles-ci sont 
posées sur le masque. 

Ces dernières nymphes ont à l'extrémité 
de leur corps, qui est plus long et plus 
effilé que celui des autres, trois espèces de 
nageoires plates, cartilagineuses, de figure 

VII. 4 


38 HISTOIRE NATUREULE 

ovale, plus étroites à leur origine qu'à leur 
extrémité ; chacune a une grosse côte qui la 
partage en deux parties égales; de cette 
côte partent des filets dirigés comme le sont 
les barbes des plumes. D’autres espèces de 
ce même genre ont trois pièces cartilagi- 
néuses analogues aux piquans des nymphes 
du premier et du second genre , en ce qu’elles 
peuvent se réunir pour former à l’insecteune 
queue pointue , et qui semble d’une seule 
pièce. Ces dernières nageoires sont beau- 
coup plus longues que les piquans. auxquels 
nous les comparons; celle du milieu, atta- 
chée au-dessus du comps, est plus courte 
que les deux autres : toutes les trois vont en 
diminuant depuis leur origine jusqu’à l’ex- 
trémité, qui se termine en pointe, et elles 
sont pliées en gouttière. 

La plupart des larves, et peut-être toutes, 
vivent dix à onze mois sous l’eau avant 
d'être en état de se transformer en insecte 
parfait. Pendant cet intervalle, «elles chan- 
gent plusieurs fois de peau : c’est depuis le 
milieu du printemps jusqu'au commence- 
ment de l'automne que leur métamorphose 


— 


a 


de ddl. sis on - de cal at Scie 


DES LIBEILLULES:. 39 


a lieu. On connaît que ce temps approche, 
non seulement par la grandeur des nym- 
phes, mais par la figure que prennent les 
fourreaux des ailes ; les deux d’un même 
côté deviennent plus détachés l’un de l’au- 
tre; dans plusieurs espèces ils changent de 
position ; au lieu d’être appliqués à plat sur 
le corps, ils se sont redressés, 

C’est hors de l’eau que doit s’accomplir 
la grande opération qui fait passer l’insecte 
de l’état de larve à celui d’habitant de l'air. 
Cependant toutes les nymphes que l’on voit 
sur le bord d’un bassin ou d’un ruisseau, 
ne sont pourtant pas prêtes à devenir ailées ; 
ce sont celles que l’on trouve sur des tiges 
ou des branches de plantes qui se prépa- 
rent à quitter leur dépouille. ‘ 

Les unes se métamorphosent une heure on 
deux après être sorties de l’eau, d’autres sont 
un jour entier avant de changer de forme. 

La nymphe, en sortant de l’eau, reste à 
Pair un certain temps pour se sécher ; en- 
suite elle se met en marche, et cherche un 
endroit où elle puisse être commodément. 
C’est ordinairement sur une tige, où sur 


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40 HISTOIRE NATURELLE 


une branche, qu’elle cramponne ses pates, 
et s’y place toujours la tête en haut. 

La nymphe qui s’est fixée, et dont les 
yeux sont beaucoup plus transparens qu'ils 
ne l’ont été jusqu’à ce moment, se tient 
tranquille. Les mouvemens par lesquels la 
transformation est préparée se passent inté- 
rieurement ; le premier effet sensible qu’ils 
produisent est de faire fendre le fourreau 
sur le corselet, qui bientôt s'élève au-des- 
sus des bords de la fente, se gonfle, et 
l’oblige à devenir plus longue : parvenue à 
la hauteur des yeux, il se fait une seconde 
fente perpendiculaire à la première, qui 
s'étend d’un œil à l’autre, et la libellule, qui 
dans le moment a la faculté de gonfler sa 
tête, la dégage insensiblement de son en- 
veloppe ; ensuite elle fait sortir ses pates. 
Pendant que ses pates se dégagent , on ob- 
serve de chaque côté deux cordons blancs, 
attachés chacun à la partie de la dépouille 
qui couvrait le’ corselet : ce sont les quatre 
gros troncs des trachées de la nymphe; en- 
fin, pour achever de tirer ses pates de leurs 
étuis, elle se renverse la tête en bas; elle 


CET TS NT TT) OS TON OU ST SCT TS 
Fr 


DES LIBELLULES. 4x 


n’est alors soutenue que par ses derniers 
anneaux qui sont restés dans la dépouille; 
ils forment une espèce de crochet qui l’em- 
pêche de tomber. Après être restée un cer- 
tain temps dans cette attitude, elle sevre- 
tourne , saisit avec les crochets de ses pates 
la partie antérieure de son fourreau, s’y 
cramponne, et achève d’en tirer la partie 
postérieure de son corps. Alors ses ailes 
sont étroites, épaisses, posées les unes sur 
les autres, plissées comme une feuille d’ar- 
bre prête à se développer. Ce n’est qu'au 
bout d’un quart d’heure qu’elles ont acquis 
toutes les dimensions qu’elles doivent avoir; 
mais elles sont environ deux heures à se 
dessécher, et à acquérir assez de solidité 
pour soutenir la libellule, qui pendant que 
ses ailes sont dans cet état, reste dans 
l’inaction. Ces insectes quittent non seule- 
ment leur fourreau, mais encoreleur masque. + 

Dès que leurs ailes sont affermies, elles 
prennent l’essor comme les oiseaux de proie 
et pour le même objet. Elles doivent passer 
une partie de leur vie au milieu des airs; 
elles y font cent tours et retours pour y dé- 


.. 


Dé dns. à ss de = ot de — di à 


42 HISTOIRE NATURELLE 


couvrir d’autresinsectes ailés, auxquels elles 
soient supérieures en force, et s’en emparer. 
Les mâles ont bientôt un autre objet dans 
leur vol, qu'ils dirigent successivement de 
différens côtés, celui de trouver des femelles 
auxquelles ils puissent s'unir. Leurs amours, 
c'est-à-dire la manière dontse fait la jonction 
dumäle avec la femelle, est ce que l’histoire 
de ces insectes a de plus particulier à nous 
apprendre. Depuis le printemps jusque vers 
le milieu de l’automne, on trouve des libel- 
lules de différentes grandeurs et de diffé- 
rentes espèces ; le long des rivières et dans 
les prairies. On les voit sur les plantes ou 
en l'air, voler par paire : celle qui vole la 
première a l'extrémité de son corps posée 
sur le cou de celle qui suit toutes deux vo- 
lent de concert, ayant le corps étendu en 
ligne droite : le premier est le mäle, qui 
avec des crochets tient sa femelle par le cou 
et la conduit où il veut; ce qui ne paraît 
pas déplaire à la femelle, puisqu'elle agite 
ses ailes comme si elle était libre. 
Eeuwenhoek a cru que les deux bibellules 
ainsi jointes, le sont de manière à ce que 


ET) NS CNRS SU TE PT TT 
- 


DES LIBELLULES, 43 
le mâle féconde les œufs de la fémelle ; il a 
cru que le mâle avait à son derrière la 
partie qui sert à les vivier, et que l’ouver- 
ture destinée à recevoir cette partie était 
placée sur le corselet de la femelle; il a cru 
y voir le trou par où les œufs doivent sortir. 
Mais cette ouverture est placée dans les fe- 
melles en dessous de leur corps, presque à 
l'extrémité , et les parties du mâle en dessous 
des premiers anneaux, près dela jonction de 
l'abdomen avec le corselet : ce que Leuwen- 
hoek avait pris pour l’accouplement, n’en 
est que le prélude. 
Une femelle qui vole, a bientôt un mäle 
à sa suite, Si une autre femelle se pose sur 
une plante, elle n’y reste pas long-temps 
seule, quelque mâle ne tarde pas à venir 
voler autour et au-dessus d'elle, car le mâle 
tend toujours à prendre le dessus de la fe- 
melle, soit qu’elle vole ou qu’elle soit en 
repos. C’est au dessus desa tête qu’il en veut 
d’abord ; il cherche à s’en approcher assez 
près pour la saisir avec ses pates : dès qu'il 
la tient, il contourne son corps pour en 
amener le bout sur le cou dela femelle, et 


*. 
44 HISTOIRE NATURELLE 


dans l’instant il ly cramponne de manière 
qu’elle ne peut plus se séparer de lui : il se 
sert de deux grands crochets, dont l’extré- 
mité est mousse, avec lesquels il tient le cou 
de la femelle comme avec une pince. 

Si cette première jonction s’est faite en 

Vair, ils ne tardent pas à venir se poser sur 
une branche, le mâle toujours élevé au-des- 
sus de la femelle. 

Les préludes durent quelquefois une heure 
et plus; souvent on en voit se séparer après 
un temps aussi long, sans que le mâle ait 
pu vaiucre l’obstination de la femelle. 

Lorsqu'enfin la femelle se détermine à 
une action pour laquelle elle a d’abord 
montré de l'éloignement, elle contourne son 
corps, le porte ensuite sous le ventre du 
mâle, et à peine en a-t-elle approché, qu’elle 
se retire en arrière et reprend sa première 
attitude ; mais après avoir répété cette ma- 
nœuvre deux ou trois fois, elle finit par l'y 
fixer. 

- Pendant l’accouplement, le mâle tient sa 
femelle par le cou avec les deux crochets 
qui sont à l’extrémité de son corps; la fe- 


DES LIBELLULES. 45 
melle cramponne ses pates sûr l’abdomen 
du mäle, et dans cette position ils cher- 
chent la solitude sur quelques branches , où 
souvent ils sont troublés par un mâle ja- 
loux qui voltige autour d’eux. Si ce mâle 
arrive avant l’accouplement, il force quel- 
quefois son rival à prendre la fuite; mais 
celui-ci, en lui cédant la place, ne fuit point 
sans emporter avec lui sa femelle. Si dans 
ce moment l’accouplement est bien complet, 
il ne se fait aucun changement dans l’atti- 
tude de l’un et de l’autre, et le mâle est 
chargé du poids de la femelle qu'il enlève; 
mais s'ils sont forcés de s'éloigner peu de 
temps après qu'a commencé l’accouplement, 
la femelle dégage l'extrémité de son corps 
qu'elle remet en ligne droite, et Fun et 
l’autre volent ensemble, vont se poser sur 
une autre branche, et la femelle se rejoint 
au mâle plus facilement que la première fois. 

La durée de l’accouplement, comme celle 
de ses préludes, est plus ou moins longue, 
selon qu'il fait plus ou moins chaud ; on voit 
des libellules qui restent parfaitementjointes 
pendant plus d’une demi-heure, et qui, lors- 


46 HISTOIRE NATURELLE 

qu’elles sont tr blées, se séparent et s’ac- 
couplent de nouveau quelques minutes après. 
Réaumur croit que c’est en l’air que se fait 
la jonction parfaite de beaucoup d'espèces, 
entr’autres de celles à tête ronde et à corps 
long. 

Les femelles ne gardent pas long-temps 
leurs œufs après qu’ils ont été fécondés ; celles 
de la première division commencent et finis- 
sent leur ponte avant la fin du jour où elles 
se sont accouplées. Ces femelles pondent 
tous leurs œufs à la fois, ils sont réunis en 
une grappe qu’elles laissent tomber dans 
l’eau. Ces œufs sont blancs, moins oblongs 
que des œufs ordinaires : l'ouverture par la- 
quelle ils sortent de leur corps, est celle dans 
laquellé s’est introduite la partie du mäle 
qui les a fécondés ; elle est placée près de 
Vanus. Les œufs des femelles de la seconde 
division ne sont pas réümis en grappe comme» 
ceux des espèces précédentes. Réaumur 
croit qu’elles les pondent un un, et qu’elles 
ne se contentent pas de les jeter dans l’eau, 
mais qu’elles les confient à quelques plantes 
après y avoir fait des entailles propres à les 


DES LIBELLULES. 47 


recevoir. Il a trouvé à l'extrémité du corps 
de ces libellules deux plaques écailleuses ap- 
pliquées l’une contre l’autre, dont le bord 
extérieur est taillé en scie, et il croit ces 
parties destinées à couper la plante qui doit 
recevoir les œufs. 

Les parties du mâle au moyen desquelles 
il se joint à sa femelle, sont placées dans une 
portion du dessous du premier anneau; 
mais les plus essentielles et les plus remar- 
quables se trouvent dans toute la longueur 
du dessous du second. Celle qui caracté- 
rise le mâle saille en dehors d’une coulisse 
dans laquelle plusieurs pièces sont pla- 
cées. Cette partie et quelques autres, ne 
sont faites ni disposées précisément de la 
même manière dans les mâles des deux fa- 
milles. Réaumur va nous donner une idée 
générale de ces parties et de leur arran- 
gement. 

Le petit corps qui est propre au mâle, 
sort en tout temps un peu en dehors au-delà 
de la coulisse : au moyen d’une légère pres- 
sion , on lefait sortir davantage, et en même 
temps un autre corps plus gros auquel il 


tite CR. | nié nb dé den dd dd dé à 
48 HISTOIRE NATURELLE 
tient, Pour se faire une idée de l’un et de 
l'autre, on peut, dit Réaumur, se repré- 
senter un vase en forme de pot, qui aurait 
une anse qui s’éleverait au-dessus de ses 
bords, et dont le bout le plus élevé se ter- 
minerait par un bouchon engagé dans l'ou- 
verture du vase. Le petit corps qui saille 
dans des temps ordinaires est l’anse, dont 
un des bouts est engagé dans le vase même. 

. Cette espèce d’anse est probablement des- 
tinée à porter la fécondité dans les œufs de 
la femelle, dans le corps de laquelle elle 
s’introduit après s'être redressée. Ce bout 
est charnu et fendu ; quand on le presse, on 
peut remarquer qu'il s'ouvre, et la partie 
que notre auteur appelle le vase, a son 
autre extrémité en forme de queue qui de- 
vient déliée de plus en plus : elle est logée 
dans le troisième anneau. Réaumur décrit 
encore plusieurs autres pièces qui se trou- 
vent placées auprès des deux qu'il nous a 
fait connaître; il les croit destinées seule- 
ment à saisir les parties de la femelle qui 
touchent celles du mâle pendant l’accou- 
plement. 


de Mb et ET,  épnot: Éd. 


DES LIBELLULES, 19 

Les mâles des libellules de la grande es- 
pèce ont quelques unes de ces parties assez 
semblables à celles des mâles de la petite 
espèce, mais quelques unes en diffèrent : 
elles servent cependant toutes aux mêmes 
usages. 

Les libellules ont la tête assez grosse, hé- 
misphérique, tronquée postérieurement ; le 
front élevé et vésiculeux. 

Les yeux très grands, taillés à facettes ; 
dans quelques espèces ils sont réunis sur le 
sommet de la tête, de chaque côté de laquelle 
ils sont placés. 

Leur corselet est court, comprimé, 

L'abdomen est long, cylindrique, aplati 
dans quelques espèces , sillonné en dessous, 
terminé dans les mâles par deux crochets. 

Les ailes sont longues, étroites, un peu 
arrondies à l'extrémité; les supérieures et 
les inférieures ont à peu près les mêmes pro- 
portions; elles sont transparentes , réticu- 
lées, attachées à la partie supérieure du 
corselet : dans l’état de repos, les unes les 
portent étendues horizontalement, les autres 
élevées et parallèles à leur corps. 

vIx. 5 


5o HISTOIRE NATURELLE 


Les pates sont courtes; les tarses filiformes, 
composés de trois cn terminés par, deux 
crochets. 

Cegenre renferme un ni nombre d’es- 
pèces; plusieurs habitent les environs de 
Paris : nous décrirons quelques unes des plus 
remarquables par leurs couleurs. 


La Libellule aplatie, Libellula 


depressa. 


Cette espèce a près de trois pouces d’en- 
vergure ; elle est d’un brun un peu jaunâtre; 
le corselet a deux lignes jaunes; l'abdomen 
est en forme de lame d'épée, tantôt brun, 
tantôt couleur d’ardoïse , avec les côtés jau- 
nâtres. 

On trouve cette espèce aux environs de 
Paris et dans toute la France : elle est très 
commune. 


La Libellule bronzée, Libellula œnea. 


‘Cette espèce a plus de deux pouces et 
demi d'envergure; elle est une des plus 
grandes; sa tête, son corselet ete dessus de 


Insectes. PL 39. 


| 
| 
| 
| 


Dareve del. Letelier Jeulp. 
1. Lib. bronzee , 5.Lib, Vierpe. 

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2.Li1b. grande $ 


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1 


ARE 


: DES LIBELLULES. 5x 
Vabdomen sont d’un beau vert foncé très 
brillant, doré; le corselet est couvert de 
poils roux; les yeux sont d’un brun clair un 
peu verdâtre; le derrière de la tête est noir ; 
la lèvre inférieure jaune; le dessous du pre- 
mier anneau a deux grandes taches j Jaunes; 
le dessous des autres est noir, avec quelques 
taches brunes et grises ; les ailes sont trans- 
parentes, lavées d’une légère teinte jaune, 
plus foncées à leur base; les nervures sont 
noires ; elles ont À leur extrémité antérieure 
un stigmate ou tache noire; les pates sont 
noires. 

On la trouve aux environs de Paris. 

On peut voir dans les généralités de ce 
genre la manière dont ces insectes s’accou- 
plent et déposent leurs œufs. 


La Libellule grande, ZLibellula ‘ 
grandis. 
G. Æshnoe. Lame. 


Cette espèce est la plus grande et la plus 
commune; elle à près de quatre pouces 
doit mi sa tête est jaune, ses yeux 


sci Las aus su. 2 ne ie. vo. cat. sm 1 À LC'e sun ‘nn 


52 HISTOIRE NATURELLE 
bruns; son corselet est brun, avec six lignes 
un peu obliques, vertes, dont deux à la 
partie antérieure et deux de chaque côté 
sous les ailes; l'abdomen est cylindrique , 
brun; les anneaux ont de chaque côté 
des taches jaunes un peu verdâtres, et.en 
dessus, à leur extrémité, deux taches 
triangulaires bleues; les crochets qui termi- 
nent l'abdomen du mâle sont très longs; 
les ailes sont transparentes, avec deux pe- 
tites taches brunes près de l'extrémité , le 
long du bord extérieur ; les pates sont 
noires. 

On la trouve en été et en automne aux 
environs.de Paris , auprès des ruisseaux et 
des prairies. 


La Libellule vierge, Libellula virgo. 
G. Agrion. Larr. 


Cette espèce a près de deux pouces et 
demi d'envergure; le mäle diffère de la fe- 
melle par les couleurs ; la tête, le corselet 
et l'abdomen sont d’une belle couleur dorée, 
bleue dans les mâles, verte dans les femelles; 


mali Soit chu 2 AL dd, hé. RL) DS ASS 
DES LIBELLULES. 53 


les ailes des mâles sont d’un brun jaunûtre, 
avec une grande tache opaque d’un brun 
foncé qui en couvre une partie. Celles des 
femelles sont jaunâtres; elles ont près de 
l'extrémité, le long du bord inférieur, une 
petite tache blanche : dans les deux sexes 
les pates sont noires. 

Cette espèce: varie beaucoup. 

Elle est très commune aux environs de 
Paris. 


La Libellule à tenailles, Zibellula 
Jorcipata. 


G. Æshne. Larr. 


Elle a de vingt-huit à trente lignes d’en- 
vergure; sa tête est jaune; ses yeux sont 
bruns; son corselet est d’un vert jaunâtre , 
avec deux lignes noires, obliques, de chaque 
côté ; l'abdomen est brun et très allongé; il 
a au-dessus une bande longitudinale jaune, 
qui se prolonge jusqu’au sixième anneau ; 
les anneaux ont de chaque côté deux taches 
jaunes, une à la partie supérieure, petite 
et transversale, l’autre longitudinale, et 


de 


tt ASE dci 20 De DR ni. . on den … cons d'ail La ns bis : 


54 HISTOIRE NATURELLE 


placée à la partie inférieure; les ailes sont 
diaphanes, et ont un stigmate oblong et 
noir à leur extrémité antérieure. 

Cette espèce est commune aux environs 
de Paris. 


La Libellule Amélie, Zibellula puella. 


G. Agrion. Late. 


Cette espèce a vingt à vingt-deux lignes 
d'envergure; elle varie beaucoup pour la 
couleur. Son caractère général est d’avoir 
la tête extrêmement large, le corps cylin- 
drique et gréle, les ailes antérieures entiè- 
rement diaphanes , avec un stigmate à leur 
extrémité. 

La variété À à la tête, le corselet et 
l'abdomen d’an beau vert doré; la partie 
inférieure de la tête et dn corselet est d’un 
jaune pâle; les yeux sont d’un brun clair 
én dessous, et plus bruns en dessus ; il y a 
sur le corselet deux lignes longitudinales 
jaunes et écartées; les pates sont vertes et 
dorées en devant, et jaunes postérieure- 
ment; les tarses sont noirs. 


EP PP TO UT TES ET 
DES LIBELLULES, 55 


La variété B a la tête et le corselet d’un 
bleu doré; le dessous est jaune ; le corselet 
a deux lignes longitudinales rouges; l’ab- 
domen est rouge jusqu'aux trois derniers 
anneaux, qui sont noirs, avec leur bord 
inférieur rouge ; les pates sont noires. 

La variété C a tout le corps, en dessus , 
d'un vert bleuñtre et doré, sans aucun 
mélange d’autres couleurs. 

La variété D a le corselet, en dessus , d’un 
gris un peu soyeux ; chaque anneau de l’ab- 
domen est terminé par un bord noir. 

La variété E diffère de la précédente par 
une ligne brune, longitudinale ;, qui règne 
sur la partie supérieure des anneaux. 

La variété F a le corps d’un vert un peu 
rougetre ; elle a sur le corselet trois bandes 
noires longitudinales ; l'abdomen est brun en 
dessous, et il a quelquefois en dessus une 
raie brune, longitudinale. 

Cette espèce et ses variétés se trouvent 
communément aux environs de Paris. 


NT 


daté : ren. à é 


SénC db he Lt, à se dé. 0 dass, 


56 HISTOIRE NATURELLE 


| XV° GENRE. 


PERLE. 


Caractères génériques. Antennes longues, sétacées; 
articles nombreux, très courts, le premier un peu 
plus gros. — Quatre antennules filiformes, assez 
longues, les antérieures composées de quatre ar- 
ticles, les postérieures de trois. — Abdomen ter- 
miné, dans la plupart des espèces, par deux soies 
distantes et sétacées. — Trois petits yeux lisses. 


; 

d 

| 

| 

| Les perles, que plusieurs naturalistes ont 
confondues avec les friganes, parce qu’elles 
ont, comme elles, les antennes filiformes, 
que leurs larves sont aquatiques et confor- 
mées de même, en diffèrent par des carac- 
| tères très sensibles. 

Un de ces caractères sont deux filets que 
la perle a à l'extrémité de l'abdomen : ces 
filets sont composés de plusieurs articles 
distincts ; ils sont placés de chaque côté du 

_ dernier anneau. 
La perle a les ailes transparentes, elle 
… es porte croisées et couchées à plat sur son 
corps : la frigane, au contraire, les porte 
£ 
! 
x 


: 


2. 


es hé Le.  -  d'édéa it Mhds , Le—.. — : 


DES PERLES. 57 
en toit élevé, et le bord extérieur penché, 
de même que plusieurs teignes et noc- 
tuelles. ° 

Ces insectes diffèrent encore des friganes 
par la forme de leur tête et de leur corse- 
let : la perle a ces deux parties beaucoup 
plus larges que la frigane, 

Les tarses de la perle n'ont que trois ar- 
ticles ; ceux de la frigane en ont cinq. 

Ce qui rapproche les insectes de ces deux 
genres , c’est la manière de vivre de leurs 
larves : les unes et les autres sont aquati- 
ques. Celles des perles ont le corps allongé, 
composé de plusieurs anneaux ; elles ont six 
pates et une tête écailleuse. 

Ces larves filent un fourreau de soie 
qu’elles recouvrent de différens matériaux ; 
il sert à les loger et à les vêtir, elles le trans- 
portent partout avec elles. C’est dans ce 
fourreau qu’elles subissent leur métamor- 
phose ; mais avant la transformation, elles 
en bouchent l’ouverture avec plusieurs brins 
de soie dont elles font un tissu peu serré, que 
Réaumur à nommé grille. Cette grille laisse 
un libre passage à l’eau dont la larve a be- 


D Tu nd à 
58 HISTOIRE NATURELLE 

soin, ét la met en même temps à l'abri 
d’ennemis voraces. Cette opération finie, 
la larve se change en nymphe, sur la- 
quelle on distingue toutes les parties que 
doit avoir l’insecte parfait; la perle tarde 
peu à paraître après sa métamonphose. Dès 
qu’elle a quitté son fourreau, que la larve 
a placé près de la surface de l’eau, elle 
prend lessor et va chercher un individu de 
son espèce pour s’accoupler. Après Paccou- 
plement, la femelle dépose ses œufs dans 
l'eau, où les larves qui en doivent sortir 
trouveront leur nourriture. C’est auprès des 
étangs, des ruisseaux et des mares qu'on 
voit voler les perles. 

Ce genre renférme peu d’espèces, qui 
presquetoutes habitentles environsde Paris 
Nous en décrirons quelques unes. 

; 


La Perle jaune, Perla lutea. 


Cette espèce est une des plus petites de 
ce genre; elle n’a que deux ou trois lignes 
de longneur ; sa tête etson corps sont jaunes; 
ses yeux noirs; ses antennes sont jaunes 


3. Per brune. 


M. 


ie Î 


1, L1b. Amel 


14 


1e 


2.Amel 


LE 
Fr DES PERLES. bg 
jusque près de Vextrémité, qui est noire; se5 
ailes sont pâles, une fois plus longues que 
son corps. “ 

Elle habite les environside Paris. Souvent 
en été on la voit voler le soir dans les mai- 
sons. 

Sa larve vit dans l’eau; elle se fait un. 
très joli habit avec les feuilles de la lentille # 
d’eau qui se trouve à la surface des eaux 
dormantes ; elle coupe les feuilles en petits 
carrés , en recouvre son fourreau de ma- 
nière qu'on ne le prendrait point pour la 
demeure d’un insecte : il ressemble à un 
cylindre sur lequel serait roulé un petit 
ruban vert. 


La Perle brune, Perla bicaudata. 


Cette espèce est beaucoup plus grande que 
la précédente ; elle a sépt à huit lignes de 
longueur; sa couleur est brune ; élle a sur 
le milieu de la tête et dh corselet une ligne 
longitudinale jaune ; à lfextrémité de l’abdo- 
men, deux.filets à peu.près de la longueurdes 
antennes; ses ailes sont d’un tiers plus lon- 


nn 


ù cts où rs titan th de à ie 0 sé nl - < ji 


60 HISTOIRE NATURELLE 


gues que son corps, sur lequel elle les porte 
croisées. 

Elle habite l’Europe : on la trouve au 
printemps au bord des eaux, dans les en- 
virons de Paris. 

Sa larve vit dans l’eau : elle se fait un 
fourreau comme celui de la précédente. 


La Perle nébuleuse, Perla nebulosa. 


Cette espèce est moins grande que la pré- 
cédente ; sa tête et son corps sont d’un brun 
presque noir ; es ailes sont d’un tiers plus 
longues que son corps; elles sont transpa- 
rentes; les nervures sont brunes et très sail- 
lantes. Vue à-la loupe, on aperçoit sur la 
tête, le dessous du corps, et le long du 
bord extérieur des ailes supérieures , des 
poils courts, 

Elle habite l’Europe : on la trouve au 
printemps aux environs de Paris’, dans les 
mêmes endroits que la précédente. 


DES RAPHIDIES. LOT: 


DEUXIÈME SECTION. 


Quatre articles aux tarses. 


XVI GENRE. 


RAPHIDIE. 


Caractères génériques. Antennes filiformes, de lon- 
gueur moyenne; articles égaux, peu distincts, le 
premier un peu plus gros que les autres. — Quatre 
antennules courtes, presque égales, filiformes; 
les antérieures composées de quatre articles, les 
postérieures de trois, — Abdomen terminé dans 
la femelle par un appendice sétacé, assez long. — 
Trois petits yeux lisses. 


Ce genre est composé de cinq à six es- 
pèces; deux habitent l'Europe, et se trou- 
vent aux environs de Paris. Les larves de 
ces insectes ne sont connues que depuis peu 
de temps. Linné est le seul naturaliste qui: 
ait dit, dans sa Fauna Suecica , que sa 
nymphe est de celles qui sont ambulantes , 
où qui marchent et agissent jusqu'au mo- 
ment de leur dernière transformation , et qui 
portent les ailes que doit avoir l’insecte par- 

VIT, 6 


DO PER OT ha 
CCR dd és ne CS 4 


62 HISTOIRE NATURELLE 

fait dans une enveloppe placée de chaque 

côté de leur corps. 
C'est ordinairement dans des endroits 

aquatiques ou au bord des eaux qu'on trouve 

cet insecte, dont nous nous bornerons à 

faire la description. 


La Raphidie ophiopse, Rapihdia 
ophiopsis. 


Cet insecte a six lignes de longueur; sa 
tête «et son corps sont d’un noir un peu 
brillant , ses ailes transparentes ; elles ont 
les nervures noires, et près de l’extrémité 
une petite tache brune , comme en ont celles 
des libellules; ces ailes sont appliquées le 
long du corps, au-dessus duquel les deux 
bords intérieurs sont élevés en toit aigu; sa 
tête est large antérieurement, étroite posté- 
rieurement,un peu aplatie dans toute sa lon- 
gueur ; son corselet est long, cylindrique ; 
l'abdomen des femelles est terminé par un 
appendice sétacé de la longueur des an- 


‘ M. Latreille a trouvé cette larve sous les écorces 
des arbres : elle diffère peu de l’insecte parfait. 


PT PLUS UT ST CON UU O OOONNPTS UNSS D TE 


DES RAPHIDIES. 63 


tennes : il est vraisemblable que la femelle 
s’en sert pour percer la substance sur la- 
quelle elle dépose ses œufs. 

Elle habite l’Europe : on la trouve en 
été aux environs de Paris, auprès des mares 
et des rivières, dans les prairies ou dans 
les bois. Dans de certaines années, elle est 
très commune, 


La Raphidie notée, Raphidia notata. 


Cette espèce est longue de neuf lignes ; 
elle ressemble beaucoup à la précédente ; 
mais elle en diffère, outre sa taille , par les 
antennes noires, dont quelques articles de 
la base seulement sont testacés; par une 
ligne dorsale et longitudinale jaunâtre, qui 
s’avance de la base jusqu'au milieu de la 
tête, celle-ci ayant sa partie antérieure pres- 
que carrée, et ne commençant à se rétrécir 
que loin des yeux ; par ses cuisses posté- 
rieures d’un brun roussâtre, et par le point 
marginal des quatre ailes, d’un brun noi- 
râtre. 

Elle se trouve aux environs de Paris. 


64 HISTOIRE NAXURELLE 


TROISIÈME SECTION. 


Cinq articles aux tarses. 


XVII GENRE. 


HÉMÉROBE. 


Caractères génériques. Antennes sétacées, assez 
longues; articles très nombreux et peu distincts. 
— Quatre antennules inégales, filiformes; les 
antérieures composées de quatre articles, les pos- 
térieures de trois. — Abdomen simple. — Point 
de petits yeux lisses. 


Lxs hémérobes ont quelque rapport avec 
les myrméléons et les friganes ; ils diffèrent 
des premiers par la longueur de leurs an- 
tennes; des seconds, par les ailes. 

Les hémérobes ont la tête large, les yeux 
saillans. 

Les ailes longues, réticulées. 

Les pates de moyenne longueur. 

Le nom d’hémérobe à été donné à ces 
insectes, parce qu'ils vivent au plus deux ou 
trois jours sous la forme d’insecte parfait. 

Ce sont de fort jolis insectes dont les ailes 


DES HÉMÉROBES. | 65 


sont très grandes par rapport à la longueur 
de leur abdomen : dans l’état de repos, ils, 
les portent en toit élevé au-dessus de leur. 
Corps ; ces ailes sont délicates et minces : 
il n’est point de gaze qui ait une transpa- 
rence pareille à la leur; on aperçoit au tra- 
vers le corps de l’insecte au-dessus duquel 
elles sont élevées. Leur corps est d’un vert 
tendre éclatant; quelquefois il paraît avoir 
une teinte d’or. Leur corselet est de même 
couleur; mais ce que ces insectes ont de 
plus brillant, ce sont les yeux; ils sont gros, 
saillans, couleur de bronze rouge ; le métal 
le plus poli n’approche pas de leur éclat. 
On trouve très fréquemment ces insectes. 
dans les jardins, où leurs femelles cherchent 
à déposer leurs œufs, qui sont fortsinguliers. 
On voit souvent sur les feuilles de différens 
arbrisseaux de petites tiges de la grosseur 
d’un cheveu, longues d'environ un pouce , 
de couleur blanche, au nombre de dix ou 
douze, posées les unes à côté des autres , 
quelquefois attachées au - dessous de Ja 
feuille, quelquefois en dessus, Ces petites 
tiges sont rarement droites, elles ont un 


Les 4, 


66 HISTOIRE NATURELLE 


peu de courbure, l'extrémité de chacune 
est terminée par une espèce de petite boule 
allongée , qui est l'œuf de l’hémérobe. 
Quelques naturalistes ont pris ces œufs 
pour des plantes parasites, ou pour des 
fleurs, avant que le célèbre Réaumur les 
eût reconnus pour ce qu'ils sont. Les larves 
en sortent en perçant la coque, et descen- 
dent sur les feuilles peuplées de pucerons. 
Dès que Réaumur se fut convaincu que ces 
prétendues plantes étaient des œufs, il lui 
restait à savoir comment la femelle s’y prend 
pour les attacher. N'ayant pu la prendre 
sur le fait , il a imaginé un mécanisme assez 
simple, au moyen duquel il l'explique. Il 
suppose que l'œuf est enveloppé par un de 
ses bouts d’une matière visqueuse propre à 
être filée, et que c’est ce bout qui sort le 
premier; que la femelle applique sur la 
feuille, où une portion de cette matière s’at- 
tache ; qu’elle éloigne ensuite son derrière 
de l'endroit contre lequel elle Pavait appli- 
qué, et qu’alors la petite goutte de matière 
attachée par un bout à la feuille, et par 
l’autre à l’œuf, que la femelle retient à son 


DES HÉMÉROBES. 67 
derrière, se tire en un filet qui bientôt 
se sèche et prend la consistance d’un gros 
brin de soie. Lorsque la femelle éloigne 
encore son derrière , et qu’elle cesse de com- 
primer son anus, le fil lui-même, qui a pris 
de la consistance, retire du derrière de l'hé- 
mérobe l’œuf auquel il est collé; il le porte 
et le soutient. 

Réaumur a donné aux larves d’hémérobe 
le nom de lion des pucerons, parce qu’elles 
se nourrissent de ces insectes. Ces larves 
ont à la partie antérieure de la tête deux 
espèces de cornes, au moyen desquelles 
elles saisissent leur proie et la sucent. Placée 
sur ne feuille qui est couverte de puce- 
rons , la larve n’a pas de grands mouve- 
mens à faire pour se procurer sa nourri- 
riture; aussi détruit-elle en peu de temps 
une grande quantité de ces petits êtres fai- 
bles ; qui ne connaissent pas le danger qu'ils 
courent en restant auprès d’un ennemi aussi 
redoutable pour eux, et auquel ils sem- 
blent venir s'offrir comme des victimes. 
Beaucoup plus agile qu'eux, elle s'empare 
à son gré de celui qui lui convient, Saisir 


bi. 12h 44 


68 HISTOIRE NATURELLE 
le plus gros et le sucer, est pour elle l’af- 
faire d’une demi-minute, Ces larves si 
cruelles pour cette espèce , ne le sont pas 
moins pour la leur : quand le hasard fait 
qu’elles se rencontrent, il arrive souvent 
que la plus forte s'empare de la plus faible , 
et la traite comme un malheureux puceron. 
Parmi les-larves des hémérobes, il y en 
a qui ont le corps moins aplati que les 


autres. Comme les teignes, elles aiment à 


être vêtues : leur habillement, loin de les 
parer, les défigure; c’est une couverture 
très informe qui les couvre depuis le col 
Jusqu'à l'extrémité; elle est d’une épais- 
seur considérable par rapport à l’insecte, 
qui semble chargé d’une petite montagne ; 
elle est faite d’une {infinité de petits corps 
blancs, bruns ou noirâtres, amoncelés les 
uns sur les autres. Ces petits corps sont 
légers ; ce sont les peaux, le duvet et les 
parties sèches des pucerons dont la larve 
s’est nourrie. Pour voir si elles ne feraient 
pas usage de différentes autres matières lé- 
gères, et si elles employaient quelque art 
pour les faire tenir sur leur corps, Réau- 


DES HÉMÉROBES. 69 : 


mur enleva l’habit à une de ces larves. 
Après l’avoir mise à nu, il l’enferma dans 
un poudrier où il y avait une petite coque 
de soie blanche; une heure après, il la 
trouva couverte en partie de la soie de cette 
coque, qu’elle avait eu la peine de briser, 
Il lui ôta sa nouvelle couverture, pour 
l'obliger de s'en faire une autre sous ses 
yeux. Pour lui rendre l'opération plus fa- 
cile, il vatissa du papier, et mit dans le 
poudrier la râpure. Jamais peut-être, dit 
Réaumur, larve de cette espèce n'avait eu 
une matière si commode, et n’en avait ja- 
mais eu à la fois une si grande quantité à sa 
disposition ; aussi se fit-elle la couverture la 
plus complète, la plus épaisse, la plus éle- 
vée qu’ait peut-être portée larve semblable. 
Au reste , toutes les particules de duvet qui 
composent l’habit de cet insecte , ne tien- 
nent ensemble que par une espèce d’entre- 
lacement grossier : ce vêtement n’est as- 
sujetti sur son dos , que parce qu'il s’engrène 
dans les sillons qui séparent les anneaux, 
et dans les rugosités qui séparent les an- 
neaux même. Sa construction demande ce- 


POV PI ENT ON NN UNE CNP ST. OU TE Ve 


70 HISTOIRE NATURELLE 


pendant quelque adresse de la part de 
linsecte, et surtout une grande souplesse 
et une grande agilité dans sa tête, et 
dans l’espèce de corselet auquel elle tient. 
C'est avec ses deux cornes que l’insecte 
prend chacune des petites masses de duvet 
qu'il veut faire passer sur son dos : il a 
l'adresse de les prendre et de les tenir avec 
ses cornes, de manière qu’elles se trou- 
vent appuyées sur sa tête ; élevant ensuite 
sa tête brusquement comme pour donner 
un coup , il fait sauter la petite masse co- 
tonneuse sur son corps ; si elle n’a pas été 
jetée où il la voulait, en relevant davantage 
sa partie antérieure et donnant quelques con- 
torsions à son corps, il la conduit plus loin: 
mais la facilité qu’il a d'élever et de porter 
sa tête sur son dos , de l’y renverser, aide 
plus que tout le reste ; la tête se trouve en 
état de presser les masses cotonneuses qui 
sont sur les premiers anneaux. La partie À 
laquelle tient la tête a une si grande flexi- 
bilité, que quand on a posé cet insecte sur 
le dos, il parvient vite à se remettre sur 
ses jambes; pour cela, il retourne sa tête 


Net. ds S Éd SA Se et a has dan — à 


DES HÉMÉROBES. 7x 


Jusqu'à ce qu’elle soit-entre le dos et le plan. 
sur lequel le dos est posé. L'insecte est 
ainsi en état de faire une culbute qui lé re- 
met dans sa situation naturelle. Cette larve 
se fait une coque sphérique semblable à celle 
dont nous allons parler, et elle la file de la 
même manière. 

Comme ceslarves vivent dans une grande 
abondance, elles parviennent promptement 
au terme où elles doivent se métæmor- 
phoser. C’est ordinairement quinze jours 
après être sorties de l’œuf, qu’elles chan- 
gent de forme; alors elles abandonnent la 


feuille sur laquelle elles ont vécu, et cher- 


chent un endroit commode. Assez commu- 
nément, c’est dans les plis d’une feuille 
desséchée que la larve se retire pour filer 
une coque ronde comme une boule, d’une 


soie très blanche , dans laquelle elle se ren- 


ferme. Les tours du fil qui compose cette 
coque sont très serrés les uns contre les au- 
tres; ce fil étant très fort, le tissu de la 
coque est très solide : les plus grandes co- 
ques de ces insectes ont à peine la grosseur 
d’un pois. Ces larves ont , comme les arai- 


PPT PE LR ET PP PT EE Te 


72 HISTOIRE NATURELLE 
“nées, leur filière placée à l'extrémité de 
leur partie postérieure. La figure sphérique 
- qu’elles donnent à leur coque ; dépend de 
celle qu’elles font prendre à leur corps, 
qui lui sert, pour ainsi dire , de moule, On 
a peine à concevoir comment le corps de 
l'insecte étant recourbé à ce point, et ré- 
duit à occuper si peu de place, son der- 
rière peut fournir des fils et les arranger 
avec tant d'ordre; maïs cette larve a un 
corps très flexible , et le bout de son der- 
rière a une agilité merveilleuse. Si on ob- 
serve une de ces larves dans le temps où 
elle ne fait que tracer le contour de sa 
coque, tous les mouvemens de l'extrémité 
de son corps sont d’une vitesse surpre- 
nante. Ce qui étonne encore, c’est l’adresse 
avec laquelle lecorpsentier change de placé, 
». “englissant sur l'enveloppe sphérique qui n’est 
“d ‘qw'ébauchée , sans déranger le peu de fils 
 . qui la composent alors, et qui semblent à 
peine capables de se soutenir eux-mêmes. 
Peu après que la coque est finie , la larve 
se change en nymphe, Si c’est en été. qu’elle 
subit cette métamorphose, l’insecte parfait 


DES HÉMÉROBES. 73 
en sôrt environ quinze jours après; mais la 
nymphe de celles qui n’ont filé qu’en au- 
tomne, passe l'hiver dans sa coque, et 
l'hémérobe ne sort que le printemps sui- 
vant. Quoique la larve ne soit pas grande, 
on est déjà étonné qu’elle ait pu se loger 
dans une coque aussi petite; mais on est 
bien plus étonné, lorsqu'on voit paraître 
l'insecte ailé qui en sort. 

Ce genre renferme à peu près trente es- 
pèces : nous en décrirons quelques unes de 
celles qui offrent le plus d’intérét. R 


L’Hémérobe aquatique, Æ/emerobius 
lutarius. 


G. Semblide. Lawr. 


Cet insecte a six à huit lignes de long ; il 
a quelque ressemblance avec les friganes! à 
par la manière dont il porte ses ailes; il 
est d’un noir mat; ses antennes sont noires, 
ses ailes transparentes, avecune teinte brune 
et les nervures noires. 

Il habite l'Europe. 

On le trouve à la fin du printemps au 

VII. 7 


dés à Mél ss _—_— 
és sd. . ct LS den à éme dé ve 


74 HISTOIRE NATURELLE 


bord des eaux, où la femelle pond une 
prodigieuse quantité d'œufs qu’elle arrange 
les uns auprès des autres sur la tige ou la 
feuille d'une plante aquatique. Degéer a 
yu des feuilles de gramen en être entière- 
ment couvertes : sur une surface de cinq 
lignes de longueur et une demie de lar- 
geur, il a compté cinq cent soixante de ces 
œufs. 

Ils sont d’une figure ovale et allongée, 
placés sur la feuille perpendiculairement 
les uns auprès des äutres, de façon qu'ils 
se touchent ; ils sont comme collés ensemble, 
mais si légèrement, qu’on les sépare au 
moindre attouchement : ils sont placés ré- 
gulièrement en lignes droites, de sorte que 
ceux de la seconde ligne se trouvent rangés 
dans les intervalles que laissent ceux de la 
première; ainsi il ne se trouve aucun vide 
entre eux. Tous ces œufs sont de même 
longueur ; leur bout supérieur est garni 
d’une petite partie allongée, ovale, qui 
finit en pointe mousse , ordinairement placée 
en ligne droite, mais quelquefois un ‘peu 
inclinée : ces petites espèces de queues, 


DES HÉMÉROBES. 7b 


qui sont un peu blanchâtres, forment le 
plan supérieur de toute la couche, et don- 
nent aux œufs une figure peu ordinaire ; 
_ils sont de couleur brune. Les larves qui 
sortent de ces œufs sont extrêmement pe- 
tites ; elles ont assez de ressemblance avec 
les larves de certaines petites éphémères ; 
leur corps est long , mince, composé de 
douze anneaux, séparés les uns des autres 
par de profondes incisions. Les trois pre- 
miers anneaux, auxquels sont attachées les 
trois paires de pates , sont plus grands que 
les autres ; les sept anneaux suivans sont 
garnis de chaque côté d’une partie allongée, 
cylindrique, en forme de filet, qui à au 
bout deux longs poils, et à côté de sa base 
un autre poil encore plus long. Ces qua- 
torze filets, qui sont inclinés vers le der- 
rière , sont mobiles; ils flottent dans l’eau, 
et suivent les mouvemens que la larve faiten 
nageant eten marchant ; ils sont placés sur 
des tubercules inégaux; la transparence de 
ces filets permet d’y voir intérieurement des 
vaisseaux bruns et tortueux qui les parcou- 
rent dans toute leur longueur. Il y a apparence 


76 HISTOIRE NATURELLE 


que ces parties sont les ouïes ou les organes 
de la respiration , semblables à ceux qu’on 
voit sur les larves des éphémères. Les deux 
derniers anneaux du corps n’ont point de 
ces ouies; ils sont garnis de chaque côté 
d’une double tubérosité sur laquelle on voit 
des aigrettes de longs poils. Le corps est 
terminé par une longue queue cylindrique, 
garnie de six poils assez longs placés en ai- 
grette. 

La couleur de ces petites larves est trans- 
parente, nuancée de brun; elles ont sur le 
corps quelques taches rougeâtres; les poils 
sont bruns. Elles sont fort vives dans l’eau, 
où elles nagent et marchent continuellement, 
en faisant des ondulations avec leur corps, 
et leurs pates sont en même temps en mou- 
vement. Lorsqu’elles sont parvenues à leur 
grandeur, et qu’elles sont prêtes à changer 
de forme, elles sortent de l’eau et s’enfon- 
cent dans la terre humide qui la borde; elles 
y creusent un trou assez large dans lequel 
elles se changent en nymphes, d’où sort l’in- 
secte ailé quinze jours après la métamor- 


… phose. 


LE 


fo 


Insectes . 


: PI 4. 
F 


Deveve del. 


RENE Tr Rs 
1.Raf.Ophiopse 
2.Hém ‘aquatique 
5.Sa Larve, 


Déemoncy up i] 


4. Sa Nymphe. 
$. Hem. perle. 


> 0. RÉ. rs hébone dune dort LÉ Me die de RS RS LS 


us a * 
DES HÉMÉROBES. 77 


Degéer a coupé la tête À une de ceslarves, 
qui a encore vécuplus de vingt-quatre heures 
après avoir été décapilée. 

! 


L'Hémérobe Perle, Hemerobius Perla. 
, 
Il a environ sept lignes de long; ses an- 
tennes sont longues, jaunes ; son corps est 
jaunâtre ; ses ailes sont de moitié plus lon- 
gues que son corps; elles sont blanchâtres, 
transparentes; les nervures sont vertes ; dans 
Vinsecte vivant les yeux sont très brillans. 
Il habite l’Europé :.on le trouve dans les 
bois et les endroits humides; il est commun 
aux environs de Paris. ! 
Il a le vol lourd; ‘on peut le prendre fa- 
cilement. Si cet insérte, qui est très joli, 
plaît par la beauté de ses couleurs, il dé- 
goûte par l'odeur fétide qu'il répand; il 
laisse aux doigts qui l'ont touché une odeur 
d’excrémens qui se fait long-temps sentir. 
Les œufs que dépose la femelle sont blancs; 
chacun est placé sur un long pédiceule, collé 
sur une feuille ou une tige; ils sont rangés 
les uns auprès des autres, au nombre de 


CE 


one hé dre te tt tt tt Ms slt. Dédlit idié 
78 HISTOIRE NATURELLE 
dix ou douze. Les larves qui en sortent se 
nourrissent de pucerons, On peut voir dans 
les généralités de ce genre, la manière de 
vivre de ces larves. Elles filent une coque 
ronde de soie blanche dans laquelle elles 
s’enferment pour se changer en nymphes, 
d'où l’insecte parfait sort environ quinze 
jours après. 


L’Hémérobe chrysops, Æemerobius 
chrysops. 


Il est de la même taille et ressemble à 
l’hémérobe perle. Ii est d’un vert pâle; sa 
tête et son corselet ont quelques taches 
noires ; l'abdomen a, tant en dessus qu’en 
dessous, une large bande noire, interrompue, 
à chaque anneau, par une ligne transver- 
sale verte ; ses ailes sont transparentes , les 
nervures des bords sont vertes : dans l’in- 
secte vivant, les yeux sont d’un vert doré très 
brillant. 

On le trouve dans presque toute l’Eu- 
rope. 

Il répand, de même que l’hémérobe perle, 
une odeur d’excrémens insupportable. 


DES HÉMÉROBES, 79 


Sa larve vit de même que celle de l’in- 
secte auquel nous le comparons, et se file 
une coque semblable. 


L’Hémérobe phalénoïde, Hemerobius 


phalænoides. 


Cet hémérobe a six à sept lignes de lon- 
gueur; il a quelque ressemblance avec cer- 
taines phalènes; il diffère des autres espèces 
de ce genre par la couleur, la forme des 
ailes, et la manière dont il les porte. Il est 
entièrement de couleur rousse ; ses antennes 
sont courtes, composées d’un très grand 
nombre d'articles égaux, distincts ; ses ailes 
ne sont point transparentes; les nervures 
sont d’un brun foncé : vues À la loupe, on 
y aperçoit un grand nombre de petites 
cannelures; elles ont vers le milieu quelques 
lignes transversales brunes; elles sont très 
larges à la base, où elles forment À l’insecte 
des espèces d’épaules ; l'angle extérieur est 
recourbé en faucille, l'extrémité est un peu 
dentée ; l’insecte les porte appliquées le long 
de son corps, au-dessus duquel les bords 


. 80 IISTOIRE NATURELLE ; 
intérieurs forment un toit aigu. Les nervures 
principales des ailes supérieures forment, 
près du corselet, une espèce de tubercule 


élevé. 
Il habite l’Europe : on le trouvesdans les 
bois et les lieux ombragés. F 


Sa larve se nourrit de pucerons; elle n’a 
pas, comme la plupart de celles de ce genre, 
des aigrettes de chaque côté du corps ; elle 
file, avec son derrière, une coque rande, 
de soie blanche, d’un tissu moins serré que 
celle des espèces précédentes, dans laquelle 
elle se change en nymphe: l’insecte parfait 
en sort vers la fin de l’été. 


DES MYRMÉLÉONS.. 8x 


XVIII GENRE. 


. MYRMÉLÉON. 


# 

Caractères génériques. Antennes courtes, renflées 
vers l’extrémité; articles très courts. — Six anten- 
nules inégales, filiformes; les postérieures très 


longues, — Abdomen terminé par deux crochets 
dans les mäles. 


Le genre myrméléon diffère des hémé- 
robes par la forme de ses antennes, qui sont 
courtes, composées d’articles égaux, renflés 
à l'extrémité, où elles forment une espèce 
de masse aplatie. 


Sa tête est assez large; ses yeux sont 
saillans. 


Son corps est cylindrique ; celui des 
mäles est terminé par deux crochets. 

Il a les ailes longues, transparentes , réti- 
culées ; dans l’état de repos, le bord exté- 
rieur est penché, le bord intérieur est élevé 
en toit au-dessus du corps. 

Ses pates sont de longueur moyenne. 

Les myrméléons offrent beaucoup plus 
d'intérêt sous l’état de larve que sous celui 


sd sims à bts, 5 tata cmt in Li PR 


82 HISTOIRE NATURELLE 

d’insecte parfait. La larve de celui qu'on 
trouve le plus communément en Europe 
est très connue des naturalistes modernes, 
et n’a pas été observée par les anciens natu 

ralistes; il paraît même qu'ils ne l’ont pas 
connue. On lui a donné le nom de formica- 
leo, en français fourmi-lion, par la même 
raison qui a fait donner aux larves des hé- 
mérobes le nom de lion des pucerons. Cette 
larve a six pates ; son extérieur n’a rien qui 
puisse attirer.l’attention de ceux qui n’en 
donnent qu'aux objets dont ils peuvent être 
frappés par le premier coup d'œil; mais en 
considérant la forme de cette larve, elle 
offre des particularités remarquables : elle 
est sensiblement divisée en trois parties 
dans sa longueur ; le corps, le corselet et la 
tête. Le corps, dont le volume surpasse con- 
sidérablement celui des deux autres parties . 
est une espèce d’ellipsoide, plus pointu à 
l'extrémité postérieure qu’à l’antérieure; un 
peu aplati en dessous, convexe en dessus;.il 
a, d'une extrémité à l’autre, des rugosités 
transversales, des espèces de cordons sé- 
parés par de petits sillons : ce sont autant 


ad ds ur dée di UE à lib 2 


DES MYRMÉLÉONS. 83 


d’anneaux membraneux au nombre de onze. 
Sa couleur est d’un blanc jaunâtre, avec 
quelques taches d’un brun presque noir, qui 
forment trois raies, l’une sur le milieu du 
corps, et une de chaque côté : aidé d’une 
loupe faible, on aperçoit des poils noirs, 
courts, et semés sur le corps, et d’autres de 
même couleur, plus longs, qui forment des 
houppes en différens endroits ; au-dessous 
de chaque houppe du premier rang, ex- 
cepté celles des deux premiers anneaux, 
Réaumur a cru reconnaître les organes de la 
respiration. 

Le corselet est courtet a peu de diamètre, 
la première paire de pates y est attachée, les 
deux autres paires le sont au second et au 
troisième anneau. Cette larve a dans de cer- 
tains temps, un cou remarquable par sa 
longueur, dans d’autres on ne le voit point; 
ce cou, qui exécute des mouvemens de tous 
les côtés, fait faire à la tête certaines actions 
particulières, dont il sera parlé par la suite; 
il est inséré près de l'extrémité de la tête, 
mais en dessus, au lieu que dans les autres 
insectes il est en dessous. 


‘“ 


84 HISTOIRE NATURELLE 


La tête est aussi autrement faite que celle 
de la plupart des insectes ; elle est plate, 
plus étroite à sa partie postérieure qu’à sa 
partie antérieure, De chaque côté, il en sort 
une corne qui remplace la bouche, dont 
cette larve est privée; la longueur de cha- 
cune de ces cornes est d’une ligne et demie 
lorsque la larve est parvenue au terme de 
son accroissement; ce sont deux trompes 
destinées à pomper le sue dont est rempli 
le corps de différens insectes, et à le faire 
passer dans celui de la larve. Ces cornes 
sont écailleuses, mobiles, dentées intérieu- 
rement dans presque toute leur longueur, 
recourbées près de leur extrémité, qui se 
termine en pointe aiguë : nous allons voir 
l'usage qu'elle en fait. Cette larve ne peut 
se nourrir que du gibier qu’elle attrape ; 
elle ne joindrait pas les insectes qui mar- 
chent le plus lentement, ce n’est pas que sa 
marche soit d’une lenteur excessive, c’est 
qu'elle ne pourrait la diriger vers ceux 
qu'elle voudrait atteindre, parce qu’elle ne 
sait aller qu’à reculons ; cependant elle par- 
vient à se saisir des insectes les plus agiles , 


. DES MYRMÉLÉONS. 85 


au moyen de la ruse qu’elle emploie; elle 
sait disposer le lieu où elle se fixe, de ma- 
nière que le gibier vient tomber entre ses 
cornes qui l’attendent, Elle se loge et se tient 
tranquille au fond d’un trou fait en enton- 
noir; elle y est cachée au-dessous du sable, 
au-dessus duquel s'élèvent seulement ses 
deux cornes, écartées l’une de l’autre : alors 
malheur À tout insecte imprudent, à la 
fourmi qui en cheminant ose en approcher; 
si elle est assez éloignée pour qu'elle ne 
puisse la saisir avec ses cornes , dont elle se 
sert comme de pinces, elle fait pleuvoir sur 
elle une si grande quantité de sable, avec 
sa tête, dont elle se sert comme d’une pelle, 
que la malheureuse fourmi en est étourdie , 
elle achève de. perdre l'équilibre, qu’elle 
avait peine à conserver en marchant sur un 
terrain mobile et incliné, et malgré les ef- 
forts qu’elle fait pour se sauver, elle vient 
tomber au fond du trou, où les cornes de 
la larve, qui étaient ouvertes pour la recé- 
voir, lui saisissent le corps, et le percent en 
se fermant. 

La larve, maîtresse de sa proie, la tire 

VIL, 8 


RE M VON ER ST CNT a inst ——— 
si ci Médat her ‘hé à nn iité à 


æ 


86 HISTOIRE NATURELLE 

un peu sous le sable, l'y cache en partie, et 
la suce À son aise : une fourmi est souvent 
sucée en un demi-quart d'heure; le repas 
est plus long lorsque la proie est plus forte ; 
elle ne vient à buut d’une grosse mouche 
bleue de la viande qu’en deux 6u trois 
heures. Après avoir tiré de l’insecte tout ce 
qu'il a de succulent, elle le tient faiblement 
entre ses cornes, prêtes à s'ouvrir et à l’a- 
bandonner, et elle donne un coup de tête, au 
moyen duquel elle jette au-delà des bords de 
son trou le cadavre desséché qui lui devient 
inutile. 

Ce n’est que dans des terrains composés 
de grains fins, que ces larves dressent leurs 
piéges; c'est ordinairement au pied des 
vieux murs, et dans les endroits les plus dé- 
gradés qu’elles s’établissent de préférence, 
ét surtout dans ceux qui sont exposés au 
midi. 

Chaque larve ne passe pas sa vie dans le 
méme trou, mais elle y demeure plusieurs 
jours de suite; plus elle y a séjourné, plus 
le diamètre de l'entrée est grand. Les parois 
s'éboulent, soit par les mouvemerns que la 


DES MYRMÉLÉONS. 87 


larve fait da son trou, où que quelque 
insecte en märchant les dérange ; elle ne 
donne pas le temps aux grains de sable de 
s'accumuler au fond qu'ils éleveraient trop, 
elle charge sa tête de céux qui y sont tom- 
bés , et les jette bien au-delà du bord, Lors- 
que la pente de son trou devient trop. 
douce, le piége n’est plus aussi dangereux 
pour les insectes, qui s’en sauvent plus faci- 
lement, alors la larve se détermine à l’aban- 
donner pour en faire un nouveau. C’est un 
parti qu’elle prend encore quand «lle a 
passé plusieurs jours dans son entonnoïr 
sans y faire de capture ; elle se met en 
marche, parcourt le terrain des environs 
pour examiner et choisir un lieu favo- 
rable. 

Le chemin qu’elle fait est marqué par une 
trace reconnaissable ; c’est une espèce de 
petit fossé d’une ligne ou deux de profon- 
deur; la larve marche à reculons, presque 
tout son corps est caché sous le sable; on 
n’aperçoit souvent que sa tête et son cor- 
selet. Quand la course lui paraît assez lon- 
gue, elle s'enfonce entièrement sous le sable, 


88 HISTOIRE NATURBLLE 


pour y prendre un peu de repos, et tra- 
vaille ensuite à se faire un entonnoir. 

Pour donner à cet entonnoir de justes 
proportions, elle commence par en tracer 
l'enceinte; elle fait un fossé semblable à celui 
qu’elle creuse enmarchant ; ce fossé entoure 
un espace circulaire plus ou moins grand ;, 
selon que la larve veut donner plus: ou 
moins de diamètre à l’entrée de son enton- 
noir. Cellesiqui sont près d’avoir tout leur 
* accroissement habitent quelquefois dans des 
trous dont le diamètre’ de l’entrée a plus 
de trois pouces. La profondeur des enton- 
noirs nouvellement faits a environ les'trois 
quarts du diamètre de la grande ouverture. 
Réaumur a trouvé neuf lignes de profon- 
deur à ceux qui en avaient douze à leur 
entrée, et un pouce à ceux qui avaient 
seize lignes. Quand la larve se détermine 
à travailler la construction de son enton- 
noir, elle se met à marcher cireulairement; 
dès qu’elle a fait un pas, elle s'arrête pour 
charger sa tête de sable ; aussitôt qu’elle est 
chargée, elle l'élève brusquement, et jette 
celui qui la couvrait au-delà de la circon- 


DES MYRMÉLÉONS. 89 


férence de l’enceinte; elle fait usage d’une 
de ses pates antérieures, dont elle se sert 
comme d’une main, pour pousser le sable 
sur sa tête; les mouvemens de cette pate 
sont extrémement prompis, et se succè— 
dent sans intervalle; aussi la tête a-t-elle 
bientôt sa charge : après l'avoir chargée deux 
ou trois fois de suite dans le même lieu, et 
ayoir lancé une pluie de sable, la larve fait 
ensuite un nouveau pas en arrière, et ré- 
pète la même manœuvre jusqu'à ce qu’elle 
se retrouve presque au même lieu d’où elle 
était partie; elle a parcouru un cercle, et 
elle continue de marcher pour en parcourir 
un second plus proche du centre. 

Quand la pate qui fait l'office de main 
est fatiguée, La larve se sert de l’autre; 
mais il paraît .qu'il faut qu'elle se trouve 
placée comme l'était la première, vers 
l'intérieur du trou, alors la larve se re- 
tourne, et décrit ensuite des cercles dans 
un sens coniraire à celui qu'elle décrivait 
auparavant. Quelquefois la larve achève son 
entonnoir en moins d’une demi-heure ; quel® 
quefois aussi elle est plus de deux heures à 


 … “ét. te dt RÉ Sn dont Ed ot din rm émunt ai, 
go HISTOIRE NATURELLE 


le faire, parce qu’elle se repose. Bonnet, 
qui en a vu travailler un grand nombre, 
en a surpris plusieurs dans une circonstance 
embarrassante ; il a vu toute la manœuvre 
à laquelle elles ont alors recours. Comme il 
se trouve souvent parmi les grains du sable 
ordinaire, de gros grains de gravier, de 
petites pierres, que la larve ne veut pas 
garder dans son trou , et que cette masse est 
trop lourde pour qu’elle puisse la jeter, elle 
se détermine à la porter : alors elle sort du 
sable; en avançant ensuite un peu à recu- 
lons, elle fait passer l'extrémité de son corps 
sous la pierre ; au moyen de divers mouve- 
mens, elle la conduit sur le milieu de son 
dos, et l’y met en équilibre ; maïs le difficile 
est de la conserver dans cet équilibre, pen- 
dant le transport, en montant à reculons le 
long d’une pente déjà escarpée ; de moment 
en moment la charge est prête à tomber; ce 
n’est qu’en élevant ou abaïssant certaines 
portions de ses anneaux que la larve par- 
vient à la retenir. Enfin, malgré tous ses 
éfforts, la pierre lui échappe quelquefois; 
elle roule dans le fond du précipice, et elle 


must. aûb détente ste di Set né St er, 


‘ 
DES MYRMÉLÉONS. gt 


a le courage d’aller l’y rechercher cinq à 
six fois; cette larve semblait À Bonnet être 
condamnée au supplice du criminel Sisyphe. 
Quand elle a fini son trou, elle s’y cache 
et attend sa proie, souvent très long-temps ; 
mais elle est capable d’y soutenir un très 
long jeùne; elle peut rester plusieurs mois 
privée d’alimens sans mourir ; elle n’est ce- 
pendant pas difficile, tous les insectes lui 
conviennent, même ceux de son espèce. 

La larve du myrméléon a douze yeux, 
six de chaque côté, placés sur une tubéro- 
sité qui se trouve au-dessus de la tête, près 
de la partie extérieure de la base dé chaque 
corne; lorsque ces cornes sont hors du sable, 
elle voit venir sa proie, et se tient prête à 
la saisir quand le moment lui paraîtra fa- 
vorable. Tous les alimens qui entrent dans 
l’intérieur de la larve, sont employés utile- 
ment pour la faire croître, ou S'il reste quel- 
que résidu, il ne s'échappe du corps que 
par l’insensible transpiration, le reste de- 
meure dans l'estomac et dans les intestins ; 
elle ne rejette aucun grain sensible d’excré- 
mens ; aussi n’a-t-elle ni au derrière, ni ail- 


on HER Se SEE es dd à té fé 
92 HISTOIRE NATUREBLE 


leurs, aucune ouverture analogue à l'anus; 
elle a cependant, à l'extrémité du corps, 
une.petite masse charnue, du milieu de la- 
quelle on fait sortir par la pression un 
tuyau composé de deux corps, dont l’un 
rentre dans l’autre; il est percé à son ex- 
trémité, et donne passage à une liqueur qui 
sert à la larve à faire sa coque. Ces tuyaux 
sont la filière où se moule la liqueur qui doit 
devenir soie ; ils servent en même temps à 
son arrangement dans la construction de la 
coque : cette partie est semblable à la filière 
du lion des pucerons. 

La larve du myrméléon sort de l’œuf 
en été ou en automne ; elle ne se change 
point en nymphe dans la même année. Réau- 
mur croit que toutes vivent deux ans avant 
de se métamorphoser. On en trouve de très 
grosses et de très petites à la fin de l'hiver. 
Les premières se changent en nymphes au 
commencement de l'été, les autres ne se 
changent que l’année suivante. Lorsqu'une 
de ces larves veut se métamorphoser, elle 
reste dans son entonnoir , ou cherche un 
endroit commode ; elle s’enfonce et se cache 


' 
DES MYRMÉLÉONS. 93 
dans le sable pour faire sa coque. ch 
coque est ronde; l'extérieur est composé de 
grains qui tiennent ensemble par des fils de 
soie très fins; l’intérieur est tapissé d’une 
soie d’un blanc satiné ; la larve y subit sa 
métamorphose ; la nymphe y est courbée en 
arc. Parmi ces coques , on en trouve qui 
ont quatre lignes de diamètre, d’autres en 
ont cinq; celles-ei renferment les femelles. 
La larve reste environ vingt jours sous 
la forme de nymphe, d’où sort l’insecte 
parfait. L 
D’après la conformation de la bouche des 
myrméléons, Réaumur les croit aussi voraces 
que leur larve; il paraît cependant qu'ils 
aiment les fruits; il en a vu un manger plu- 
sieurs fois d’une prune qu’on lui offrait, Cet 
observateur a remarqué qu'après avoir 
pressé l’extrémité du corps de ces insectes, 
tant mâles que femelles, des mâles surtout, 
il restait à ses doigts une odeur de rose ; il a 
trouvé cette même odeur, mais plus faible, 
dans les poudriers où il les avait enfermés. 
Bonnet a trouvé aux environs de Ge- 
hève trois larves d’une espèce de myrmé- 


HISTOIRE NATURELLE 7. 


léon qui diffère de celle qu’on voit aux en- 

wirons de Paris; cette larve ne marche 
point à reculons, maisen avant; elle nese fait 
point d’entonnoir, elle se contente de se 
cacher, et de saisir les insectes qui passent 
près d’elle : elle y était rare à l’époque où 
il en a parlé. 

On connaît dix ou douze espèces de ce 
genre ; deux habitent les environs de Paris : 
nous décrirons celles qu'on trouve le plus 
communément, et une autre qui habite la 
France, 


Le Myrméléon des fourmis, Myrme- 


leon formicarius. 


Cet insecte est de couleur grise ; sa tête 
est large; elle a plusieurs lignes longitudi- 
nales et transversales jaunes; ses yeux sont 
gros et saillans ; ses antennes courtes, ren- 
flées à leur extrémité ; son corselet a, sur le 
milieu, une ligne longitudinale jaune ; son 
abdomen est composé"de huit anneaux ; les 
ailes sont d’un tiers plus longues que l’ab- 
domen ; elles sont transparentes, avec plu- 


Demonchy Jeulp. 


4.Sn Coque. 
$, Peau de la Nymphe. 
:-6.Tète de la Larve. 


SR ELA To A fee 


QUE : 


sn : . fé. Te dé dédie des tés RARE 2 ss SL ns ben T7. 2h 
« £ 


n DES MYRMÉLÉONS. 95 
sieurs taches brunes ; les pates ont quelques ** 
taches jaunes. 

Il habite l’Europe. 

Sa larve est très commune aux environs 
de Paris ; on la trouve plus fréquemment 
que l'insecte parfait; elle se nourrit d’in- 
sectes, principalement de fourmis; elle reste 
cachée dans le sable à attendre sa proie; 
parvenue à sa grosseur, elle fait une co- 
que ronde, composée de grains de sable 
qu’elle lie avec des brins de soie qu’elle tire 
de l’extrémité de son corps; elle se change 
en nymphe dans cette coque : l’insecte par- 
fait sort environ vingt jours après sa mé- 
tamorphose. 

Nous renvoyons aux généralités pour 
avoir de plus grands détails sur la manière 
de vivre de cette larve. 

” 
Le Myrméléon libelluloide, Myrme- 
leon libelluloides. 


Cette belle espèce est la plus grande de 
ce genre ; ses ailes étendues ont plus de 
quatre pouces d'envergure; elles sont trans- 


96 HISTOIRE NATURELLE 


+4 parentes, jaunâtres , avec de grandes et de 
petites taches brunes; les inférieures sont 
plus longues que les supérieures; la tête 
est jaune, avec quelques poils noirs ; les an- 
tennes courtes, renflées à l’extrémité ; le 
corselet en dessus et en dessous est couvert 
de poils d’un brun jaunâtre ; l'abdomen est 
brun, avec des taches jaunes en dessus; 
les ailes sont très courtes, brunes, cou- 
vertes de poils d’un brun noir. 

Cette belle espèce se trouve dans le midi 
de la France; elle est très commune : on la 
rencontre aussi en Italie, en Grèce, en 

“Espagne , etc. 
Sa larve nous est inconnue. 


. DES ASCALAPHES. 97 | 


XIX*® GENRE. 


ASCALAPHE. 


Caractères génériques. Antennes longues, filiformes, 
terminées en masse; articles courts, un peu gre- 
nus, les trois derniers renflés, — Six antennules 
inégales, filiformes. — Abdomen terminé par 
deux crochets dans les mâles, 


Lxs ascalaphes ont des rapports avec les 
myrméléons ; mais ils en diffèrent par les 
antennes ; celles des myrméléons sont cour- 
tes, celles des ascalaphes sont à peu près 
de la longueur du corps, d'égale grosseuf, 
depuis la base jusqu'au sommet, où elles se 
terminent en masse. 

Ils ont la tête arrondie, portée sur une 
espèce de cou mince et court. 

L'abdomen est long , cylindrique, com- 
posé de plusieurs anneaux, terminé par 
deux crochets dans les mâles. 

Leurs ailes sont transparentes, veinées et 
réticulées, beaucoup plus longues du côté 
extérieur que du côté intérieur; dans l'état 
de repos, l’insecte les porte penchées, le 

vi. 9 


r 98 HISTOIRE NATURELLE 
bord intérieur élevé en toit au-dessus du 
corps. 

Les pates sont de longueur moyenne ; 
les tarses sont terminés par deux crochets 
très pointus. 

La tête, le corselet et l'abdomen, sont 
couverts de poils fins assez serrés; ce qui 
fait qu’au premier coup d’œil on peut pren- 
dre ces insectes pour des papillons, dont ils 
diffèrent par les ailes et les parties de la 
bouche. 

Les ascalaphes volent plus légèrement 
que les hémérobes et les myrméléons. Ils 
Habitent les endroits secs et sablonnèux; ce 
qui fait croire que leurs larves, qui nesont 
pas connues , vivent de même que celles des 
myrméléons: 

Ce genre ne contient que peu d'espèces; 
quatre habitent les départemens méridio- 
naux de la France. 


L’Ascalaphe barbare, Æscalaphus 


barbarus. 


Cette espèce est fort belle; son corps est 
noir, velu; ses ailes sontétroites, allongées 


ne aies de es dns - ain: cel) à stéé Dés. >, là, 


DES ASCALAPHES, 99 


extérieurement , lavées de jaune; brillantes, 
transparentes ; les supérieures ont à la base 
deux grandes taches allongées d’un beau 
jaune, à côté desquelles est une grande ta- 
che brune; les inférieures sont jaunes, avec 
une tache brune à la base ; l'extrémité est 
un peu obscure. 

On le trouve sur les côtes de Barbarie, 
en Italie, et dans les départemens méridio- 
naux de la France. 


XX° GENRE. 


PANORPE. 


Caractères génériques. Antennes longues, filiformes; 
articles très courts et très nombreux. — Quatre 
antennules inégales, filiformes; les antérieures 
composées de quatre articles, les postérieures de 
deux. — Abdomen terminé, dans les mâles, par 
une queue articulée, armée de pinces. — Prois 
petits yeux lisses, 


Les panorpes ont des caractères qui les 
font distinguer facilement des autres in- 
sectes de cet ordre ; l’un de ces caractères 
est une trompe assez longue , cylindrique , 


s RS, à SE De Se dés _ tn ut hf, Dé 


100 HISTOIRE NATURELLE 

un peu plus grosse à son origine qu'à son 
extrémité ; dure, écalleuse, immobile, un 
peu courbée en arrière : dans sa position 
naturelle, elle est perpendiculaire au plan 
de position. Mais ce que cet insecte a de 
plus remarquable, c’est l'abdomen du mâle, 
qui est terminé par une queue articulée, 
armée de pinces : cette queue ressemble à 
celle d’un scorpion, ce qui lui a fait don- 
ner par plusieurs naturalistes le nom de 
mouche-scorpion. 

Les antennes sont filiformes , presque de 
la longueur du corps, insérées à l’origine de 
la trompe. 

La tête est arrondie, un peu aplatie an- 
térieurement et postérieurement : elle est 
attachée À une espèce de cou couvert d’une 
peau membraneuse. 

Les ailes sont allongées, arrondies à l’ex- 
trémité ; quelques espèces ont les inférieures 
linéaires, du double plus longues que les 
supérieures: telle est la panorpe de Cos et 
la panorpe d'Orient ; elles sont transpa- 
rentes. 

Les pates sont longues et minces. 


sl 2 tes di nt Siné à “oi ue sé 
- DES PANORPES. 101 

La femelle de la panorpe d'hiver est 
aptère. 

Les larves de ces insectes ne sont point 
connues. 

Ce genre renferme dix ou douze espèces ; 
une seule habite les environs de Paris : nous 
en décrirons quelques unes. 


La Panorpe commune, Panorpa 
communs. 


Les antennes de cet insecte singulier sont 
noires , à peu près de la longueur du corps, 
insérées à la partie antérieure de la tête à 
la base de la trompe ; sa tête est noire, 
terminée en devant par une trompe longue, 
à l'extrémité de laquelle sont quatre anten- 
nules inégales ; l'abdomen est d’un brun 
noirâtre, avec des taches jaunes : il est ter- 
miné, dans le mâle, par une queue arti- 
culée, composée de trois anneaux, dont le 
dernier est beaucoup plus gros que les au- 
tres ; il est armé de deux crochets en forme 
de pinces : la femelle n’a point cette queue; 
elle a à l'extrémité de l'abdomen deux 


102 HISTOIRE NATURELLE 

tuyaux cylindriques : les ailes sont transpa- 
rentes , réticulées ; elles ont plusieurs ban- 
des transversales, brunes, formées par des 
taches. 

Cette espèce habite l’Europe ; elle est 
très commune aux environs de Paris : on 
a trouve au bord des eux et dans les 
prairies; ce qui a fait croire à M. Geoffroy 
que sa larve est aquatique. Quand on prend 
cet insecte , il paraît vouloir se défendre 
avec ses pinces ; mais il ne fait aucun mal. 


La Panorpe de Cos, Panorpa Coa. 
G: Némoptère. Larr. 


Cette espèce a les ailes étendues, de dix- 
huit à vingt lignes d'envergure ; ses an- 
… tennes sont noirés, filiformes , plus courtes 
- que le corps ; la tête, le corselet et l’ab- 
domen sont mélangés de jaune et de noir; 
les ailes sont grandes, larges, presque ova- 
les, d’un jaune pâle, avec un grand nom- 
bre de points et quelques taches d’un noir 
peu foncé; les inférieures sont linéaires , 
obscures, depuis la base jusqu'au-delà du 


mb Late de à Aie td 


é 


Insectes. PL.66 


1.2. Tridactyle paradoxe. 
… Némoptere sinuce. 


% 


Our. 


DES PANORPES. s 103 
milieu ; elles s’élargissent peu, et ont trois 
taches blanches et deux noires, alternes , 
la première et la dernière étant blanches; 
les pates sont pâles, avec des poils roides, 
où piquans, noirs, et les tarses obscurs. 

On trouve cette espèce dans les îles de 
l’Archipel grec. M. Olivier l’a rencontrée 
abondamment en juin , dans l’île de Négre- 
pont et aux environs d'Athènes. 


La Panorpe tipulaire, Panorpa tipu- 
laria. 


G. Bittaque. Lan. e 


Cette espèce a le corps long de près de 
six lignes ; ses ailes étendues peuvent avoir 
environ dix-huit à vingt lignes d'envergure; 
elle est d’un brun obscur roussâtre ; ses ailes 
sont tachées, avec le bord externe cilié ; 
les pates sont très longues, ce qui donne à 
cet insecte l’aspect d’une tipule; l'abdomen 
du mâle n’est pas terminé par une queue 
recourbée ct articulée. 

On trouve cette espèce dans le midi de 
la France et en Espagne. 


104 HISTOIRE Te 


La Panorpe hyémale, Panorpa 


hyemalis. 
G. Borée. LaATR. 


Cet insecte a une ligne et demie de 
longueur ; ses antennes sont filiformes , de 
la longueur du corps ou même un peu plus 
longues, noirâtres , avec la base d’un fauve 
obscur; la tête est d’un noir bronzé, lui-s 
sant; le bec est plus long que la tête, assez 
gros, jaune, avec l'extrémité un peu ob- 
secure ; le corselet est court, assez large, 
d’un noir bronzé; le corps est gros, d’un 
noir bronzé; les pates sont longues, d’un 
jaune pâle; les tarses sont tous composés de 
cinq articles; les ailes, au nombre de quatre, 
sont rapprochées les unes des autres, subu- 
lées, un peu arquées; le mâle est sans 
‘queue; la femelle a l'abdomen terminé par 
un appendice semblable à celui de la plu- 
part des sauterelles. 

On trouve cette espèce, pendant l'hiver, 
sur les montagnes de la Saxe , de l'Allemagne 
et des Alpes, parmi les mousses. 


DES FRIGANES. 105 


XXI GENRE. 


FRIGANE. 


Caractères génériques. Antennes longues et sûta- 
cées; articles très nombreux, très courts, le pre- 
mier un peu plus gros.— Quatre antennules iné- 
gales, filiformes; les antérieures plus longues, 
composées de cinq aïticles; les postérieures couf- 
tes, composées de quatre. — Abdomen simple. — 
Trois petits yeux lisses, 


Les friganes ont la tête petite; les an- 
tennes sont insérées à sa partie antérieure; 
elles ont le corselet court, les ailes gran- 
des, colorées , élevées en toit au-dessus du 
corps; les inférieures plissées. 

Les pates longues et minces. 

Les larves des friganes ressemblent à 
celles des perles : elles vivent dans l’eau ; 
c’est dans les marais, dans les étangs, les 
ruisseaux, qu'on les trouve; elles habitent 
des fourreaux portatifs qu’elles font de dif- 
férentes matières étrangères qu’elles traînent 
dans l’eau partout où elles marchent. 

Ces larves ont été connues des anciens 


Hi AR DRE, LA, Mic tél: “di … fine Lo de, - a. 


106 HISTOIRE NATURELLK 


sous le nom de Zgni-perdæ, quoiqu’elles 
ne gâtent point le bois, comme Réaumur 
la remarqué. Bellon les à nommées char- 
rées, 

Le corps de ces larves est logé dans un 
tuyau de soie dont l’intérieur est lisse et 
poli. Sur l’extérieur de ce tuyau sont atta- 
chés des fragmens de diverses matières pro- 
pres à le fortifier et à le défendre. Les de- 
hors du fourreau sont souvent hérissés, 
pleins d’inégalités; d’autres se font des ha- 
bits dont les pièces qui les composent sont 
arrangées avec symétrie les unes auprès des 
autres. Quand l’habit devient trop court ou 
trop étroit, elles s'en font un de grandeur 
convenable. Quelquefois le neuf diffère plus 
de celui qu'elles ont laissé, que nos habits 
d'aujourd'hui ne diffèrent de ceux de nos 
aïeux, parce qu’elles se servent de diffé- 
rêns matériaux : elles emploient des feuilles 
entières .ou presque entières de différentes 
espèces de plantes, de petits bâtons de figure 
cylindrique ou irrégulière, des tiges de 
plantes, de roseaux, des brins de paille, 
de gramen, de jonc ; des graines, des grains 


sr. sie nn - hi - ss ie, MAÉ di 0) OS 


DES FRIGANES. 107 
de terre, des coquilles de limaçons aqua- 
tiques; enfin, de presque toutes les matières 
qu’elles trouvent dans l’eau. Tels fourreaux 
ne sont faits que de quelques unes des ma- 
tiéres précédentes , et ce sont les mieux fa- 
çonnés ; d’autres sont composés de toutes 
ces différentes matières si peu propres à 
être assorties ; aussi paraissent-ils des ha- 
bits de guenilles et de haillons. 

L'intérieur de chaque fourreau a assez 
exactement la figure d’un cylindre creux : 
il a une ouverture à chaque bout; celle 
qu'on peut appeler l’antérieure, et par 
laquelle linsecte fait sortir sa tête et ses 
six jambes, est plus grande que la posté- 
rieure : cette dernière est placée au milieu 
d’une plaque circulaire appliquée au bout 
du tuyau pour le boucher en partie. 

Les fourreaux recouverts de portions de 
feuilles sont plats; ils sont peu épais par 
rapport à leur largeur; mais on er voit 
rarement de faits sur ce modèle : commu- 
nément ils sont cylindriques. Il y en a dont 
tout l'extérieur est composé de brins de jones 
collés les uns contre les autres, et disposés 


108 HISTOIRE NATURELLE 


selon la longueur du fourreau. Quelquefois 
ces brins sont si bien arrangés, qu'on ne 
voit point leur assemblage : on croit voir 
un cylindre cannelé danssa longueur ; mais 
il est rare d’en trouver qui n’ait pas quel- 
que pièce, quelque lambeau qui dépare 
le reste : ce lambeau est cependant néces- 
saire à la perfection de l’habit. D’autres 
larves font leurs fourreaux avec un assez 
grand nombre de morceaux de roseaux plus 
petits que ceux des fourreaux dont nous 
venons de parler, et au lieu de les: placer 
en longueur, ils sont arrangés de manière 
qu'ils posent, par un bout, sur le tuyau dé 
soie, et se trouvent croisés en différens en- 
- droits par d’autres petits brins qui sont 
également appuyés sur le tuyau. A mesure 
que la larve allonge son habit, elle fait un 
assemblage de pareils brins croisés qui ser- 
vent à soutenir la portion de soie qui sera 
filée par la suite. Tous les habits construits 
de la sorte sont extrémement hérissés; maïs 
ils ne laissent pas d’avoir une serte de ré- 
gularité. 
Quelques fourreaux sont construits en 


DES FRIGANES. -109 
partie de’ pièces posées longitudinalement 
ou transversalement ; quelques unes de leurs 
portions sont faites de matériaux mal assor- 
üs, qui en gâtent la symétrie ; quelquefois 
c’est un morceau de pierre, un caillou ou 
une coquille : souvent on en voit qui sont 
entièrement couverts de petites coquilles de 
limaçons aquatiques, ou de coquilles de 
moules qui renferment les animaux vivans. 

Les larves qui recouvrent leurs. four- 
reaux de sable ou de petits fragmens de 
coquilles, y attachent de chaque côté une 
petite branche qui l’excède par les deux 
bouts, de sorte qu’il se trouve placé entre 
deux. espèces de bâtons plus grands qu'il 
n’est lui-même. 

Ces fourreaux, construits de matériaux 
si pesans, deviendraient un fardeau pour 
l'insecte, s’il était obligé de:marcher tou- 
jours sur terre ; mais , comme il doit mar- 
cher, tantôt au fond de l’eau , tantôt monter 
et descendre au milieu de ce liquide, sur les 
plantes qui y croïssent, il lui coûte peu à 
porter, si les différentes pièces dont:il est 
construit font un tout d’une pesanteur à 

VIT, 10 


e 


110 HISTOIRE NATURELLE 


peu près égale à celle de l’eau; aussi la 
larve a grand soin de choisir des corps 
dont la pesanteur spécifique est moindre 
que celle de l’eau, et ce qu'elle semble se 
proposer principalement, c’est d’attacher à 
son fourreau des espèces de calebasses. 

Quañd cette larve, qui ne sait point na- 
ger, veut marcher, elle sort sa tête et la 
partie antérieure de son corps hors:de son 
fourreau ; elle cramponne les six pates écail- 
leuses dont elle est pourvue, et marche 
en s'appuyant dessus ; elle trouve d’autant 
moins de difficulté à marcher, que le poids 
de son corps et celui de son fourreau sont, 
comme nous l'avons dit, d’une pesanteur 
à peu près égale à celle de l’eau. 

Les larves des friganes ont six pates écail- 
leuses; leur corps est composé de douze 
anneaux : les trois premiers, auxquels tien- 
nent les pates, sontécailleux, de même cou- 
leur que la tête, qui est brune et écail- 
leuse ; les autres sont blanchâtres ct trans- 
parens : le quatrième a trois éminences 
charnues, par lesquelles Réaumur croit que 
la larve aspire et rejette l’eau ; les huit au- 


DES FRIGANES. T11 


tres ont des filets auxquels cet observateur 
soupçonne de l’analogie avec les ouïes des 
poissons. Outre ces filets, elles ont des poils 
sur différentes parties du corps, surtout 
d’assez longs à l'extrémité , qui est un peu 
fourchue; la bouche est armée de mâchoires 
propres à couper la matière que la larve 
fait entrer dans la composition de son four- 
reau, ou qu'elle veut manger. Réaumur, 
et avant lui Valisnieri, ont cru, avec raison, 
qu’elles se nourrissent de feuilles des plantes 
aquatiques. Degéer a eu occasion de s’en 
assurer; mais il a vu aussi de ces larves 
manger une larve de tipule et une nymphe 
de libellule; ce qui prouve qu’elles sont 
carnivores et herbivores. 

Réaumur n’a pu découvrir dans ces larves 
la partie par où elles font sortir la soie 
qu’elles emploient pour faire leur fourreau ; 
mais il a vu que lorsqu'on en dépouille une 
de son vêtement, elle y rentre aussitôt , 
la tête la première, si on le laisse près d'elle. 
Ces larves sont moins imbéciles que les che- 
nilles des teignes, qui ne connaissent plus 
leur habit dès qu'elles en sont sorties, et 


112 HISTOIRE NATURELLE 


qui aiment mieux s'en faire un neuf que de 
vêtir une seconde fois celui qu'on leur a 
enleÿyé. 

Ce n’est pas dans la construction de leur 
fourreau que les larves des friganes font 
voir le plus d'industrie. Toutes doivent se 
changer en nymphes avant d’être insectes 
ailés, et devenir habitans de l'air, après 
être.nées dans l’eau et y avoir crû. C’est 
dans leur fourreau qu’elles subissent leur 
métamorphose ; mais la nymphe n’y serait 
pas en sûreté contre les attaques de ses en- 
nemis , si la larve n’en fermait l'entrée, en 
bouchant les deux ouvertures avec la soie 
dont elle est pourvue : elle en forme des 
fils avec lesquels elle construit une grille de 
chaque côté; les mailles en sont assez rap- 
prochées pour empécher les insectes carnas- 
siers de pénétrer dans l’intérieur, et assez 
écartées pour laisser un libre passage à l’eau 
que la nymphe a besoin de respirer; mais 
avant de griller son fourreau, la larve a 
soin .de l’assujettir contre quelque corps 
solide. 

La nymphe est couleur de citron ; l’ex- 


L de Li 


à 
DES FRIGANES. 113 
LA 


trémité de son corps est fourchue : elle a 
sur le dos les mêmes paquets de filets blancs 
qu’on voit sur la larve , et on y distingue 
toutes les parties que doit avoir l'insecte 
parfait; sa tête, qui est petite par rapport à 
son corps, a une singularité remarquable : 
c’est une espèce de bec formé par deux cro- 
chets qui sont placés de chaque. côté de la 
tête , et qui se réunissent à leur extrémité. 
Valisnieri croit que les crochets, quine sont 
d'aucune utilité à la nymphe tant qu’elle 
reste sous cette forme, lui servent à déta- 
cher la grille lorsque l’insecte parfait sort 
de son fourreau. C’est ordinairement quinze 
ou vingt jours après que la larve s’est mé- 
tamorphosée en nymphe, que la frigane 
sort de son enveloppe; elle ne la quitte 
point dans l’eau : pendant qu’elle est en- 
core nymphe, elle abandonne son four- 
reau, marche sur la surface de l’eau avec 
ses quatre pates antérieures, qui, de même 
que les autres, sont renfermées dans une 
enveloppe particulière ; elle cherche un 
endroit sec où elle puisse rester tranquille, 
et attendre que sa peau se sèche et se fende; 


” 
114 HISTOIRE NATURELLE 


e’est au bout de quelques minutes qu’elle 
parvient à.en être débarrassée. 

On voit voler les.friganes au bord des 
eaux , où elles vont déposer leurs œufs sur 
des plantes aquatiques : ces œufs sont ren- 
fermés dans une matière glaireuse , trans- 


> parente comme de l’eau , de la consistance 


d'une gelée molle et adhérente à la plante 
sur laquelle sont déposés les œufs. 

Ce genre contient plus de cinquante es- 
pèces, qu’on trouve presque toutes en Eu- 
rope, et une grande partie aux environs de 
Paris : nous en décrirons quelques unes des 
plus remarquables par leur couleur. 


La Frigane striée, Phriganea striata. 


Cette espèce est la plus grande de celles 
qu'on trouve aux environs de Paris ; sa lon- 
gueur est de près d’un pouce ; elle est en- 
tièrement de couleur fauve; elle a quelques 
poils bruns sur la tête et le corselet; les 
antennes sont à peu près de la longueur 
du corps; les yeux sont noirs ; les ailes 
sont presque du double plus longues que 


Insectes. 


_Deweue del. 


À Gi 
+ My ibdliloide. 4. mg, strice . 
2. Ase, barbare. 5. Sa Larve. 
5. Panop. commune . 


DES FRIGANES, 115 


le corps; elles ont des stries longitudinales 
très marquées, d’une couleur plus foncée 
que les ailes, dont le bord intérieur est 
garni de poils. 

Les pates sont longues et épineuses. 

Elle habite l’Europe ; on la trouve aux 
environs de Paris au bord des eaux. 


La Frigane bimaculée, Phriganea 
bimaculata. 


Cette espèce a environ quatre lignes et 
demie de long; ses antennes sont très longues, 
composées d’un grand nombre d'articles 
noirs et blancs; ses ailes supérieures sont 
d’un brun foncé; elles ont vers le milieu du 
bord intérieur une petite tache d’un blanc 
jaunâtre; les inférieures sont noires; les 
pates sont d’un brun clair. Le mâle diffère 
de la femelle par la couleur de ses ailes, qui 
sont noires, avec des bandes transversales 
d’un gris jaunâtre; leur extrémité est un 
peu pliée en dessous. 

Elle habite l’Europe : on la trouve aux 
environs de Paris. 


116 HISTOIRE NATURELLE 


Sa larve se fait un fourreau qui a la forme 
d’un cornet : il est composé de. grains de 
sable mélés avec du limon. Lorsqu'elle est 
prête à se changer en nymphe, elle en re- 
tranche le petit bout, et ne lui laisse qu’une 
longueur proportionnée à celle qu’elle aura 
sous la forme de nymphe. On trouve .ces 
fourreaux au commencement de l’été : leur 
grandeur est alors de quatre lignes, et cha- 
que extrémité est à peu près de même dia- 
mètre. Ils sont couchés horizontalementsur 
les feuilles du nénuphar, auxquelles ils tien- 
nent par les deux bouts, au moyen d’une 
petite plaque de soie que la larve file au- 
dessous de l’un et l’autre de ces bouts, entre 
le fourreau et la feuille : ils y sont attachés 
de manière que les deux ouvertures restent 
libres. 

Ces petites larves, qui ont aussileurs enne- 
mis, ne grillent cependantpas leurs fourreaux 
comme font les grandes espèces ; mais elles 
ontsoin d’en fermer les deux extrémités avec 
une plaque ou cloison solide, composée de 
grains de sable et de terreau fort menu 
qu’elles unissent ensemble avec des fils de 


DES FRIGANES. e 117 


soie comme ceux du fourreau même ; ce qui 
fait présumer qu’elles se servent de la partie 
superflue du fourreau qu’elles ont retran- 
chée. Mais ce qu’il y a de remarquable, c’est 
que, comme elles ont besoin sans cesse d’une 
nouvelle eau , parce que, si elle croupissait, 
elle leur deviendrait funeste, elles ont soin 
de ménager une petite ouverture au centre 
de cette cloison. Ce trou, quoïque fort petit, 
est suffisant pour leur donner la communi- 
cation nécessaire avec l’eau extérieure, €t 
les met en même temps, par sa petitesse, à 
l'abri de toute insulte. 

La nymphe est petite ; elle n’a que quatre 
lignes de longueur. Sa couleur est verte; 
elle a sur les anneaux quatre lignes longitu- 
dinales brunes formées par de petits traits 
noirs; les antennes, les pates etles four- 
reaux des ailes sont blanchâtres et transpa- 
rens. Le devant dé la tête est armé de deux 
petits crochets bruns et écailleux , destinés 
“aux mêmes usages que ceux que portent les 
nymphes des grandes larves de friganes. Les 
ailes sont flottantes ; elles ne tiennent au 
corps que par leur origine. Les antennes 


118 HISTOIRE NATURELLE 


sont remarquables par leur longueur; elles 
s'étendent au-delà du corps de la nymphe, 
et leur extrémité est roulée en spirale; le 
dernier anneau est terminé par deux petits 
corps déliés, écailleux, de couleur brune, 
un peu courbés en crochets à leur extrémité. 
En général, cette nymphe a le corps al- 
longé; son ventre est à proportion plus 
long que celui des autres nymphes de ce 
genre , et on ne lui voit que fort peu de ces 
filets membraneux qu'ont toutes les larves de 
friganes. 

C’est environ quinze jours après que la 
larÿe s’est changée en nymphe, que paraît 
l'insecte parfait. Pour prendre cette forme, 
la nymphe quitte son fourreau ; car, comme 
nous l'avons dit, la frigane ne serait pas en 
état de forcer la plaque qui en bouche l’ou- 
verture. La nymphe fait sauter cette plaque 
avec les deux crochets de sa tête; ensuite 
elle nage dans l’eau jusqu’au moment où 
elle doit quitter sa peau; ce qui a lieu peu 
à peu ; les pates desla nymphe sont garnies 
d’un grand nombre de poils fins et serrés ; 
de sorte qu'ils forment une espèce de frange : 


: è 


melti tés à 


DES-FRIGANES. 119 


c'est en frappant l’eau avecses pates, qu’elle 
parvient à nager. On remarque la même 

chose sur d’autres nymphes plus grandes; 

celles des ditiques, des hydrophiles, des pu- 

naïises aquatiques , etc. Les poils appartien- 

nent uniquement à la nymphe : on ne les 

voit plus sur la frigane. La nymphe, qui a 

eu besoin de nager une fois dans sa vie, a 

reçu de la nature des instrumens propres à 

cette opération. Pour se défaire de sa peau, : 
elle ne sort point tout-à-fait de l’eau ; elle 

se place simplement de manière que le des- 

sus du corps, et surtout du corselet, touche 

la superficie de l’eau , comme font les nym- 

phes des cousins;elle reste comme suspendue 

contre cette superficie. C’est là que la fri- 

gane quitte sa dépouille, en faisant crever 

la peau qui couvre le corselet et la tête. La 

dépouille vide reste flottante sur l’eau. 


La Frigane grande, Friganea grandis. 
Elle a de dix à onze lignes de long; ses 


ailes supérieures sont d’un brun grisâtre, 
avec des nuances cendrées, une raie longitu- 


120 HISTOIRE NATURELLE 
dinale noire, des taches irrégulières d’un 


brun obscur, et deux points blancs vers 


l'extrémité ; les ailes inférieures sont trans- 
parentes, brunes, avec les bords jaunâtres; 
les pates sont d’un brun jaunâtre , avec des 
taches noires ; les antennes sont de la lon- 
gueur du corps, brunes, annélées de gris. 

Elle habite l’Europe, et est commune aux 
environs de Paris. 

Sa larve se forme un fourreau avec des 
petits morceaux de boïs disposés longitudi- 
nalement sur les côtés du corps. 


La Frigane noire, Friganea nigra. 


Cette petite frigane a quatre à cinq lignes 
de long; elle est remarquable par ses anten- 
nules; les antérieures sont extrêmement lon- 
gues, d’égale grosseur, depuis leur origine jus- 
que vers l'extrémité, qui est cylindrique; elles 
sont couvertes de poils assez longs et serrés; 
les inférieures sont courtes, peu visibles : son 
corps et ses ailes sont d’un noir bleuâtre, 
brillant : on voit sur les ailes supérieures 
quelques taches d’un noir foncé; ces ailes 


DES FRIGANES:. 127 
paraissent chiffonnées à l'extrémité; les an- 
tennes ont des anneaux blancs depuis la 
base jusque vers le milieu, le reste est 
noir ; elles sont plus longues que le corps. 

Elle habite l’Europe : on la trouve aux 
environs de Paris. Ces petites friganes sont 
très vives. : 


La Frigane rhombifère, Friganea 
rhombæa. 


Cette belle frigane a près de neuf lignes 
de longueur; elle ressemble à une teigne ; 
ses ailes supérieures sont d’un jaune un peu 
brun, avec des taches brunes, irrégulières; 
son corps est jaune, avec une ligne longitu- 
dinale brune de chaque côté. 

Elle habite l’Europe. 

Sa larve, suivant Linné et Fabricius, se 
fait un fourreau avec des brins de gramen, 
qu’elle croise en différens sens. Geoffroy dit 
qu'elle le recouvre de petites pierres et de 
débris dé coquilles. 

On la trouve aux environs de Paris, au 
bord des eaux, où elle va déposer ses 
œufs. 

VII. II 


. 
PL 


_4 + Ré nn : 
122 HISTOIRE NATURELLE 


XXII GENRE. 


ÉPHÉMÈRE. 


Caractères génériques. Antennes très courtes et 
subulées; articles nombreux, à peine distincts. — 
Quatre antennules très courtes, peu apparentes, 
égales, filiformes; les antérieures composées de 
quatre articles, les postérieures de troïs, — Ab- 
domen terminé par deux ou trois filets longs et 
sétacés. — Trois petits yeux lisses. 


Les éphémères ontles antennes très cour- 
tes, peu visibles. 

La tête plus étroite que le corselet ; les 
yeux à réseau arrondis, les petits yeux 
lisses placés au-devant de la tête, quelque- 
fois plus grands que les yeux à réseau. 

Le corselet est convexe; l'abdomen long, 
quelquefois cylindrique, composé de dix an- 
neaux terminés par deux ou trois filets plus 
longs que le corps. 

Les pates sont assez longues, les anté- 
rieures plus que les autres, et linsecte les 
porte en avant. 

L'éphémère a quatre ailes membraneuses, 


DES ÉPHÉMÈRES. 123 
réticulées; les supérieures beaucoup plus 
grandes que les inférieures, qui dans quel- 
ques espèces sont si petites, qu’elles ne pa- 
raissent presque pas; elle les porte élevées 
ou perpendiculaires au plan de position. 

Le nom d’éphémère a été donné à ces in- 
sectes À cause de la courte durée de leur vie : 
il y en a qui meurent le jour même qu'elles 
sont nées; il y en a qui ne voient jamais le 
soleil; elles naissent ou elles sortent de l’eau 
après qu'il est couché, et meurent avant 
l'aurore : enfin, la vie de quelques unes n’est 
que d’une heure ou de quelques heures. 
D'autres éphémères vivent cependant plu- 
sieurs jours dans la province d’Upsal. M. de 
Giorna, qui habite Tumin, dit dans son Ca- 
lendrier entomologique, que son père a vu 
au mois de janvier une éphémère attachée 
extérieurement À un carreau de sa croisée ; 
elle y est restée jusqu’au mois de février, et 
l'air s'étant réchauffé, elle s’est envolée. 

Plusieurs naturalistes modernes ont fait 
des observations sur les éphémères. Swam- 
merdam et Blankaert parlent de celles de la 
plus grande espèce, qui sortent des rivières 


124 HISTOIRE NATURRKLLE 


de la Hollande en été pendant trois ou 
quatre jours, dans une abondance surpre- 
nante : elles ne vivent que quelques heures. 
Réaumur a donné l’histoire d’éphémères plus 
petites, qui vivent dans les rivières de la 
Seine et dela Marne, et qui, pendant quel- 
ques jours d’été, paraissent en l'air par mil- 
liards vers le coucher du soleil, mais qui 
meurent toutes en deux ou trois heures. 
Toutes les éphémères ont été des larves, 
et ensuite des nymphes; c’est sous ces deux 
formes qu'elles ont pris leur accroissement 
au milieu de l’eau. Swammerdam prétend 
qu'il ÿ a des espèces qui restent trois ans 
sous l’eau. Réaumur en a vu y demeurer 
deux ans, et beaucoup d’autres environ une 
année. Mais quand ces insectes sont parvenus 
à être habitans de V’air, ce moment est pour 
eux le terme fatal; malgré le grand appa- 
reil qui a été employé pour les y amener, 
ils doivent périr dans l'instant où ils y ar- 
rivent. Si l’histoire des éphémères, dit Réau- 
mur, eût été mieux connue de ceux à qui 
nous devons des leçons de morale, ils n’eus- 
sent pas manqué de proposer la vie de ces 


DES ÉPHÉMÈRES. 125 


insectes comme une image de celle des 
hommes, dont les plus heureux, après avoir 
été tourmentés une longue suite d’années 
par des projets inspirés -par l'amour de la 
gloire, ou par celui des richesses, ne les 
voient pasplus tôt remplis, qu’ils se trouvent 
arrivés à un terme où tout leur devient inu- 
tile, où tout ce qui les environne est pour 
eux un pur néant. 
Les larves d’éphémères ont six pates. 
Sous l’état de nymphes, elles ne diffèrent 
des larves qu’en ce qu’elles ont des four- 
reaux d'ailes attachés au corselet; dans 
quelques espèces , le corselet est divisé en 
deux parties , dans d’autres il semble 
l'être en trois; mais la partie du milieu 
est étroite en comparaison des deux autres ; 
la tête est triangulaire, un peu aplatie en 
dessus et en dessous ; en dessus elle est cou- 
verte d’une plaque écailleuse qui s’avance 
entre les antennes, et y forme deux espèces 
de cornes; les yeux à réseau sont assez 
grands , ils sont placés près de la base de 
cette plaque; les antennes sont à filets co- 
niques. Au-dessous de la tête, on voit deux 


120 HISTOIRE NATURELLE 

parties écailleuses, longues .et pointues , un 
peu courbées en dehors, qui se terminent 
en pointe fine ; elles partent des deux côtés 
de la bouche, et s’avancent comme deux 
cornes au-devant de la tête; elles sont ar- 
ticulées, et mobiles à la volonté de l’insecte : 
la bouche est composée d’une lèvre supé- 
rieure ; d’une lèvre inférieure et de deux 
dents écailleuses à dentelures : le corps est 
divisé en dix anneauxs il sort de l'extrémité 
du dernier trois filets presque aussi longs 
que le corps; dans plusieurs de ces in- 
sectes, ces filets sont écartés les uns des au- 
tres, et forment une queue remarquable ; 
ceux de quelques espèces sont, depuis leur 
origine jusqu'à l'extrémité, bordés des 
deux côtés d’une frange de poils disposés 
comme les barbes d’une plume , et aussi 
proches les uns des autres que le sont ces 
barbes ; d’autres n’ont de ces poils que jus- 
qu'aux deux tiers de leur longueur ; d’autres 
n'ont que le filet du milieu barbu, et seule- 
ment le côté intérieur des deux autres. La 
plupart de ces larves sont brunes ou jau- 
nâtres ; elles diffèrent entre elles par les in- 


DES ÉPHÉMÈRES. 127 


clinations que la nature leur à données ; les 
unes passent leur vie dans des habitations 
fixes; chacune a la sienne, qui n’est qu’un 
trou qu’elle a creusé au-dessous de la sur- 
face de l’eau, dans la terre qui en forme le 
bassin ; rarement elles quittent ce trou pour 
nager, ce n’est guère que dans les circon- 
stancés qui demandent qu’elles se creusent 
un nouveau logement. Les autres sont pour 
ainsi dire errantes; tantôt il leur plait de 
uager, et tantôt de marcher sur les corps 
qui se trouvent sous l’eau , où elles se ca- 
chent sous des pierres ou sous des morceaux 
de bois, ou se tiennent tranquilles sur les 
mêmes corps. Celles qui ne changent point 
de place et qui sont à portée d’être vues, 
fixent l'attention de l'observateur; il voit 
avec plaisir l'agitation vive dans laquelle 
sonttdes espèces de houppes, d’une gran- 
deur sensible, placées de chaque côté de 
la plus grande partie du corps. Chacune 
de ces houppes paraît, au premier coup 
d'œil, faite de filets déliés, et il y en a 
qui en sont composées. On ne saurait ex- 
primer la vitesse avec laquelle chacune dé- 


128 HISTOIRE NATURELLE 


crit en même temps un arc d’une petite 
étendue dans un sens, et ensuite dans un 
sens contraire. Si on regarde ces houppes 
au microscope, on juge qu’elles sont les 
ouïes de l’insecte. Toutes les espèces ne les 
portent pas de la même manière; les unes 
tiennent les leurs parallèles au plan sur le- 
quel elles sont posées; elles sont placées 
comme les rames d’une galère; d’autres por- 
tent leurs ouïes perpendiculaires au plan de 
position, où elles les tiennent droites et éle- 
vées au-dessus de leur corps; dans quel- 
ques espèces, elles sont couchées sur l’in- 
secte , et dirigées vers la queue. Le nombre 
de ces ouies n’est pas le même pour toutes 
les espèces : les unes en ont six de chaque 
côté , les autres sept. La première paire part 
du premier ou du second anneau, et cha- 
cune des autres paires, d’un des anneaux 
suivans : les trois derniers en sont dépour- 
vus. Dès que le port des ouïes n’est pas le 
même , et que leur nombre varie, on peut 
juger que toutes ne sont pas faites sur le 
même modèle. Nous renvoyons à Réaumur 
pour en voir la description; nous nous bor- 


DES ÉPHÉMÈRES. 129 


nerons à donner celle de l’espèce la plus 
commune aux environs de Paris. Cette es- 
pèce est celle dont les ouiïes sont couchées 
sur le corps : ces ouïes sont composées de 
deux feuilles posées parallèlement l'une à 
l’autre , et souvent appliquées l’une contre 
l’autre , mais de grandeur inégale : la plus 
petite a en tout sens environ un quart de 
dimension de moins que la plus grande 3 
l’une et l’autre sont plus longues que larges, 
et c'est assez près de leur origine qu’elles 
ont le. “plus de largeur; un de leurs côtés 
est concave , c’est celui qui s'applique sur 
le corps obliquement, en se dirigeant vers 
la queue; l’autre, le supérieur, est con- 
vexé : ce dernier est bordé par une frange 
de petits corps oblongs, d’un diamètrerà 
peu près égal dans toute leur longueur. Des 
carps plus gros et plus pointus partent de 
distance en distance de la surface con- 
cave, mais ils ne sont pas assez proches 
les uns des autres pour former une frange : 
enfin, chaque feuille des ouies , comme 
celles des plantes, est partagée en deux 
parties à peu près égales, par une espèce 


130 HISTOIRE NATURELLE 


de grosse nervure qui va de son origine à 
son extrémité. Cette nervure est creuse, et 
est probablement de vaisseau destiné à re- 
cevoir l’ainetà le distribuer jusqu'aux fran- 
ges, jusqu'aux bords du côté convexe et du 
côté concave : de ce principal vaisseau par- 
tent des vaisseaux plus petits, qui prennent 
leur route vers le-bord ; et qui, en s’en ap- 
” prochant ,.se ramifient. 

De toutes les larves qui doiventse changer 
en éphémères, celles-ci, comme nous l’avons 
dit, sont les plus communes aux environs 
de Paris; elles offrent, la plupart des an- 
nées. Sur la fin de l'été, pendant trois ou 
quatre jours, une sorte de phénomène aux 
Habitans des bords de la Seine. Les éphé- 
mères, qui naissent etmeurenttoutes en peu 
d'heures;sont en sigrand nombre, qu'après 
leur mort elles couvrent entièrement le 
pavé sur lequel elles tombent, et y forment 
une couche si épaisse, que la terre n’est 
pas mieux couverte en-hiver par la neige. 

Les larves de ces éphémères ne nagent 
pas dans l’eau; elles sont de celles qui se 
tiennent cachées dans des trous percés dans 


DES ÉPHÉMÈRES. 131 


les bancs d’une terre compacte. Ordinairé- 
ment ces trous sont dirigés horizontalement; 
la plupart de leurs ouvertures sont un péu 
ovales: on peut néanmoins en observer d’au- 
tres plus oblongues. Quoïque la distribu- 
tion des unes et des autres n'offre d’abord 
rien de fort régulier, on remarque cepen- 
dant que les ouvertures peu ovales sont 
placées deux à deux sur une même ligne 
horizontale , et qu'il y en a toujours deux 
très proches l’une de l’autre. Après un léger 
examen, on reconnaît aussi que ce n’est 
pas sans raison que deux ouvertures pres- 
que circulaires sont si proches; on recon- 
naît qu’elles appartiennent à un seul etmême 
logement, et qu'une ouverture très oblongue 
tient lieu à d’autres des deux circulaires. 
Cette dernière est formée de deux ouver- 
tures qui ont été réunies, parce que la 
cloïson qui les séparait a été emportée ; 
bientôt on apprend que le logement de cha- 
cune de nos larves n'est pas aussi simple 
que le trou cylindrique dans lequel se tient 
un ver de terre. Notre larve loge dans uné 
cavité à deux branches, semblable à celle 


+ 


132 HISTOIRE NATURELLE : 


qui se trouverait dans un tube de verre 
qu’on ‘aurait plié en deux. L’habitation de 
chaque larve est composée de deux pièces. 
C’est toujours dans une terre de la consis- 
tance de celle de la glaise que ces trous 
sont percés ; on n’en trouve jamais dans les 
bancs de gravier. Le logement est propor- 
tionné à la grandeur de l’insecte qui l’ha- 
bite mais il a toujours une longueur dou- 
ble de celui de son corps. Tous les vides 
que le corps de l’insecte y laisse sont rem- 
plis par l’eau. Les ouvertures de l’un et de 
l'autre trou se trouvent au-dessous de son 
niveau : l’insecte en est environné de toutes 
parts, comme il le serait au milieu de la 
rivière , sans‘courir autant de risque d’être 
dévoré par les poissons voraces. Outre que 
son habitation sert à le mettre en sûreté, 
elle met à sa portée les alimens dont il 
se nourrit: la transparence de son corps 
permet de voir que ses intestins, qui sont 
faits à peu près comme ceux des chenilles , 
sont remplis de terre. Les excrémens qu’on 
lui voit rendre en certain temps, ne sont 
que des grains d’une terre à qti a été 


DES ÉPHÉMÈRES. 133 


enlevé ce qu’elle avait de succulent. Ces 
larves, qui nous paraissent si faibles, ont 
cependant des organes propres à digé- 
rer une nourriture aussi grossière, et Ja 
nature les a pourvues d’instrumens proprés 
à se la procurer et à se creuser un loge- 
ment: ce sont les espèces de cornes qu’elles 
ont au-devant de la tête. D’autres larves 
d’éphémères nous présentent des différen- 
ces : celles-ci sont d’une grande vivacité 
quand elles nagent, ce qu’elles exécutent 
par le mouvement du ventre , en le haus- 
sant et le baïissant alternativement avec 
beaucoup de vitesse; mais elles marchent 
lentement sur le fond des eaux et sur les 
plantes aquatiques dont elles se nourrissent. 

Lorsque les larves d’éphémères ont ac- 
quis toute leur grandeur, les unes après un 
an , les autres après deux ou trois; elles de- 
viennent nymphes , et ne diffèrent des lar- 
ves, comme nous l'avons vu, que par les 
fourreaux d'ailes. Pour se transformer en 
éphémères, ces nymphes sortent de l’eau et 
se rendent dans quelque endroit sec; elles 
ne tardent guère à y quitter leur peau de 

VII 12 


134 HISTOIRE NATURELLE 


nymphe, qui se fend au-dessus de la tête 
et-du corselet; elles s’en dépouillent avec 
la plus grande facilité. Après avoir quitté 
la peau de nymphe ; ces éphémères s’envo- 
lént et vont se placer sur des murailles, des 
arbres, ou dansdes endroitssemblables. Quoi- 
qu'elles soient alors pourvues d’ailes , et que 
rien ne semble leur manquer, elles ont cepen- 
dant encore à se défaire d’une dépouille. Pour 
achever cette opération, elles se fixent quel- 
que part, au moyen des crochets de leurs pa- 
tes: l’éphémèrese tientensuiteforttranquille, 
et attend le moment où elle pourra se tirer 
de la peau dont elle est couverte: ellese met 
le plus souvent dans une position verticale , 
la tête en haut; elle reste dans cette position 
des heures entières : enfin, la peau du cor- 
selet et de la tête commence à se fendre , et 
à mesure que cette fente augmente, l’éphé- 
mèreen tire toutes ses parties les unes après 
les autres. Les ailes se dépouillent comme 
tout le reste : elles sont tirées peu à peu 
d’une pellicule qui les couvrait. La première 
dépouille que quitte la nymphe tient quel- 
quefois aux filetside la queue, surtout à 


DES ÉPHÉMÈRES. 135 


celles qui naissent les premières ; elles lem- 
portent avec elles et s’en débarrassent pen- 
dant qu’elles volent, Cette dépouille st un 
vêtement auquel restent-attachées toutes les 
parties de la nymphe qui a vécu dans l’eau, 
et qui deviennent inutiles à l’éphémère qui 
doit habiter l'air. La seconde dépouille reste 
attachée à l’endroit où l’éphémère l’a quit- 
tée. Swammerdam prétend que, dans l’es- 
pèce sur laquelle il a donné des observa- 
tions, le mâle est seul assujetti à ce second 
dépouillement. 

Les éphémères ont les mêmes parties 
après commeavant cette dernière mue; elles 
n’augmentent ni ne diminuent en nombre. 

Ii se fait cependant du changement dans 
_ quelques unes. Avant cette mue, la peau 
qui couvre le corps, les ailes et les pates , 
est mate et terne, d’un brun obscur pres- 
que noir , sur laquelle les taches qui parai- 
tront après la mue ne sont encore que faibles 
et à peine marquées; mais, après le dernier 
dépouillement, la peau de l’insecte est lui- 
sante ; les ailes, dans quelques espèces, sont 
comme vernissées. Les couleurs dercelles de 


136 HISTOIRE NATURELLE 


là femelle sont presque les mêmes dans les 
deux états. Avant le changement de peau , 
les ailes sont molles et flasques : cependant 
l'éphémère peut s'en servir pour voler; 
mais son vol est lent et pesant : après le 
dépouillement , les ailes sont sèches et fria- 
bles. 

Cern’est qu'après avoir quitté cette der- 
nière dépouille que les éphémères sont 
dans leur état de perfection et capables de 
se reproduire. Parmi les éphémères , il y 
en a qui ont-une queue faite de trois filets 
égaux en longueur, et d’autres qui n’ont 
que deux grands filets ; celui du milieu est 
extrémement court, il n’a pas la sixième ou 
la huitième partie de la longueur des au- 
tres. Celles à qui le filet du milieu manque 
presque en totalité, sont les mâles : en 
échange de ce filet, ils en ont quatre courts 
en dessous du ventre, et qui semblent ana- 
logues aux parties données aux autres mâles 
pour saisir leurs femelles. A l'extrémité de 
l'abdomen, le mâle à deux parties qui lui 
sont propres, et qu'on ne voit point à celui 
de la femelle; ce sont deux crochets cour- 


ii LL. + 


DES ÉPHÉMÈRES, 137 


bés en arc et attachés au-dessous du neu- 
vième ou dernier anneau ; il s’en sert pro- 
bablement pour s’accrocher au corps de 
la femelle dans l’accouplement. Chaque cro- 
chet est composé de quatre pièces : la pre- 
mière , qui tient au ventre, est courte et 
solide ; elle est comme la base du crochet 
qui y est attaché par une articulation ou 
jointure au moyen de laquelle il se donne 
les mouvemens nécessaires ; car l’insecte se 
sert de ces crochets comme de pinces : la 
seconde pièce est longue et courbée en arc; 
elle a, du côté concave, une infinité de pe- 
tites pointes en forme de dentelures, qui 
apparemment sont faites pour arrêter le 
corps de la femelle : la troisième pièce est 
courte, et la quatrième, dont le bout est ar- 
rondi, l’est encore davantage : l'inspection 
seule de ces crochets du mâle pourrait Ser- 
vir de preuve que les éphémères s'accou- 
plent comme les autres insectes. L’abdomen 
de la femelle diffère de celui du mâle : entre 
le septième et le huitième anneau, on y voit 
en dessous une ouverture par laquelle elle 
pond ses œufs. Les éphémères n’ont point 


138 HISTOIRE NATURELLE 


de bouche sensible ; on peut croire qu’elles 
ne mangent pas, ou si elles prennent de la 
nourriture, ce ne peut être que le suc qui 
sort des feuilles des plantes; mais on ne peut 
l’assurer. Ce qu’on sait, c’est que ce sont 
de petits animaux très faibles, qu’on blesse 
par le plus léger attouchement. 

Les femelles des éphémères sont lourdes ; 
elles ne paraissent guère avoir autre chose 
à faire dans leur vie, que de pondre leurs 
œufs ; elles sont en état de s’en délivrer dès 
qu’elles ont l’usage de leurs ailes ; il semble 
même que ce soit un besoin dont elles 
soient pressées ; c’est à l’eau de la rivière 
qu'elles devraient les confier, et à laquelle la 
plupart les confient : cependant plusieurs 
laissent les leurs sur tous les corps sur les- 
quels il leur arrive de tomber ou de se po- 
ser. Tout a été ménagé pour qu’un insecte 
qui à si peu à vivre püût finir ses différentes 
opérations en très peu de temps. Il n’y a 
guère de femelles qui doivent mettre au jour 
un si grand nombre d'œufs, et les pondre 
aussi promptement; ceux de l’éphémère 
sont arrangés en deux espèces de grappes , 


DES ÉPHÉMÈRES. 139 


dont chacune est composée de grains qui se 
touchent. Quelques unes ont trois lignes et 
demie, d’autres quatre lignes de longueur ; 
leur diamètre est d'environ une ligne. Cha- 
cune de ces grappes contient trois cent cin- 
quante-à quatre cents œufs. Chaque éphé- 
mère a donc sept à huit cents œufs à pondre, 
et c’est pour elle une opération d’un moment. 
Non seulement les œufs ont été disposés en 
grappes, ce qui accélère la ponte, mais, 
pour la rendre encore plus prompte, l'éphé- 
mère les fait sortir toutes deux en même 
temps. Pour se disposer à pondre, la fe- 
melle relève l'extrémité de sonabdomen, 
auquel elle fait faire un angle presque droit 
avec le reste de son corps. C’est alors 
qu’elle pousse en dehors les deux grappes 
à la fois, par les deux ouvertures dont 
nous avons parlé, Les éphémères qui vo- 
lent à fleur d’eau s’äppuïient avec les filets 
de leur queue sur l’eau même, pendant 
qu'elles lui confient leurs deux grappes 
d'œufs : elles n’ont pas besoin d’en prendre 
d'autre soin ; la pesanteur de ces grappes, 
qui surpasse celle de l’eau, les fait tomber 


140 HISTOIRE NATURELLE 


_ sur-le-champ au fond de la rivière: là les 
œufs y sont bientôt séparés les uns des au- 
tres; mais comment, dit Réaumur, ces œufs 
sont-ils fécondés ? comment ont-ils le temps 
de l’étre ? car il semble que chaque femelle 
ne s’est pas plus tôt élevée en l'air, qu’à peine 
y a-t-elle volé quelques instans, qu'elle se 
rabat sur la surface de l’eau pour faire sa 
ponte. En quel temps les mâles s’accouplent- 
ils avec les femelles ? C’est sur quoi Réau- 
mur ne sait rien de précis. Swammerdam , 
qui a observé une autre espèce d’éphémère, 
prétend'que les œufs sont fécondés sans ac- 
couplement ; que les mâles des éphémères 
* jettent sur les œufs que les femelles vien- 
nent de pondre, une laite, une liqueur vi- 
vifiante, comme on croit communément 
que le font les mâles de la plupart des pois- 
sons. Mais notre célèbre observateur, qui 
n’a pu voir l’accouplement de ces insectes , 
avait de la peine à croire Swammerdam ; il 
lui paraissait impossible que des œufs qui 
tombent dans l’eau au momeut où ils sor- 
tent du corps de la femelle, pussent être 
fécondés de la manière que Swammerdam 


DES ÉPHÉMÈRES. 1h41 
le prétend; mais Degéer, qui a été plus. 
heureux que Réaumur, va nous apprendre 
comment s’accouplent les éphémères. Il dit 
que dans leurs assemblées aériennes, qui 
sont composées uniquement de mâles , il a 
remarqué que dès qu’une femelle se rendait 
dans la mélée, ce qui arrivait fort souvent, 
ceux-ci se mettaient d’abord à sa pour- 
suite, et semblaient se dispuier deux ou 
trois à la fois sa conquéte; qu’enfin l'un 
d’entre eux parvenait à s'envoler seul avec 
la femelle. Ordinairement ce couple gagne 
les airs, et va se placer au haut d’une mu- 
raille, ou sur un arbre; mais deux ou trois 
couples s'étant posés sur un buisson, il fut 
à portée de les observer. Il vit que le mâle 
s'étant placé au-dessous de la femelle, re- 
courbait son ventre par en haut, et qu’il en 
appliquait l'extrémité contre l'ouverture 
qui se trouve au ventre de la femelle, entre 
le septième et le huitième anneau, et que 
nous avons vu plus haut donner issue aux 
œufs. L'affaire fut achevée dans un instant, 
après quoi le mâle s'envola ; mais la femelle 
étant restée sur la feuille, Degéer eut la 


"7 — L d LL é 


142 HISTOIRE NATURELLE 


curiosité de s’en saisir, et faisant au ventre 
une légère pression, il vit sortir de l’ouver- 
ture une petite goutte d’une liqueur transpa- 
rente, qui peut-être était une partie de la 
semence que le mâle venait d'y verser. 
Enfin, cette action du mâle était très certai- 
nement un accouplement réel. Il n’a pu 
observer comment le mâle s'était saisi en 
l'air du corps de ia femelle avec ses deux 
longues pates antérieures, qu'il soupçonne 
destinées à cet usage, et comment il em- 
brassait le ventre de sa femelle au moyen 
des deux crochets qu'il porte au derrière. 
On ignore aussi combien les œufs sont de 
temps à éclore ; mais on ne doit pas douter 
que dès que les larves en sortent, elles sa- 
vent se faire des trous dans lesquels elles 
sont À l'abri de la voracité des poissons. La 
fécondité des mères étant très grande, 
comme nous l’avons vu, et les petits peu 
exposés, il n’est pas étonnant que certaines 
années on voie sur les rivières des nuées et 
des pluies de ces insectes , qu’on voit naître 
en deux ou trois jours , et dans deux ou trois 
heures de temps. 


DES ÉPHÉMÈRES. 143 


Il en est de ces différentes espèces d’in- 
sectes aquatiques, qui sont une sorte de 
production de différentes rivières, comme 
des fruits de la terre, qui ne sont pas tous à 
maturité dans le même temps. Les éphé- 
mères de Hollande, ou celies dont Swam- 
merdam et celles dont Clusius ont parlé, 
sont, par rapport aux nôtres, ce que sont 
les espèces de fruits précoces par rapport 
aux fruits d’été ou d'automne. C’est vers le 
commencement de cette première saison 
que paraissent des nuées d’éphémères dans 
un pays plus fraid que le nôtre, et ce n’est 
guère que vers le milieu de l'été que de pa- 
reilles nuées se montrent aux environs de 
Paris; enfin, ce n’est qu'à une certaine 
heure de chaque jour que ces insectes com- 
mencent à sortir de l’eau pour devenir ha- 
bitans de l'air, et cette heure n’est pas la 
même pour les éphémères des différentes 
espèces : celles du Rhin, de la Meuse, du 
Lech, de lIssel et du Wabhal; celles, en 
un mot, dont a traité Swammerdam, com- 
mencent à voler sur ces rivières vers les six 
heures du soir, c’est-à-dire environ deux 


4 


LE LE] Late, iéiinee: :. 1 


144 HISTOIRE NATURELLE 


heures avant que le soleil se couche. Les 
plus diligentes de celles de la Marne et de la 
Seine ne s'élèvent en l'air que lorsque le 
soleil est prêt à se coucher, et ce n’est 
qu'après qu'il l’est que le gros de ces in- 
sectes forme des nuées : aussi les Saisons des 
différentes récoltes ne sont pas mieux con- 
nues des laboureurs, que le temps où les 
éphémères doivent paraître sur une rivière 
l'est de ses pécheurs; ils savent encore que 
ce temps est compris entre quelques li- 
mites , et elles ont quelquefois plus d’étendue 
qu'ils ne leur en donnent; plus de chaud 
ou plus de froid, des eaux plus hautes ou 
plus basses, et d’autres circonstances, peu- 
vent rendre une année plus avancée ou plus 
tardive. Réaumur a observé que, quelle 
qu'ait été pendant le jour la température de 
l'air, l'heure à laquelle nos éphémères com 
mencent à se tirer de leur fourreau est la 
méme, et une autre heure pa raît marquée , 
par-delà laquelle il ne leur est plus permis 
de le faire. Leur nombre est assez immense 
pour former en l'air des nuées, et tomber 
comme une grosse pluie. Pendant deux 


Nat Eté  hété jiéihé qu 
2 … + 


_ DES ÉPHÉMÈRES. 145 
heures, elles obsceurcissent l'air, qui au 
bout de ce temps se trouve dépeuplé. d 

Les éphémères que Degéer a observées 
se font voir vers la fin du printemps , en très 
grande quantité, et toujours vers le coucher 
du-soleil. Elles se rassemblent au nombre de 
quelques centaines, et voltigent continuel- 
lement du haut en bas; elles s'élèvent en 
l'air, et descendent tour à tour : ordinaire- 
ment elles forment des nuées qui voltigent 
au-dessus de quelque grand arbre, et qui 
s’enécartent rarement : elles représentent des 
essaims d’abeilles assez nombreux. Quand 
elles veulent s'élever, elles battent l'air fort 
rapidement avec les ailes; mais dès qu’elles 
sont arrivées à cinq ou six pieds au-dessus 
de l'arbre, elles se laissent descendre jusque 
fort près de son sommet, en tenant les ailes 
étendues et dans un parfait repos; elles 
planent alors comme font les oiseaux de 
proie. Pendant ce temps, la triple queue 
est élevée en haut, et ses filets sont écartés 
les uns des autres, au point de faire entre 
eux des angles droits. Il semble que cette 
queue donne une espèce d'équilibre au corps, 

VIT. Ù 13 


hits less din agé jme: gs 


146 HISTOIRE NATURELLE 


qui descend parallèlement à la surface du 
terrain : elles voltigent ainsi sans cesse pen- 
dant deux ou trois heures. Ces éphémères 
commencent constamment à voler les jours 
où il fait beau , une heure avant le coucher 
du soleil; alors on les voit s’élever en l'air, 
et s’attrouper dans différens endroits, mais 
toujours peu éloignés d’un canal ; d’une ri- 
vière où d’un ruisseau. Elles y restent jus- 
qu’à ce que la rosée s'élève en trop grande 
abondance ; alors elles disparaissent toutes 
les unes après les autres : elles se retirent sur 
les murs des maisons; mais le plus ordinai- 
rement sur les plantes qui environnent fes 
eaux; c'est là qu’elles se tiennent pendant 
la journée dans un repos parfait. Elles ne 
quittent leur place que quand on les tour- 
mente. Dès que le soir arrive, elles com- 
mencent À se ranimer et à s'élever de nou- 
veauen l'air. Le nombre des mâles surpasse 
toujours de beaucoup celui des femelles : 
celles-ci voltigent au-dessus de la surface 
des eaux, afin d'y déposer leurs œufs. De- 
géer croit que les femelles meurent peu de 
temps après la ponte : le nombre de celles 


Dh LS AS 1 ): à 


“DES ÉPHÉMÈRES. An LT 
qu'il a observées diminuait de jour en jour; : 
de sorte que sur la fin il ne rencontrait plus 
que: des mâles. Ainsi, suivant Degéer, les 
mâles vivent plus que les femelles. 11 paraît 
difficile de faire des observations décisives 
sur la juste durée de la vie des éphémères ; 
elles sont si délicates et si faibles, qu’elles 
meurent au bout de deux ou trois heures, 
quand on les renferme dans un poudrier. 
Cet observateur croit qu'elles vivent plus 
long-temps dans l’airlibre, parce qu'il a vu, 
pendant plusieurs soirées de suite, dans le 
même endroit, des réunions d’éphémères 
qui lui semblaient en même nombre. Mais 
cette preuve peut paraître équivoque, parce 
que les mortes pouvaient être remplacées 
par d’autres nouvellement nées. La vie de 
ces éphémères paraît cependant être de plus 
longue durée que celles dont Swammerdam 
et Réaumur ont écrit l’histoire. Celles-ci ne 
vivent que quelques heures, et ne sortent de 
l’eau que pendant trois ou quatre jours de 
l’année. Celles de Suède se montrent beau- 
coup plus de jours desuite, mais ne sortent 
pas de l’eau en si grande quantité. La durée 


. 


148 Du TSTOIRE NATURELLE 

de leur vie n’est donc pas la même pour 
toutes ; mais elle suffit pour leur donner le 
temps de remplir l’objet pour lequel elles 
sont nées : elles arrivent à l’état parfait, et 
ne paraissent dans les airs que pour perpé- 
tuer leur espèce. Mais qu'est devenue, dit 
Réaumur, cette prodigieuse quantité d’éphé- 
mères, quand il n’en paraît plus dans l’air ? 


. Elles sont déjà mortes ou mourantes pour 


la plupart : une grande partie est tombée 
dans la rivière méme où elles ont vécu. Les 
poissons n’ont aucun jour dans l’année où 
ils puissent faire une aussi ample chère, où 
il leur soit aussi aisé de se rassasier d’un 
mets délicat, auquel les pécheurs ont donné 
le nom de manne. Celles qui en tombant 
dans l’eau n’ont pas été la proie des poissons, 
n’en périssent guère plus tard; elles sont 
bientôt noyées. Le reste des éphémères 
tombe sur les bords de la rivière ou aux en- 
virons. La durée de la vie de celles-ci n’est 
pas si courte ; mais autant vaudrait-il pour 
elles que leur fin eût été plus proche : entas- 
sées les unes sur les autres, sans avoir assez 
de force pour changer de place, sans se 


Dareve del 


1.E vigr. grande. 
2.Sa Larve. 


3.Lrig .rhombifère , 


Demoncley. Jour. 
+. Son Fourreau. 

CÉ Eple commune, 
6. Tête dEphémere. 


PPT Laéts m'a di ‘TÉL S de ac 


DES ÉPHÉMÈRES. 149 
donner aucun mouvement considérable; elles 
meurent les unes après les autres ‘celles qui 
poussent leur vie le plus loin, et qui sont 
par rapport aux autres plus que des cente- 
naires, voient tout au plus le lever du soleil. 
C’est ainsi que ces ‘insectes singuliers termi- 
nent leur vie, qui est si longue tant qu'ils 
sont sous la forme de larves, et si courte 
sous célle d’insecte parfait. On en connaît 
une vingtaine d’espèces, qui toutes habitent 
l’Europe : nous décrirons quelques unes de 
celles dés environs de Paris. 

On les a divisées en deux familles : la pre- 
mière est composée de celles qui ont trois 
filets à l'extrémité de l'abdomen, et la se- 
conde, de celles quien ont deux. 


PREMIÈRE FAMILLE. 
Queue avec trois filets. 
L Éphémère commune, Æ£phemera 
vulgata. 


Cette espèce est la plus grande de ce pays; 
elle a près d’un pouce et demi d'envergure; 
elle est brune; ses ailes ont cinq ou six taches 


éd ab 2 M ET - ben, us: de, ali dé. Méta à 


150 HISTOIRE NATURELLE 
d’un brun plus foncé; le corps est mélangé 
de jaunâtre et de brun; les pates sont pâles, 
avec des taches obscures; les trois filets de 
la queue sont beaucoup plus longs que les 
ailes. 

Elle habite l'Europe, près des lacs et des 
rivières : on latrouve aux environs de Paris. 


L'Éphémère jaune, Ephemera lutea. 


Elle a cinq lignes de long ; le corps est 
jaune , avec les yeux noirs, et un peu de 
brun à l'extrémité supérieure des anneaux 
de l'abdomen ; les trois filets de la queue 
sont un peu plus longs que le corps, et 
entreconpés de jaune et de brun; les ailes 
sont transparentes , blanches, avec les ner- 
vures peu obscures. 

On trouve cette espèce dans toute l’Eu- 
rope, sur le bord des eaux : elle est très 
commune aux environs de Paris. 


L'Éphémère à ceinture, £phemera 
halterata. 


Elle a environ trois lignes de long; la tête 
et le corselet sont obscurs, sans taches ; 


4 de: 
Mu ET ET 
l'abdomen est blanc, avec l'extrémité ob- 
scure; la queue est formée de trois soies 
deux fois plus longues que le corps ; les 
deux ailes supérieures sont grandes , trans- 
parentes, avec le bord extérieur noir; les 
pates antérieures sont avancées , blanches. 
Cette espèce est commune dans toute l'Eu- 
rope. 
L'Éphémère marginée, Ephemera 
marginata. 


Cette espèce ost un peu plus petite que 
l’'éphémère commune ; son corps est obscur ; 
ses ailes sont réticulées, avec le bord exté- 
rieur obscur ; les trois filets de la queue 
sont de la couleur du corps. 

Commune aux environs de Paris. 


DEUXIÈME FAMILLE. 
Queue avec deux filets. 
L'Ephémère veinée, Ephemeravenosa. 
> LP 


Elle est à peu près de la grandeur de 
l'éphémère vulgaire, et de couleur brune 


That 


* UD à 
noirâtre ; le corselet etl’abdomen sont nuan- 


_cés de brun et de gris sur les côtés; le 


dessous de l'abdomen est entièrement gris 3. 
les filets de la queue sont gris, avec quel- 
ques taches brunes; les pates antérieures 
sonttrès longues et noirâtres ; les autres sont 
grises , avec des taches brunes; les ailes 
sont brunes , transparentes, sans taches et 
sans couleur ; elles ont toutes leurs nervures 
noires. 

Ces éphémères, qui n’ont constamment 
que deux filets, en ont trois sous la forme 
de larves ;-le troisième reste en entier à la 
dépouille de nymphe. Avant le dernier dé- 
pouillement de peau, les filets ne sont guère 
plus longs que le corps, et les pates anté- 
rieures n’ont qu'un peu plus de longueur 
que les autres ; mais après la dernière mue, 
toutes ces parties s’allongent considérable- 
ment. 

Cette espèce se trouve près des eaux ma- 
récageuses du Danemarck. 


L'Éphémère spécieuse, Ephemera. 
speciosa. : 


Elle a près de six lignes de long , depuis 
la tête jusqu’à l'anus ; le corps est obscur ; 
les pates antérieures sont longues ; avancées , 
bleuâtres ; larqueue a ses deux filetsle double 
plus longs que le corps; ; les ailes sont réti- 
culées et transparentes. 

Elle se trouve communément dans toute 
l'Europe. 


L'Éphémère horaire, Ephemera 
horaria. 


Elle a environ trois lignes de long; le 
corps est brun ; la tête a deux gros tuber- 
cules posés.sur les yeux; les pates sont blan- 
châtres , et celles de devant sont très lon- 
gues; les anneaux de l'abdomen sont bordés 
de blanc; les deux filets de la queue sont 
blancs, ponctués de noir; les ailes sont trans- 
parentes , blanchâtres, avec le bord exté- 
rieur plus épais et noirâtre. 

On la trouve dans toute l’Europe on la 


.. RE ti. : cd hi. tft ur. 

1 "7 
154 HISTOIRE NATURELLE 

voit souvent à Paris, sur les fenêtres, où 


elle laisse sa dépouille. 


L'Éphémère à deux ailes, Æphemera 
diptera. 


Cette éphémère fait une exception à la 
règle générale, qui veut que tous les in- 
sectes de ce genre aient quatre ailes : celle- 

"ei n’en a que deux; elles sont transparentes, 
sans couleur ; leurs nervures sont très fines , 
d’un brun obscur ; elles ont extérieure- 
ment une large bordure d’un brun pâle , 
marquée de plusieurs taches blanches trans- 
parentes près de l’origine de l'aile; cette 
bordure est'traversée par une petite ligne 
oblique de couleur rousse; le corps est 
d’un gris ardoisé obscur, avec quelques li- 
gnes d’un rouge foncé; les pates sont d’un 
gris clair, un peu verdâtre ; les filèts sont 
blancs , avec des points noirs. 

Elle se trouve en Europe, sur le bord des 
eaux. 

Nous croyons devoir parler d’une espèce 
dont Degéer fait la description , à cause de 


DES ÉPHÉMÈRES. 155 


la ressemblance de quelques unes de ses 
parties avec celles de la précédente. N’ayant 
pas l'individu , nous donnerons seulement 
la figure de la tête, telle que nous la trou- 
vons dans cet auteur, Cette espèce n’a aussi 
que deux ailes extrêmement transparentes , 
avec les nervures blanches , peu marquées ; 
le corps est d’un brun obscur, avec de pe- 
tites lignes obliques d’un rouge foncé ; ses 
pates sont grises , les antérieures très lon 
gues; les filets de la queue blancs, avec des 
“points noirs. Mais ce que cette éphémère a 
de plus remarquable, ce sont deux yeux à 
réseau, placés perpendiculairement sur le 
dessus de la tête , entre les deux yeux à 
réseau qu'ont ordinairement ces insectes ; 
ces yeux sont assez élevés , leur partie su- 
périeure est convexe , taillée à facettes très 
fines; ils donnent à la tête une forme sin- 
gulière ; ils sont d’un jaune roux. Outre ces 
quatre yeux à facettes, on voit encore sur 
‘ le milieu della tête trois petits yeux lisses. 
Degéer croit que cette éphémère est le mäle 
de l’espèce précédente: elle habite les mêmes 
lieux. 


156 HISTOIRE NATURELLE 


XXIII GENRE. 


t# TERMES. 


Caractères génériques. Antennes moniliformes, de 
la longueur du corselet; quatorze articles arrondis 
et distincts. — Quatre antennules égales, fili- 
formes; les antérieures composées de quatre ar- 
ticles, les’ postérieures de trois. — Abdomen 
simple. — Mulets sans ailes, ; 


Les termès ont la tête arrondie, placée 
verticalement ; leurs ailes sont très gran- 
des ;, couchées , horizontales , elliptiques. 

La plupart de ces insectes sont exoti- 
ques : les mœurs de ceux d'Afrique ne nous 
sont connues que par les détails intéressans 
que Sparmann nous a donnés sur leur in- 
dustrie et leur manière de vivre. Ils cau- 
sent des ravages soudains et immenses dans 
les propriétés de l’homme sous la zone tor- 
ride. La plupart des voyageurs dont ils ont 
attiré l'attention par la grandeur et la struc- 
ture de leurs logemens, les ont appelés 

fourmis blanches. Linné a regardé les ter- 
mès comme le plus grand fléau des deux 


DES TERMÉS, 15% 


Indes. Ils le sont effectivement par les dom- 
mages qu'ils font en dévorant et perçant 
tous les bâtimens en bois , les ustensiles , les, 
meubles, lesétoffes et les marchandises qu'ils 
ont bientôt détruits, si on ne les prévient 
à temps; car il ne faut pas moins que la 
dureté des métaux et de‘lawpierre pour ré- 
sister à leurs mâchoires destructives. “Les 
termès, dans leur manière de vivre , ont 
plusieurs ressemblances avec les fourmis ; 
comme elles, ils sont réunis-en société ; ils 
bâtissent des nids fort extraordinaires, la 
plupart-sur la superficie de la terre, d’où 
ils sortent par des passages souterrains, où 
des galeries couvertes, qu'ils construisent 
dès que la nécessité les y oblige, ou que 
l’avidité du butin les y porte; et de là ils 
vont faire au loin des excursions et des dé- 
gradations. Comme les fourmis, ils sont om- 
nivores ; comme elles, dans un certain temps 
de leur existence, ils ont quatre ailes, et 
font des émigrations et des colonies dans la 
même saison. Les termès ressemblent en- 
core aux fourmis dans leur activité labo- 
rieuse; mais ils les surpassent , elles, les 
VIX. 14 


158 HISTOIRE NATURELLE 


abeilles, les guëpes et les castors , et tous 
les animaux connus dans l’art de bâtir. Cha- 

_ que communauté est composée d’un mâle, 
d’une femelle et d'ouvriers. Sparmann dé- 
signe ces derniers par les noms de travail- 
leurs et de soldats, parce qu’il a vu les uns 
travailler et les autres combattre. Les mâles 
et les femelles n’acquièrent des ailes que peu 
de temps avant d’être propres à reproduire 
leur espèce. Nous sommes porté à croire 
que ceux que Sparmann appelle les ou- 
vriers , sont les larves, et que les soldats 
sont les nymples; dans les termès belli- 
fqueux. Le nombre des premiers, suivant 
cét auteur, est toujours le plus considérable : 
il y a cent travailleurs pour un soldat. Dans 
le premier état, ils ont à peu près trois li- 
gnes de longueur, et vingt-cinq insectes pè- 
sent environ un grain; leur forme exté- 
rieure , et leur amour pour le bois, leur 
ont fait donner, surtout par les Français, le 
nom de poux de bois. Ils courent plus vite 
que tout autre insecte de leur grosseur, et 
sont sans cesse empressés dans leurs fonc- 
tions. 


DES TERMÉS. 159 
Les soldats ou nymphes ont une forme 
différente des travailleurs. Quelques auteurs 
ont cru que ceux-ci étaient les mâles, et les 
précédens des insectes neutres; mais, sui- 
vant Sparmann; c’est une erreur. Les sol- 
dats ont seulement subi un changement de 
forme, et se sont approchés d’un degré de 
l’état parfait. Ils sont alors beaucoup plus 
gros , longs d’un demi-pouce, et égaux en 
poids à quinze travailleurs. La forme de la tête 
et des mandibules , que notre auteur nomme 
pinces, présente encore entre ces deux in- 
dividus une différence remarquable. Dans 
le premier état, ces parties sont évidem- 
ment conformées pour ronger et retenir les 
corps; mais dans le second, leurs pinces 
ont exactement la forme de deux alènes fort 
aiguës, un peu dentées; elles ne peuvent 
servir qu’à percer ou blesser, objet qu’elles 
remplissent parfaitement , car elles £ont 
aussi solides que les pinces des écrevisses , 
et placées sur une tête forte, dure comme 
la corne, d’une couleur rémbrunie, et plus 
grosse que tout le reste du corps; qui paraît 
la traîner avec beaucoup de peine. C’est 


160 HISTOIRE NATURELLE 


peut-être, ajoute Sparmann , ce qui les 
empêche de monter sur les plañs perpendi- 
culaires. 

Le troisième ordre , ou l’insecte dans 
sôn état parfait, a changé de forme encore 
plus que dans la première métamorphose. 
La tète, le corselet et l’abdomen diffèrent 
presque entièrement des mêmes parties dans 
les travailleurs et les .soldats ; et de plus ; 
Ninsectà, est alors pourvu de quatre ailes, 
grandes, transparentés , de couleur brune , 
et qui, dans le temps de l’'émigration, doi- 
vent lui Servir à aller chercher un nouvel 
établissement 1. Cet insecte est très diffé- 
rent sous cette yvelle forme de ce qu'il 
était dans les deux autres états. On peut 
; ‘cependant ouvrix vingt nids sans en trouver 
un seul : on ne les y voit «uimmédiate- 
ment ayant le comen entente de la saison 
pluvieuse; et. c’est à cette époque qu'ils 
subissent la dernière métamorphose prépa- 
ratoire à leur émigration. L’insecte ailé a 

‘Ilyenaune espèce dont les ailes sont rouges. 


Cesnsectes sortent des plus grandes fourmilières , 
et sont très actifs et industrieux. 


han à à Blé ss À à Li tac Mrs bé de: slt ET Ce im 


DES: TERMÉS. 167 


aussi changé de grosseur ;"sm Corps à alors 
environ huit lignes de longueur, etses ailes 
à peu près deux pouces et demi d’une ex- 
trémité à l’autre. Ces’ insectes sont égaux 
en poids àtrente travailleurs : ils ont deux 
grands yeux très saillans placés derchaque 
côté de la tête. Si cet organe, dit Spar- 
mann, existe dans les deux premiers états ? 
il n’est point apparent ; et il ajoute , que, 
étant destinés à vivre sous terre, il ne leur 
serait d'aucune utilité, mais qu'il leur est 
nécessaire sous leûr nouvelle forme , parce 
qu'ils doivent parcourir l'immense plaine de 
l'air, et découvrir des régions lointaines et 
inconnues. L’insecte ailé sort de son nid 
lorsque la saison des pluies commence; il 
attend rarement la seconde ou la troisième 
ondée : si la première arrive dans la nuit, 
et laisse après elle beaucoup d'humidité , le 
lendemain matin toute la surface de la terre, 
et surtout celle des eaux , en sont couver- 
tes; car leurs ailes ne sont faites que pour 
les porter quelques heures, et après le lever 
du soleil on n’en trouve guère qui les aient 
conservées, à moins que la matinée ne-con- 


_ hé Se à : tte ile ue » : neo ét d'été SL thon. 


162 HISTOIRE NATURELLE 


tinue d’être pluvieuse. On les voit çà et là 
épars et isolés, voltiger d’une place à l’autre. 
Une seule inquiétude semble les agiter: c’est 
d'éviter leurs nombreux ennemis, surtout 
une espèce de fourmis qui, sur chaque ar- 
brisseau , sur chaque feuille, donnent la 
chasse à cette race infortunée, dont il est 
probable que sur plusieurs millions il ne 
sera pas donné à un seul couple de trouver 
un lieu de sûreté, pour accomplir la pre- 
mière loi de la nature, et de poser le fon- 
- dement d’une nouvelle république. 

Les termès ont non seulement pour en- 
nemis les oiseaux, les fourmis de toute es- 
pèce, les reptiles carnivores et tous les in- 
sectes ; mais les habitans de plusieurs con- 
trées, et particulièrement ceux de la Guinée, 
qui les mangent ’. Cependant au milieu de 
leur détresse, ajoute Sparmann, ils ou- 


* M. Kœnig, dans son Essai sur l'Histoire des 
Insectes, dit que dans quelques parties des Indes 
orientales on fait prendre vivante, aux vieillards, 
la reine des termites (c’est ainsi qu'il nomme les 
femelles) pour les fortifier, et que les naturels 
ont une méthode pour attraper les insectes ailés 


— és ds dt dr tb RL ne or de 


DES TERMÉS, 163 


blient quelquefois le danger ; la plupart n’ont 
plus d’ailes, mais ils courent excessivement 
vite, les mâles après les femelles, sans son- 
ger alors à leurs ennemis. Il a quelquefois 
remarqué deux mâles poursuivant une fe- 
melle,, et se disputant le prix avec ardeur; 


avant 16 temps de l’émigration. Ils font deux trous 

au nid, l’un au vent, l’autre sous le vent; à l'oa- 

verture sous le vent, ils adaptent un pot frotté, 
d’ane herbe aromatique; du côté du vent, ils font 

un feu avec des matériaux d’une odeur désagréable ; 

qui chassent non seulement les insectes dans lepot,. 
mais quelquefois aussi des serpens à chaperon ; aussi 

prennent-ils beaucoup de précaution en les délo= 

geant. Par cette méthode, ils attrapent beaucoup de 

termites, dont ils font, avec de la farine, différentes 

pâtisseries, qu'ils vendent à bon marché au peuple. 

M. Kœnig ajoute que dans la saison où cètte nour- 

riture est abondante, l'abus qu’on en fait produit 

une colique épidémique, accompagnée*de dysen- 

terie, qui emporte les malades en trois où quatre 
heures, 

Les Africains sont moïins ingénieux ätles prendre 
età les apprêter. Ilssecontententderamasserdansles 
eaux, ceux qui y tombent lors de l'émigration. Ils en 
remplissent de grandes chaudières, et les font griller 
dans des pots de fer, surun feu doux, en les remuant 
comme on fait le café, Ils les mangent ainsi sans 


1 64 HISTOIRE NATURELLE 


mais depuis leur métamorphosé, ils sont 
absolument dégénérés.. Un des plus actifs , 
des plus industrieux , des plus ardens à la 
proie”, un des plus farouches petits animaux 
quisoient au monde, est tout à coup devenu 
-leplus innocent; le plus poltron de tous les 


saüce et sans autre apprêèt, et les trouvent délicieux. 
Fe à portent à la bouche à pleines mains. Notre 
ren a goûté plusieurs fois d’apprêtés de cette 
manière , et ils lui ont paru un manger délicat, 
nourrissant et sain. Ils sont quelquefois plus < doux, 
is point aussi gras ni aussi rassassians, ‘ajoute 
Sparmann, que le ver palmiste, la larve du cureulio 
palimarum , qu’on sert sur les meilleures tables des 
Indes oécontalle, et surtout sur celles des Fran- 
cais, comme le mets le plus délicienx de ces con- 
trées. 

A la suite de cette note, nous trouvons que sir 
Hans Sloane dit que le ver du cotonnier est estimé 
par les Indiens et les nègres au-dessus de la moelle. 
C’est un gros ver blanc, qui est la larve du /amia 
tribulus de Fabricius, qu’on apporte aussi d'Afrique, 
où cet auteur a mangé de ces vers rôtis. 

Plusieurs voyageurs sont d'accord sur le goût des 
fourmis blanches ; ils trouvent qu ’elles sont un 
inanger très délicat et bon. Un d'eux les compare à 
de la moëlle sucrée, un autre à de la crême sucréc 
et à une pâte d'amandes douces. 


ns hs sa put a dd 2 “eu it: Line dé mn + 


DES TERMÉS. 165 
êtres, incapable de faire résistance au.moin- 
dre insecte. On.le voit entouréed’un millier 
de fourmis qui traînent à leurs nids cette 
victime. Quelques uns cependant ont le bon- 
heur d’ échapper à tant.de périls. Ils sont 
rencontrés par quelques insectes travailleñrs 
qui courent continuellement près de la *sur- 
face de la terre, sous-leurs galeries couvet= 
tes, et alors ils, sont élus rois et reines de 
nouyeaux'états, Tous ceux qui ne sont : pas 
ainsi conservés , “périssent. infailliblement 
et sans doute dans l’espace.d’un jour. 

C'est parce que les travailleurs protégent 
ce couple heureux le jour du massacre et 
encore long-temps après que Sparmann a 
cru devoir employer le terme d'élection. 
Aussitôt qu'ils l'ont mis à l'abri du danger, 
les travailleurs les enferment dans une pe- 
tite chambre d'argile proportionnée à leur 
grandeur ; à laquelle ils ne laissent d’abord 
qu’une ne entrée, qui ne peut donner 
passage qu'aux travailleurs et aux soldats : 
ainsi cés sujets Yolontairgs s'imposent l’obli- 
gation de pourvoir aux. besoins de leurs 
souverains, ct à ceux de leur nombreuse 


166 HISTOIRE NATURELLE 


lignée; de même que celle de les défendre 
jusqu'à ce qu'ils aient produit une famille 
capable de partager au moins cette tâche 
avec eux. Sparmann, qui n’a jamais vu 
l’accouplement de ces insectes, croit que 
c’est alors qu'il a lieu; peu après cette épo- 
que; l'abdomen dela femelle commence à 
s'étendre par degrés, et à s'élargir à un 
point, que dans une vieille reine, il est 
quinze cents fois ou deux mille fois plus vo- 
lumineux que le reste de son corps, et 
égale en pesanteur vingt ou trente mille 
fois un travailleur. La peau entre les seg- 
mens de l’abdomen s'étend dans toutes les 
directions, et à la fin, ces segmens sont 
éloignés d’un demi-pouce les uns des autres, 
quoique d’abord la longueur de l'abdomen 
entier ne füt pas d’un demi-pouce., Ces 
segmens conservent leur couleur brunâtre, 
et la partie supérieure de l'abdomen est 
marquée par des raies brunes, transversales, 
régulièrement placées. Les intervalles qui 
sont entre ceS raies sont couverts d’une 
peau transparente. Sparmann présume que 
lorsque l'abdomen a atteint la longueur 


DES TERMÉS. 167 


de trois pouces, la femelle doit étre âgée 
de plus de deux ‘ans. Il en a trouvé qui 
avaient presque deux fois cette mesure. 
L’abdomen est alors d’une forme oblongue 
et irrégulière; il est contracté par les mus- 
cles de chaque segment, et il est une vaste 
matrice remplie d'œufs. Cette singulière ma-* 
téice est aussi étonnante, suivant notre au- 
teur, par son mouvement péristaltique que 
par sa grosseur : elle pousse sans relâche ses 
œufs au-dehors, jusqu’au nombre de soixante 
dans une minute, et il a vu de vieilles reines 
en pondre quatre-vingt mille et plus dans 
les vingt-quatre heures. Quelle étonrante 
fécondité, si Sparmann ne s’est pas trompé 
dans son calcul ! 

Le roi, après avoir perdu ses ailes, ne. 
change plus de forme, et ne parait pas aug- 
menter en grosseur : il se tient ordinaire- 
ment caché sous un des côtés du vaste ab- 
domen de la femelle. Il ne paraît pas être 
le principal objet des soins des autres in- 
sectes. 

À mesure que la femelle pond, les œufs 
sont pris par les travailleurs, dont il y a tou- 


Ed MORE Les 1 ne AM À DE QUAÉ dé mise Liu 


168 HISTOIRE NATURELLE 


jours‘un nombretsüffisantfen attente dans la 
chambre de la féméllé ét dans les galeries 
adjacentes, etsont portés dans des logemens 
séparés que Sparmann appelle rowrriceries. 
Là, les petits, lorsqu'ils sortent de l’œuf, 
sont pourvus de tout jusqu’à ce qu'ils soient 
*en étatide se procurer eux-mêmes leur sub- 
sistance, ct de prendre palaux travauk de 
la société. 

Après avoir suivi Sparmann dans l'inté- 
ressante description du termite belliqueux , 
térrmès fatal de Linné et dé-Fabricius, es- 
pèce la plus grande et la miéux connue en 
Afrique, celle qui bâtit les nids les plus 
grands, les plus curieux et les plus multi- 
pliés dans l’île des Bananes, êt dans toutes 

“les parties adjacentes du continent; et dont 
les sociétés sont les plus nombreuses, il 
nous réste à voir l’industrie de ces insectes 
singuliers dans la construction de leurs 
nids. 

Parmi les cinq espèces de termites que 
décrit notre auteur, qui sont le fatal, 
V'atroce, le destructeur, le mordant et celui 
des arbres, les uns bâtissent leurs nids sur 


Léa den Libé c'e nu 


nié it Have 
DES TERMÈS. 169 
la surface de la terre, ou partie dessus, 
partie dessous; les autres sur les branches 
des arbres, et quelquefois à une très grande 
hauteur. La figure extérieure des édifices 
du termès fatal est celle d’un petit mont 
plus ou moins conique, d’une forme élégante 
et approchant de celle d’un pain de sucré; 
leur hauteur perpendiculaire est de dix ou 
douze pieds au-dessus de la surface de la 
terre, souvent recouvert de gazon et autres 
plantes dont les graines ont été apportées 
par les vents. Chacun de ces édifices est 
composé de deux parties distinctes, l’exté- 
rieur et l’intérieur. L’extérieur est une large 
écaille de la forme d’un dôme, assez vaste 
et assez forte pour protéger l’intérieur 
contre les vicissitudes de l'air, etles habita 
contre les attaques de leurs ennemis. Chacun 
de ces édifices est divisé en un grand nom- 
bre d’appartemens, qui sont le domicile du 
mâle et de la femelle, le lieu où est nourrie 
leur nombreuse lignée, et les magasins, qu'on 
trouve toujours pleins de provisions. Ces 
provisions, au premier coup d'œil, ne sem- 
blent être que de la râpure des bois ou 
VIT, 15 


170 HISTOIRE NATURELLE 


plantes que ces insectes détruisent; mais ce 
sont des gommes ou jus épaissis des plantes. 
Ces gommes sont rassemblées en petites 
masses : les unes ressemblent au sucre qu’on 
voit autour des conserves de fruits, les au- 
tres à de petites larmes de gomme. Les 
pièces qui sont occupées par des.œufs et 
des petits, sont entièrement composées de 
parcelles de boïs, qui semblent unies en- 
semble par des gommes. Ces édifices sont 
extrêmement serrés et divisés en plusieurs 
petites chambres de forme irrégulière; on 
n’en trouve pas une de la grandeur d’un 
demi-pouce; elles sont placées autour des 
appartemens de la mère, et aussi près qu’il 
est possible. Quand le nid ne fait que com- 

encer à se former, ces pièces sont atte- 
nantes à la chambre de la femelle; mais à 
mesure qu’elle pond, les ouvriers les élar- 
gissent ou en construisent de plus grands. 
Les logemens ou rourriceries sont renfermés 
dans des enveloppes d'argile, pareilles à 
celles qui contiennent les magasins, mais 
beaucoup plus larges. A la naissance du nid, 
elles ne sont pas plus grandes qu’une coquille 


DES TERMÈS. 171 


de noix; mais dans les grands monticules , 
elles sont souvent aussi grosses que la tête 
d’ün enfant d’un an. . 

La chambre royale est à peu près deni- 
veauavecla surface de la terre, à unedistance 
égale de tous les côtés du corps de logis, et 
directement sous le sommet du cône. Tous 
les appartemens qui l’environnent compo- 
sent un labyrinthe compliqué, qui s'étend 
de tous côtés à un pied et à même plus de 
distance de cette chambre. Les pièces sont 
séparées les unes des autres par des galeries 
qui se communiquent, et qui se prolongent 
de tous les côtés jnsqu'à la coque supérieure 
qui couvre le tout. Les galeries ou conduits 
qui sont pratiqués dans les pièces les plus 
basses de l'édifice, sont plus larges que 
calibre d’un gros canon. Tous sont enduits 
d’une couche fort épaisse de la même argile ré 
dont le monticule est formé: ils aboutissent 
à tous les appartemens tant anciens que 
nouveaux : ils descendent sous terre jusqu’à 
la profondeur de trois ou quatre pieds..C’est 
là que les ouvriers vont prendre le gravier 
fin, qui, travaillé dans leur bouche, prend 


192 HISTOIRE NATURELLE 


la consistance d’un mortier, et devient une 
argile s solide et pierreuse; dont le monticule 
ét tous les bâtimens sont construits, excepté 
lés”nourriceries® Les galeries souterraines 
sont les principaux passages par où les tra- 
vailleurs et les soldats vont et reviennent ; 
M du bois, du mortier; dél’eau ou des 
provisions. Ces insectes oht soin de donner 
à Ces chemins une pente douce ; parce que 
les travailleurs montent très difficilement un 
terrain X pic; et leS soldats nesle peuvent 
point du tout. 

On. voitencoré d’autres nids qui ont une 
forme eylindrique; “hauts*d’environ deux 
ds; ; ils sont construits par le termès 

roce et le termès mordant. Lafigure ex- 

jeure de ces nids est plus curieuse que 
dés nids du termès fatal ; mais l'inté- 

ni nest pas aussi bien distribué, Ces cy- 
res Sont si solidement bâtis, qu'on les 
renverse plutôt à leur fondèment qu'on ne 
Les rompt dans leur-milieu. Ceux que bâtit 
le termès ‘des arbres ne ressemblent, ni 
pour la forme ni pour la matière, à ces deux 
sortes de nids ;ÿilsesont sphériques et bâtis 


“+ métis. jé sb 


. Re" ET A : 
L 


DES TERMÈS. 173 


dans les arbres, Ils sont quelquefois posés” 
entre les tiges, et souvent sur une seule” 
branche qu'ils environnent à la hauteur de” 
soixante-dix ou quatre-vingts pieds. On ent 
voit d'aussi spacieux qu’une harrique de 
sucre : cependant ceux de cette grosseur 
sont rares. Ils sont composés de parcelles de 
bois et. de différentes gommes, et de sucs 
d’arbres dont les insectes forment une pâte 
avec laquelle ils construisént de petites cel- 
lules ivrégulières. Ces nids renferment une 
immense quantité d'insectes jeunes et vieux : 
les habitans lès recherchent pour en nour- 
rir la volaille, Tous ces nids renferment, 
comme ceux du fatal, trois sortes d’indi 
vidus. Les termès des arbres placent quel-… 
quefois leurs nids sur les toits, ou sur quel … 
que autre partie des maisons, et y font de 
grands dégâts; mais la plus grande espèce 
est la plus destructivé :uils s’avancent sous 
terre, descendent sous les fondemens des 
maisons ét des magasins, pénètrent dans les 
poteaux qui forment les côtés des bâtimens ; 
ils les percent d’un bout à l’autre, et les 
vident entièrement. D'autres entrent dans les 


de dite de EE ET 


174 HISTOIRE NATURELLE 
solives, parviennent jusqu’au toit, mangent 
“les feuilles et les branches de palmier qui 
“servent de couverture, et en peu de temps 
als ruinent une maïson de fond en comble. 
On ne voit le mal que lorsqu'il est sans re- 
mède, parce que ces insectes ne percent ja- 
mais la surface en aucun endroit; de sorte 
qu’une planche épaisse d’un pouce, qui pa- 
raît solide, n’a pas plus de poids que deux 
feuilles de carton. Lorsque les termès des 
arbres entrent dans un coffre, ils y font 
assez souvent leurs nids# ils le dévastent à 
loisir, et détruisent tout ce qu'il contient. 
Ils attaquent rarement les arbres vivans; 
mais jamais, à ce que présume Sparmann, 
avant qu'il ne paraisse aux racines quelques 
signes de corruption, Enfin, dit cet auteur, 
ñ est presque impossible de rien laisser sur 
terre de pénétrable qui y soit en sûreté : 
placez-le où vous voudrez, ils sauront le 
découvrir avant le lendemain, et sa des- 
truction, ordinairement, ne tarde pas à 
suivre. Les forêts ne restent pas long-temps 
embarrassées des arbres tombés, et la des- 
trüction totale des villes abandonnées est si 


DES TERMÉS. 175 
complétement opérée, que dans deux ou 
trois années un boïs épais les a remplacées ; 
et à moins qu’on n’ait employé des poteaux 
de bois de fer, auquel ils ne touchent jamais, 
on ne trouvera pas le moindre vestige d’une 
maison. Le premier objet dont on est frappé 
à l’ouverture d’un de leurs nids, est la con- 
duite des soldats. Si on fait une brèche 
dans une des parties les plus minces du moñ- 
ticule , et qu’on la fasse brusquement, dans 
l’espace de deux ou trois secondes un soldat 
paraît et rôde autour de la brèche ;il rentre 
quelquefois, comme pour donner l'alarme ; 
mais le plus souvent il est suivi par deux 
ou trois autres, courant le plus vite qu'ils 
peuvent, et en désordre. Ceux-ci sont bien- 
tôt suivis par une troupe nombreuse, qui. 
sorte aussi promptement que l'ouverture 
le permet. Il est difficile, dit Sparmann , 
de décrire la furie de ces insectes "dans leur 
précipitation, ils manquent souvent leur 
proie, et roulent le long des "côtés du dôme; 
mais ils se remettent aussitôt ; ils mordent 
tout ce qu'ils rencontrent. Tant que l'attaque 


176 HISTOIRE NATURELLE … 
continue, ils sont dans la plus violehferagi- 
tation. Si l’un d’eux peut s'attacher à quel- 
ques parties du corps d’un homme , il fait 
sortir en un instant assez de sang pour ba- 
lancer le poids de son corps entier. Îs ac- 
.…crochent profondémient leurs mâchoires dès 
_ le premier coup, et jamais nelâchent prise ; 
ils se ra à racher le corps «par mor- 

ux säns faire la moindre tentative pour 
» se sauver. Mais dès qu’on s'éloigne, en moins 
| d'une demi-heure ils sont retirés dans le: 
nid. ; 
 Telleest l’histoire de ces insectes destruc- 
teurs dônt on ne peut s'empêcher d'admirer 
l'industrie. Nous donnerons la figure du 
termès fatal. | 


Le Termès fatal, Z'armes fatale. 


… Cet inSecte a plus de deux pouces d’en- 
vergure , les ailes étendues ; iLest en dessus 
de couleur brtifes ses antennes sont de la 
longüeur du corsélet ; lé corselet est composé 
de trois segmens ; l'abdomen est gros ; cy- 


... + 
à ! DES TERMÈS. 177 
lindri les ailes sont päles, le bord ext. 
- térieur des supérieures est testacé ; les pates 
sont de longueur moyenne. - 
Le mulet a près de six lignes de long; la 
tête et les mandibules forment la moitié de 
_cette longueur. ; 
On le trouve dans les Indes et en Afltée. { 
Nousrenvoyons aux généralités pour voir 
les mœurs de cet insecte. # 


nt, és 
Rs: sue 
.N" w 
à 


na he dé 
he. de Ve 


—_—___—__—_—_—_ = : = - A 
HISTOIRE NATURELLE 
DES INSECTES. 


ORDRE TROISIÈME. * 
LES HYMÉNOPTÈRES. | 


es 


Las 


A AR A 


CARACTÈRES DES GENRES 


DE L'ORDRE DES HYMÉNOPTÈRES. Y 


r 


PREMIÈRE SECTION. . 


Bouche sans trompe, 
G. Fourmi. 


Ares filiformes, brisées; premier ar- 
ticle très long et cylindrique. 

Quatre antennules courtes, filiformes; les … 
antérieures un peu plus longues, composées 
de six articles égaux ; les postérieures de 


uatre. 
q s,, 


+ _ 


Av 


180 HISTOIRE marunELzR # 
1 Ventre attaché au corselet, par un bédis 
4 cule; petite écaille saillante entre deux. 
à Point d’ailes dans les mulets. 
Trois petits yeux lisses. 


G. Mutille. 


“À Antennes courtes, filiformes ; . prémier 
article long. 

| Quatre antennules inégales; les antérieures 

1 un peu plus longues, composées de six ar- 

| ticles, dont le troisième conique est assez 
“gros, le dernier cylindrique et plus mince; 

* + les postérieures composées de quatre articles 

- « moniliformes, dont le dernier plus petit, 

Da Aiguillon simple et très fort caché dans 

_  l’abdomen. 

| Point d’ailes dans les mulets. 

Trois petits yeux lisses. 


G. Frélon. 
Antennes courtes, filiformes ; premier ar- 


ticle long et cylindrique; les autres très 


L 
Fe 
gr 
te antennules inégales; les antérieures 
composées de six articles, dont le second, le 


 doddléé > sil Li , a 


DES HYMÉNOPTÈRES. 187 
troisième et le quatrième gros et coniques ; 
les postérieures composées de quatre ar- 
ticles , dont le premier très mince à sa base. 

Aïguillon simple, pointu, caché dans 
l'abdomen. 
Trois petits yeux lisses, 


G. Guépe. 


un 

Antennes filiformes , brisées ; premier ar- 
ticle long et cylindrique; le second long et 
presque conique. 

Quatre antennules filiformes; les anté- 
rieures un peu plus longues, composées de 
six articles; les postérieures de quatre, dont 
le dernier très court et très petit. 

Aiguillon simple et très pointu, caché 
dans l’abdomen. 

Corps ras. 

Trois petits yeux lisses. 


G. Leucopsis. 


Antennes courtes, droites, un peu plus 
grosses par le bout; articles courts, peu 
distincts. 

Quatre antennules courtes; les antérieures 

Vi 16 


_- 


# 


_ 


un 0m MÉRÈR AE DE A dd, à dé matt Abd à lon 


182 HISTOIRE NATURELLE 
composées de quatre articles, les posté- 
rieures de trois. 

Ventre attaché au corselet par un pédi- 
cule court. 

Aiguillon triple, recourbé, releyé et ap- 
pliqué sur le ventre dans la femelle. 

Trois petits yeux lisses. 


G. Chrysis. 


Antennés courtes, filiformes; premier ar- 
ticle un peu plus long, les autres courts et 
égaux. 

Quatre antennules filiformes, inégales; les 
antérieures une fois plus longues, composées 
de cinq articles; les postérieures de quatre, 
dont le premier à peine distinct. 

Ventre attaché au corselet par un pédi- 
cule court. 

Aiguillon simple, pointu, caché dans 
l'abdomen. 

Trois petits yeux lisses. 

.G. Tiphie. 
Antennes courtes, filiformes, roulées en 
spirale ; premier article un peu plus gros et 
” plus long. 


DES HYMÉNOPTÈRES. 183 


Quatre antennules inégales, filiformes ; les 
antérieures un peu plus longues, composées 
de six articles égaux ; les postérieures de cinq. 

Ventre attaché au corselet par un pédi- 
cule court. 

Aiguillon simple, caché dans l'abdomen. 

Trois petits yeux lissés. 


G. Évanie. 

Antennes filiformes , assez longues ; pre- 
mier article très long, presque cylindrique ; 
les autres courts, égaux, peu distincts. 

Quatre antennules inégales; les anté- 
rieures plus longues, filiformes, composées 
de six articles; les postérieures de quatre, 
dont le dernier en masse. 

Ventre comprimé, presque triangulaire, 
attaché au corselet par un long pédicule. 

Aiguillon très petit, caché dans lab- 
domen. 

Trois petits yeux lisses. Û 


G. Zchneumon. 


Antennes sétacées, longues, vibratiles ; 
articles nombreux, très courts, peu dis- 
tincts, 


‘ui 1 Vin dt 8 ( dus de nt ‘6 à de de. LA Shen. és AR dan St : lo 


184 HISTOIRE NATURELLY 


Quatre antennules inégales, filiformes ; les 
antérieures un peu plus longues, composées 
de six articles; les postérieures de quatre. 

Ventre attaché au corselet par un pédi- 
cule long et mince. 

Aiguillon flexible, long et divisé en trois 
pièces dans la femelle. 

Trois petits yeux lisses. 


G. Urocére. 


Antennesfiliformes ; articles courts, égaux, 
cylindriques et distincts, 

Quatre antennules très courtes, inégales ; 
lés antérieures composées de deux articles 
égaux, les postérieures de quatre articles, 
dont les derniers plus gros. 

Ventre joint au corselet, et terminé par 
une pointe forte, un peu aiguë. 

Aïguillon dentelé, caché sous une gaine 
creusée en gouttière , dans les femelles. 

Trois petits yeux lisses. 


G. Cimbex. 


Antennes en masse, un peu plus courtes 
que le corselet, 


tai Re at M dd ide al 


DES HYMÉNOPTÈRES, 185 


Quatre antennules filiformes; les deux an- 
térieures un peu’plus longues, composées de 
cinq articles; les deux postérieures de quatre. 

Ventre joint au corselet. 

Aiguillon dentelé, caché dans l'abdomen 
dans les femelles. 

Trois petits yeux lisses. 


G. Tenthrède. 


Antennes filiformes, plus longues que le 
corselet; articles égaux, distincts, cylindri- 
ques. 

Quatre antennules inégales, filiformes; les 
antérieures plus longues, composées de six 
articles; les postérieures de quatre. 

Ventre joint au corselet. 

Aiguillon dentelé, caché dans l'abdomen. 

Trois petits yeux lisses. 


G. Diplolèpe. 
Antennes filiformes, longues; quatorze 
articles cylindriques, égaux , très distincts. 
Quatre antennules courtes; les antérieures 
filiformes, composées de cinq articles égaux; 
les postérieures de trois, dont le dernier en 
masse, 


Le. + 1 ME, chi né cts és ur dE dt ds | 


186 HISTOIRE NATURELLE 

Ventre un peu comprimé: : 

Aiïguillon caché entre deux lames du 
ventre. * 

Trois petits yeux lisses. 

. 
G. Cinips. 

Antennes filiformes, brisées ; premier ar- 
ticle très long et cylindrique, le second pe- 
tit, les autres courts, égaux, peu distincts. 

Quatre antennulés courtes, inégales, 
presque en masse; les antérieures un peu 
plus longues, composées de six articles; les 
postérieures de cinq. 

Ventre un peu comprimé. 

Aiguillon courbé et caché entre deux 
lames du ventre. 

Trois petits yeux lisses, 


DES MYMÉNOPTÈRES. 187 


DEUXIÈME SECTION. 
Bouche avec une trompe. 


G. Chalcis. k 


Antennes courtes, filiformes, un peu 
plus grosses par le bout; premier article 
plus long et cylindrique. 

Quatre antennules filiformes;, les anté- 
rieures un peu plus longues, composées de 
six articles presque égaux; les postérieures 
de quatre. ; 

Ventre presque globuleux, attaché au 
corselet par un long pédicule. 

Aiguillon caché dans l'abdomen. 

Cuisses postérieures renflées. 

Trois petits yeux lisses. 


G. Spheæ. 

Antennes un peu plus Aongues que le cor- 
selet, filiformes, en spirale ; onze articles 
égaux, cylindriques, distincts, 

Quatre antennules filiformes, presque 
égales; les antérieurestun peu plus longues, 
composées de six articles; les postérieures 
dé quatre, 


188 HISTOIRE NATURELLE 


Ventre attaché au corselet par un pédi- 
cule plus ou moins long. 

Aiïguillon pointu, simple, caché dans 
l'abdomen. 

Trois petits yeux lisses. 


G. Scole. 


Antennes épaisses, filiformes, un peu 
renflées au milieu ; premier article allongé, 
les autres à peine distincts, courts, égaux 
et cylindriques. 

Quatre antennules courtes, un peu plus 
épaisses à leur base; les antérieures compo- 
sées de six articles, les postérieures de quatre. 

Ventre attaché au corselet par un pédi- 
cule court. 

Aiïguillon simple, très fort, très pointu, 
caché dans l’abdomen. 

Trois petits yeux lisses. 


G. Thinne. 


_ Antennes courtes, cylindriques; premier 
article court, gros, presque rond ; les autres 
égaux , peu distincts. 

Quatre antennules égales, filiformes ; les 


h HOT Die ee Su mbit nd LL 


DES HYMÉNOPTÈRES. 189 


antérieures composées de quatre articles, 
les postérieures de trois. - 
Ventre attaché au corselet par un pédicule 
court, 
Aiïguillon petit , simple, caché dans l’ab- 
dome. 


G. Bembex. 


Antennes filiformes, courtes ; premier ar- 
ticle long et cylindrique, les autres courts 
et égaux. 

Quatre antennules courtes , inégales, fili- 
formes; les antérieures composées de six 
articles, dont le pénultième très court ; les 
postérieures composées de quatre, dont les 
deux derniers plus courts que les autres. 

Ventre attaché au corselet par un pédi- 
cule court. 

Aiguillon simple et pointu, caché dans 
l'abdomen. 

Tarses antérieurs ciliés. 

Trois petits yeux lisses. d 


G. Andrène. 


Antennes courtes, filiformes; premier 


ER ES nn rend Mat 
: Âge 


w 


190 HISTOIRE NATURELLE 


article long, mince à sa base; le second 
très petit; les autres égaux, cylindriques. 

Trompe divisée en trois pièces ; Suçoirs 
enfermés dans une gaîne. 

Quatre antennules filiformes , inégales ; 
les antérieures composées de six articles, les 
postérieures de deux. 

Aiguillon simple, caché dans l’abdomen. 

Trois petits yeux lisses, 


G. Abeille. 


Antennes filiformes , courtes, brisées ; 
premier article très long , les autres courts, 
égaux: 

Trompe divisée*en cinq pièces ; suçoirs 
libres, enfermés à leur base dans une 
gaîne. 

Quatre antennules sétacées, très courtes ; 
les antérieures composées de six articles, 
les postérieures de cinq. 

Aiguillon simple, très pointu , cäché 

- dans l'abdomen. \ 

Trois petits yeux lisses. 


os dit ci teste fie crie din dons, 
| La 


DES HYMÉNOPTÈRES. 197 
G. ÆEuccre. 

Antennes longues, filiformes; articles 
égaux, presque cylindriques: 

Trompe divisée en sept pièces ; suçoirs 
libres. 

Quatre antennules courtes, filiformes, 
inégales; les antérieures un peu plus longues, 
composées de six articles; les postérieures 
de deux. 

Aiguillon simple et pointu, caché dans 
l'abdomen. 

Trois petits yeux lisses. 


G. Nomade, 


Antennes filiformes, courtes; premier ar- 
ticle un peu plus long que les autres. 

Trompe divisée en cinq pièces ; suçoirs 
libres. 

Quatre antennules filiformes, très courtes; 
les antérieures composées de six articles, et 
les postérieures de quatre. 

Aiïguillon simple, pointu, caché dans 
l'abdomen. 

Trois petits yeux lisses. 


w 
192 HISTOIRE NATURELLE 


tt tt tt dattes 


ORDRE TROISIÈME. 


DES: HYMÉNOPTÈRES. 


Ls insectes les plus industrieux , les plus 
courageux, les plus intéressans , sont pla- 
cés dans l’ordre nombreux des hyméno- 
ptères; c'est surtout parmi ces animaux que 
se rencontrent ces espèces remarquables par 
un instinct voisin de l'intelligence; c'est ce 
qui les a fait étudier de tout temps avec plus 
d'attention, et ce qui a rendu plusieurs d’en- 
tre eux l’objet d’une admiration devenue 
quelquefois exagérée. Les abeilles, les gué- 
pes , les ichneumons , les sphex, les cinips , 
n'offrent-ils pas assez de faits singuliers et 
vrais, pour piquer la curiosité de l’homme 
le plus indifférent aux phénomènes de la 
nature? Fallait-il rendre la vérité suspecte, 
en l’enveloppant de tous les ornemens de la 
fable ? 

Nous allons présenter l’histoire des hymé- 
noptères dépouillée de tous ces ornemens 


DES HYMÉNOPTÈRES. 193 
étrangers et inutiles : nous espérons qu'il 
restera encore assez de faits singuliers pour: 
intéresser l’homme le plus léger, et faire 
méditer celui qui est accoutumé à réfléchir 
sur les phénomènes de la nature. 

Quoique plusieurs hyménoptères aient 
des couleurs métalliques assez éclatantes, 
ce ne sont cependant pas les plus brillans 
des insectes ; ils n’approchent point, par 
cette qualité, des papillons et-des coléo- 
ptères. Dans les plus petits animaux comme 
chez les hommes, l'éclat extérieur se trouve 
rarement réuni dans le même individu avec 
de grandes qualités morales. Les abeilles , 
les fourmis, les bombyces à soie, ne sont 
point couverts de l’or ui des brillantes cou- 
leurs que l’on voit sur les lourdes cétoines, 
sur les buprestes, les cantharides , etc. La 
vertu, l'esprit , ne sont pas une suite néces- 
saire des grandes richesses; c’est une von- 
solation que la nature semble avoir réservée 
pour le pauvre, et dont elle lui offre sans 
cesse des exemples parmi les animaux. Les 
plus brillamment habillés sont rarement les 
plus industrieux ou les plus-utiles. 

VII. 17 


194 HISTOIRE NATURELLE 


Mais si les couleurs de la plupart des 
hyménoptères sont ternes , leurs membres 
sont déliés, ce qui rend leurs mouvemens 
légers et faciles. 

Ils ont quatre ailes membraneuses; les 
nervures qui soutiennent la membrane 
mince et transparente qui forme ces ailes 
sontmoins nombreuses, moins anastomosées 
que dans les névroptères; elles partent de 
la base de l'aile en divergeant, et forment 
seulement entre elles quelques anastomoses, 
C’est cette structure de leurs ailes qui leur 
a fait donner le nom: d’.yménoptères, qui 
veut dire ailes membraneuses par excel- 
lence. C’est aussi un des caractères distinc- 
tifs de ces insectes. Les limites sont diffi- 
ciles à établir, il est vrai, entre ces deux 
structures des ailes; maïs aussi ce caractère 
n'est pas le seul, comme nous le verrons. 
Ces quatre ailes sont de grandeur bien diffé- 
rente. Lesinférieures, qui sont aussi un peu 
postérieures , sont beaucoup plus petites que 
les supérieures : elles sont l’une et l’autre 
étroites, rétrécies à leur insertion, et peu 
grandes relativement à celles des névroptè- 


Le bé: “ji PEUT TU 


DES HYMÉNOPTÈRES. 195 


res; cequin’empéche pas ces insectes de voler 
avec légèreté et rapidité, et beaucoup mieux 
que certains névroptères à grandes ailes, 
tels que les panorpes, myrméléons, ascala- 
phes, perles, etc. , 

La tête des hyménoptères est grosse, sou- 
vent plus large que le corselet les yeux 
sont saillans, surtout ceux à réseau ; * de 
petits yeux lisses, au nombre de trois, sont 
placés sur le sommet de cette tête. 

Les antennes’ sont rarement filiformes ; 
elles sont peu longues et presque toujours 
coudées , comme brisées dans leur milieu. 

Les différentes parties qui composent gé- 
néralement le: corps des insectes sont ici 
très distinctes. . 

La tête , dont nous venons de parler, est 
tronquée net postérieurement Let ne tient 
au corselet que par un tube gréle et fort 
court, 

Le corselet est souvent bombé ; quelque- 
fois comme partagé lui-même en deux par- 
ties : la partie la plus mince est postérieure ; 
elle n’est séparée de l’antérieure que par un 
sillon transversal assez profond. 


_ MAR die rte ._ cé LL 
F ; 
196 HISTOIRE NATURELLE 

L'abdomen est presque toujours ovoide 
et allongé, formé d’anneaux écailleux, très 
distincts, qui sont à recouvrement les uns 
sur les autres. 

Dans quelques hyménoptères , cet abdo- 
men, long et étroit, très mobile, et cepen- 
dant susceptible d’une action assez forte, 
ne tient au corselet que par un pédicule 
si délié, qu'on peut le comparer à un fil. Il 
est ainsi dans quelques guëpes, quelques 
sphex, quelques ichneumors. On conçoit 
difficilement qu'un tuyau si grêle puisse 
donner passage à l’œsophage, à des nerfs, 
à des vaisseaux aériens et à des tendons qui 
doivent être forts et assez nombreux , puis- 
que les mouvemens de cet abdomen sont 
très variés. 

Cette disposition donne aux hyméno- 
ptères cette sorte de grâce qui accompagne 
presque toujours la légèreté et la vivacité. 

Ces facultés sont augmentées par la forme 
et la position des pates ; elles sont toujaurs 
assez longues, et semblent partir d’un même 
point, de la partie postérieure du corselet. 
Cette pièce des pates que nous avons nom- 


ve , = 1 ‘LS 

DES HYMÉNOPTÈRES. 197 
mée la hanche, est plus longue et plus vi- 
sible dansles hyménoptères que dans la plu- 
part des autres insectes ; les pates sont dé- 
liées , les postérieures sont quelquefois un peu 
renflées ; dans d’autres espèces, ce sont les 
antérieures qui sont dilatées ; et on doit de- 
viner quelle est la cause ou la suite de cette 
disposition, d’après ce que nous enavons dit: 
dans le discours préliminaire. La dilatation 
des pates antérieures ne se voit que dans les 
mâles de quelques espèces, et sert à faciliter 
l’accouplement de, ces insectes. Le renfle- 
ment des cuisses postérieures donne aux ci- 
nips et aux chalcis, qui les ont ainsi, la fa- 
culté de sauter. 

Aux parties que nous venons de décrire , 
s’en ajoute une qui ne se trouve dans au- 
cune autre espèce d’insectes ,et qui devient, 
par cela même , un très bon caractère dis- 
tinctif des hyménoptères, c’est l’aiguillon 
souvent très piquant que les femelles de tous 
ces insectes portent à l'extrémité de leur 
abdomen. 

Nous avons déjà décrit d’une manière gé- 
nérale la structure de cet aiguillon : nous 


L'aca Le. MMA En Dhs. on à i Ge di ls, > 


VA 
198 HISTOIRE NATURELLE 


n’y reviendrons point. Nous nous contente- 
rons de répéter que’dans les hyménoptères , 
il est tantôt caché dans l’intérieur de l’ab- 
domen, et son principal usage est d’être alors 
une arme défensive; que dans d’autres es- 
pèces , il reste constamment visible, et qu’il 
est quelquefois même fort allongé; il sert 
alors decanal conducteur des œufs. C'est à 
l’aide de cet instrument, dont la forme et 
la position varient, que les hyménoptères 
entament les végétaux, percent la peau des 
animaux ou pénètrent dans les trous et les 
fentes profondes, et dans tous les autres 
lieux où ils veulent déposer leurs œufs. 
D'après ce que nous venons de dire, on 
se représente facilement la plupart des hymé- 
noptères ayant un corps léger et mobile, 
porté sur de longues jambes , enlevé par des 
ailes dont la rapidité dés mouvémens supplée 
à l'étendue; on conçoit combien la longue 
et bonne vue dont ils sont doués , ét l’aiguil- 
lon poignatit dont leur abdomen mobile 
est armé, doivent augmenter leur hardiesse. 
Voyons actuellement quel usage ils font de 
ces membres pour la conservation et la mul- 


tnt iltés. el, -1hiéhlé sut. sdééin : 


DAS MYMÉNOPTÈRES. 199 
üiplication de leur espèce car les animaux 
n’ont point d'autre but. IIS ne font servir 
les moyens qu'ils ont reçus de la nature qu’à 
satisfaire les besoïns peu nombreux qu'elle 
leur a donnés. On a fait l’histoire d'un ami- 
mal, quand on a dit comment il se conserve 
et se multiplie. 

Les alimens des hyménoptères sont, 
comme ceux de presque tous les autres in- 
sectes, de deux sortes, animaux et végé- 
taux; mais tous ne les prennent pas de la 
même manière : les uns les prennent solides, 
tandis que d’autres les prennent liquides ; 
cela établit dans leurs organes de la man- 
ducation deux modes destructure différens. 

Mais comme les hyménoptères forment 
un ordre d'insectes très naturel, et qu'il 
est bien reconnu que la bouche est un or- 
gane assez important pour ne point différer 
considérablement dans les insectes de même 
ordre, la nature a su adapter celle des 
hyménoptères À dés usages qui paraissent 
opposés, sans cépendant changer le principe 
sur lequel elle a construit la bouche de ces 
insectes. Ainsi, quoiqu'il y ait réellement 


hé die dit tte: -d/. dites. di ét 


‘200 HISTOIRE NATURELLE 


de ces insectes qui mâchent leurs alimens , 
tandis que d’autres les prennent liquides , 
ils n’ont cependant pas pour cela les uns une 
bouche à mâchoires , et les autres une bou- 
che à trompe ou à suçoir. La bouche de 
tous est composée des mêmes parties : ces 
parties seules sont modifiées, comme nous 
allons le voir, en prenant d’abord une guêpe 
pour exemple. 

On voit à la partie supérieure , ou plutôt 
antérieure , une lèvre supérieure concave ; 
ensuite deux mandibules très fortes et den- 
telées ; au-dessous sont deux mâchoires pres- 
que entièrement membraneuses sur leur dos, 
et dans une échancrure très sensible, sont 
les palpes antérieurs; enfin , la bouche est 
fermée postérieurement par la partie que 
nous avons nommée la lèvre inférieure ; 
elle est aussi presque entièrement membra- 
neuse , et porte à son extrémité les palpes 
postérieurs. 

Jusqu'à présent cette bouche ne paraît 
pas différer de celle des insectes à mâchoires 
nommés coléoptères. Mais on remarquera, 
dans les hyménoptères, que les mächoires 


di éieisits . ‘udéont) cé she, 


DÉS HYMÉNOPTÈRES. 201 


et la lèvre inférieure sont soudéesipar leur * 


base, et forment, par ce moyen, une espèce 
de canal. 

La différence qui existe entre la bouche 
des abeilles, qui lèchent, pour ainsi dire, les 
matières sucrées dont elles se nourrissent, et 
celle des guëpes , semble énorme aû premier 
moment. Les premières paraissent avoir une 
longue langue ou trompe. Ce n’est point ici 
le lieu de décrire la structure curieuse de 
la bouche des abeilles; mais nous verrons 
alors que cette différence n’existe que dans 
les proportions des mâchoires et de la lèvre 
inférieure, qui sont très allongées dans les 
hyménoptères qui, comme les abeilles, sem- 
blent avoir une langue. 

Quoique tous les hyménoptères ne se 
nourrissent point de matières solides , ainsi 
que nous venons de le dire, tous cependant 
ont des mandibules cornées très fortes. Mais 
si elles ne leur servent point à broyer leurs 
alimens , ils en font usage pour préparer les 
matériaux dont ils se servent dans la con- 
struction de leurs nids. 

L’accouplement de la plupart des hymé- 


202 HISTOIRE NATURELLE 


- noptèresest très peu. connu ; et l'ignorance 


où l’on est, à cet égard, est d’autant plus 
fâcheuse, que cette fonction doit présenter 
certainement des singularités remarquables 
dans une classé d'insectes dont les femelles, 
souyent plus grosses que les mâles, sont ar- 
mées d’aiguillons dangereux ou incommodes. 
Elles sont aussi presque toujours beaucoup 
moins nombreuses. La mature multiplie or- 
dinairement ses productions en raison des 
difficultés qu’elles doivent éprouver à rem- 
plir l’objet pour lequel elles sont créées, et 
de l’importance qu’elle met à le voir exé- 
cuté. Elle semble donc nous indiquer, par 
cette multiplicité des mâles parmi plusieurs 
espèces d’hyménoptères, que la réunion des 
sexes éprouve, chez ces insectes, plus de 
difficulté que chez les autres animaux. 

Les femelles sont, en général, remar- 
quables parleur grosseur, la petitesse de leurs 
yeux et de leur tête. Les mâles, au con- 
traire, ont la tête et les yeux plus forts; 
mais ils sont constamment privés de laï- 
guillon dont les femelles surtout sont très 
bien armées. 


DES HYMÉNOPTÈRES, 203 * 


Si le soin que l’on prend des objets est 
souvent une suite des difficultés que l’on a 
trouvées à les acquérir, la nature semble en- 
core nous donner uneindication des entraves 
qui existent dans l’accouplement des hymé- 
noptères , par la prévoyante et industrieuse 
tendresse qu’elle a inspirée aux mères de 
beaucoup de ces insectes pour leurs enfans. 
C’est en effet parmi les hyménoptères, et 
peut-être seulement parmi eux, que l’on 
trouve dans les mères une tendresse presque 
égale à celle que nous observons avec plai- 
sir chez les animaux à sang chaud. Nous 
aimons à retrouver en eux ce sentiment, 
parce qu’il semble fait pour amener le bon- 
heur, étqu’il y paraît même si inhérent, que 
les chagrins qui résultent de son excès 
portent souvent avec eux leur consolation. 

La plupart des hyménoptères femelles 
s'occupent non seulement de chercher un 
lieu où leurs larves puissent vivre dans 
l'abondance et la tranquillité; mais elles 
leur construisent des habitations aussi cu- 
rieuses que solides, et propres aux usages 
auxquels elles sont destinées. Une femelle 


sr hé bai déni SE ES os D. 2 où Le 


ni - ds ho. dt dos dd. 


. 204 HISTOËRE NATURELLE 


toute seule, privée, par conséquent, de.tout 
secours, n'ayant pour instrument que ses 
dents et ses pates, jette les fondemens d’une 
habitation spacieuse qui doit un jour nous 
étonner par sa régularité et par sa structure. 
Tantôt c’est dans de semblables habitations, 
dont nous connaissons quelques unes sous 
le nom de ruche , que cette mère laborieuse 
dépose ses œufs ; tantôt plus courageuse 
qu'industrieuse, c’est dans le corps d’autres 
insectes, ou dans l’intérieur des végétaux , 
qu’une mère d’une autre espèce va déposer 
ses œufs. 

On peut établir comme une règle à la- 
quelleje ne connais peut-être point d’excep- 
tion réelle, que jamais les œufs des hymé- 
noptères ne sont déposés à découvert; et 
les tenthrèdes ne seraient point ceux qu’on 
pourrait citer contre cette espèce de loi, 
ainsi que nous le verrons. Mais si, dans ce 
cas, ces hyménoptères n’établissent point 
d'exception, ce sont aussi presque les seuls 
dont les larves s’éloignent des autres hymé- 
noptères. 

Les larves des insectes de cet ordre sont 


TRS Te LÈ. , ji m6 di à 


DES HYMÉNOPTÈRES. . 20%. 


la plupart privées.de pates, ou, quand elles 
en ont, elles sont si faibles, qu’elles ne peu- 
vent leur être d’aucun usage. On conçoit 
que ces animaux, dépourvus de tous moyens 
de se mouvoir, privés du secours de leurs 
parens, qui, suivant la loi établie pour tous 
les insectes, meurent avant la naissance de 
leurs petits, on conçoit, dis-je, qu'ils seraient 
morts de faim si la nature n'avait pourvu à 
leur subsistance par des moyens nouveaux, 
même inattendus , et qui nôus prouvent en- 
core la fécondité de ses ressources. 

On remarque parmi plusieurs genres d’hy- 
ménoptères, des individus plus petits que 
les autres, mais armés, comme les femelles, 
d'un aiguillon; lorsqu'on les dissèque, on 
les trouve privés d'organes sexuels, et lors- 
qu'on les observe, on voit bientôt qu’ils ne 
remplissent ni les fonctions demäle ni celles 
de femelle. Ces individus , que l’on a nom- 
més mulets où neutres, ne pouvant jouir 
des plaisirs qui épuisent si promptementles 
insectes pourvus de sexe, puisqu'ils meu- 
rent peu après les avoir goûtés, ont une vie 
plus longue, et peuvent voir se succéder 

VIx, 18 


dr. “A Rd li à à AL »; sé Mu" it Ts. 2 L 4 


206 HISTOIRE NATURELLE 
plusieurs générations de mâles et dle fe- 
melles. 

Lanatüre, en les privant du plaisir de 
donner l'existence À de nouveaux êtres, 
leur a confié le soin de les élever et de les 
mettre en état de remplir leur place dans 
l'univers. 

Ce sont eux qui remplissent les véritables 
et. honorables fonctions de la paternité, 
puisque ce sont eux qui ont toutes les solli- 
citudes de la tendresse paternelle et tous 
les soins de l'éducation. Ces individus ap- 
partiennent aux espèces d’hyménoptères qui 
vivent en société et qui construisent de 
grandes habitations. Ce sont eux qui travail- 
lent à ces constructions, ce sont eux qui 
vont chercher des alimens pour les larves, 
qui, privées de pates , ainsi que nous l'avons 
dit, ne peuvent sortir de la place où leur 
mère a déposé l’œuf qui les contenait; co 
sont eux aussi qui les défendent et les soi= 
gnent avec tous les signes de l'attachement 
leplus vif. 

Tel est le premier moyen employé par la 
nature pour nourrir les larves apodes de 


DES HYMÉNOPTÈRES. 207 


plusieurs hyménoptères. Le second est plus 
simple, et se retrouve chez des insectes 
- d’autres classes : il consiste à placer les larves 
au milieu même de la substance qui doit 
leur servir de nourriture. Les hyméno- 
ptères obtiennent ce résultat de deux ma- 
uières : les uns percent la peau d’un insecte 
mou, où l'écorce d’un végétal ; ils déposent 
dans ces lieux des œufs d’où sortent de pe- 
tites larves qui se nourrissent des sucs qui 
les environnent; elles font périr l'insecte 
qui les leur fournit, où font naître sur les 
végétaux des excroissances où ces suc$,vien- 
nent S'épancher plus abondamment. 
D’autres mères, douées d’une prévoyance 
encore plus admirable, renferment leurs 
œufs dans des cellules solides qu’elles con- 
struisent exprès. Elles remplissent ces cel- 
lules de la nourriture végétale où animale 
qui doit convenir et suffire À la larve qui 
naîtra pour attoindre son entier accroisse- 
ment. Elles referment la cellule hermé- 
tiquement, et meurent après avoir pourvu, 
par cet ingénieux moyen, à la nourriture 
de petits incapables d'aller chercher des 


208 HISTOIRE NATURELLE 


alimens que personne ne peut leur ap- 
porter. 

Il résulte de ce que nous venons de dire, 
que les larves des hyménoptères , à l’excep- 
tion de celles des tenthrèdes et genres 
semblables, sont des espèces de vers mous, 
blanchâtres, ovoides et apodes; que leur 
bouche est ordinairement une simple ou- 
verture, un simple suçoir; que presque 
Loutes, par conséquent, se nourrissent de 
matières liquides qu’elles trouvent dans les 
corps où leur mèréles a déposées, ou dans 
ceux qu’elle a mis en provision à côté d’elles, 
ou enfin qu’elles vivent d’alimens également 
liquides, qu’une troisième sorte d'individus 
nommés zeutres, leur apporte et leur dé- 
gorge dans la bouche, après leur avoir fait 
subir une altération convenable. 

Les larves de quelques hyménoptères ont 
la faculté de se filer une coque composée 
d’une soie très fine et toujours peu épaisse. 
D'autres se changent en chrysalide à nu : 
leur chrysalide est de l'ordre de celles qui 
sont immobiles, mais dans lesquelles les 
parties de linsecte parfait sont non seule- 


à 4 LOS don 4 dd do É — —_ AR to ie Mid. Mind: 


DES HYMÉNOPTÈRES. 209 
ment visibles, mais encore très distinctes et 
séparées les unes des autres, quoique enve- 
loppées dans une pellicule commune. La 
métamorphose des hyménoptères est donc 
complète dans l’acception que nous sommes 
convenus de donner à ce mot. 

Les hyménoptères sont peu abondans au 
printemps : la plupart des espèces se repeu- 
plent chaque année au moyen de mères fé- 
condées qui ont passé l'hiver cachées dans 
quelques trous. Il faut donc qu’elles aient 
eu le temps de construire à elles seules une 
habitation, d’y pondre, d'élever leurs pe- 
tits, pour que ces insectes puissent paraître 
en nombre remarquable. Aussi est-ce à la 
fin de l'été qu'on les voit en grand nombre 
voltiger sur les fleurs , dont la plupart su- 
cent la matière sucrée, ou auprès des fruits 
qu'ils dévorent; aucun ne se nourrit de ma- 
tières corrompues ou desséchées. 

Cet ordre est fort nombreux en espèces; 
les genres sont difficiles à caractériser, et 
les espèces, privées de couleurs tranchées et 
distinctives, le sont encore plus. Cequi ajoute 
à la difficulté, et ce qui a produit un grand 


“ 


210 HISTOIRE NATURELLE 


nombre d’erreurs et de doubles emplois, ce 
sont les différences très singulières qui 
existént entre les mâles, les femelles et les 
mulets, 

Ces errêurs seront encore pendant long- 
temps difficiles à éviter; car l'observation 
de ces insectes est pleine de difficultés : nous 
ne pouvons en apporter de plus fortes 
preuves que l’histoire des abeïlles. Depuis 
plusieurs siècles, les hommes les plus in- 
struits, les plus patiens, les meilleurs ob- 
servateurs, étudient les abeilles, insectes 
domestiques, que l’on à enfermés comme 
on a voulu dans des maisons de verre : ce- 
pendant leurs habitudes ne sont point en- 
core parfaitement connues. Il s'élève tous 
les jours des dotés sur divers points de 
leur histoire, et leur génération est encore 
enveloppée des voiles du mystère, quel- 
ques efforts que Réaumur, Schirac, Hu- 
bért, otc., aient faits pour les lever. 


M. Latreille (Règne animal) divise les 
hyménoptères en deux sections. ( 


DES HYMÉNOPTÈRES. 211 


A A A A AA TA A A A AT A A AV 


PREMIÈRE SECTION. 


LES TÉRÉBRANS, TEREDRANTIA. 
Une tarière dans les femelles. 


Cette section est partagée en deux grandes 
familles. 


PREMIÈRE FAMILLE. 
Les Ponre-Scre, Securifera. 


Abdomen sessile , ou dont la base s’unit 
au corselet dans toute son épaisseur, et 
semble en étre une continuation et ne pas 
avoir de mouvement propre; larves aÿant 
toujours six pieds écailleux, et souvent un 
plus ou moins grand nombre de pieds mem- 
braneux. Ces larves sont connues sous le 
nom de fausses chenilles, 


I. Mandibules allongées et comprimées; languette 
divisée en trois et comme digitée; tarière composée 
de deux lames dentées en scie, pointues, réunies et 
logées dans une coulisse sous l'anus. 


3 S'OÉLEMRS 1 mt St Se ds ÉÉ Ou DL hé RS de 


212 HISTOIRE NATURELLE 


a. Labre saillant et très apparent; tête parais- 
sant plus large que longue, vue en dessus. 


1% G. Cimsex, Cimbex. 


Antennes de cinq à sept articles, termi- 
nées en bouton , ou en massue épaisse, et 
presque ovoïde ; fausses chenilles ayant en 
tout vingt-deux pates. 


2° G. Hyrorome, Hylotoma. 


Antennes de trois articles, dont le der- 
nier beaucoup plus long, formant, dans les 
mâles, une massue grêle prismatique, et 
quelquefois une fourche; fausses chenilles 
ayant dix-huit à ‘vingt pates. 


3° G. TENTHRÈDE, T'enthredo. 


Antennes tantôt légèrement plus grosses 
vers le bout, ou filiformes, tantôt sétacées ; 
simples dans les deux sexes, de neuf articles 
dans le plus grand nombre, et de onze dans 
les autres. 

Fausses chenilles ayant dix-huit à vingt 
pates. 


ira die daté Lb nb jhee | de dt on 


CEA 
. 
DES HYMÉNOPTÈRES. 213 


4° G. Lornire, Lophirus. 


Antennes en peigne, ou en panache dans 
les mâles, et en scie dans les femelles. 


&. Labre caché ou peu saillant; tête, vue en 
dessus, paraissant presque carrée. + 


be G. Mécarononre, Megalodontes. 


Antennes en scie ou en peigne. 


6° G. Paume , Pamphilius. 


Antennes simples dans les deux sexes; 
larves n'ayant point de patés membraneuses. 


7° G. Cernus, Cephus. 


Antennes insérées près du front, plus 
grosses vers le bout. 


8° G. Xrpmipries, Xéphidria. 


Antennes insérées près de la bouche, ct 
plus gréles vers le bout. 


II. Mandibules courtes et épaisses; languette en- 
tière; tarière des femelles tantôt très saillante et 
composée de trois filets, tantôt roulée en spirale 
daus l’intérieur de l'abdomen, et sous une forme 
capillaire. 


NT — 


. 
21/ HISTOIRE NATURELLE 


10 G. OnyssE, Orrssus. 


Antennes insérées près de la bouche, de 
dix à onze articles ; mandibules sans dents ; 
palpes maxillaires longs de cinq articles ; 
extrémité postérieure de l'abdomen presque 
arrondie, ou faiblement prolongée, et dont 
la tarière est capillaire et roulée en spirale 
dans l’intérieur de l’abdomen. 


2° G. Sirex , Strex. 


Antennes insérées près du front, de 
treize à vingt-cinq articles; mandibules 
dentelées au côté interne; palpes maxillaires 
très petits, presque coniques, de deux ar- 
ticles, avec l'extrémité du dernier segment 

* de l'abdomen prolongé en forme de queue 
ou de corne, et la tarière saillante, de trois 
filets, 


DES HYMÉNOPTÈRES. 21 


DEUXIÈME FAMILLE. 
Les Puprvores, Pupivora. 


Abdomen attaché au corselet par une 
simple portion de son diamètre transversal, 
et même plus souvent par un très petit filet 
ou pédicule, de manière que son insertion 
est très distincte, et qu’il se meut sur cette 
partie du corps ; femelles ayant une tarière - 
qui leur sert d’oviducte, 

I. Les quatre ailes veinées; antennes presque tou- 
jours filiformes ou sétacées, vibratiles, composées 
d'un grand nombre d’articles; palpes maxillaires 


apparens ; tarière des femelles toujours de trois 
filets. 


1% G, PÉLÉGINE, Pelecinus. 
Abdomen inséré À l'extrémité postérieure 
et inférieure du corselet, filiforme et très 
long ; languette à trois divisions. 


2° G. Évanre, Evania. 


Abdomen inséré à l'extrémité postérieure 
et supérieure du corselet, très petit, fort 
comprimé, triangulaire ou ovoïde, avec 


- 


216 HISTOIRE NATURELLE 


un pédicule brusque à sa base jqtntennes 


coudées. 
3° G. FoENE, Fœnus. 


Abdomen inséré comme dans les évanies, 
mais allongé en forme de massue , avec les 
jambes postérieures en massue ; les antennes 

roites, filiformes, et la tête portée sur 
un cou. : 
4° G AULAQUE, Aulacus. 
Très voisin des fœnes, mais ayant l’ab- 
“domen ellipsoïide et comprimé, les antennes 
sétacées , et les jambes grêles. 


be G. Icaweumon, Zchneumon. 


Antennes de vingt articles; tête globu- 
leuse; mandibules toutes terminées par une 
seule dent, ou sans échancrure sensible, 
tantôt refendues et terminées ainsi par 
deux dents. 


IT. Ailes inférieures n'étant point veinées; tarière 
filifoume , naissant de la partie inférieure de l’abdo- 
men , et n'ayant point d’aignillon an bout; palpes 
très courts, et quelquefois nuls; antennes droites 
ou sans coude, filiformes ou un peu plus grosses 
vers le bout, et ordinairement composées de treize 
à quinze articles. 


F - + A 
DES HXMÉNOPTÈRES. 217 à 
# 1% G. Cynirs, Chips 


x 

Antennes de treize à quinze Au ;.pal- 

pes, mâchoires et lèvre très distincts ; pé- 
dicule de l'abdomen très court. % 


2° G. Evcranis, Eucharis. 


Antennes de douze articles grenus; mas 
dibules seules distinctes; abdomen porté 
sur un long pédicule. 


UT. Antennes brisées et formant, à partir du 
coude, une massue allongée on en fuseau; elles 
n’ont pas au-delà de deux articles. 


1% G. CnaLcine, Chalcis. | 


Jambes des pieds postérieurs très ar- 
quées, avec les cuisses très grandes ; abdo- 
men attaché au corselet par un pédicule 
apparent, ovoïde ou conique, pointu au 
bout, avec la tarière cachée ou extérieure; 
ailes étendues. 


2° G. Leucosris, Zeucospis. 


Pieds postérieurs semblables à ceux des 
chalcides ; abdomen paraissant appliqué con- 
tre l'extrémité postérieure du corselet, com- 

VI, 19 


218 HISTOIRE NATURELLE 


primé dans toute sa hauteur, arrondi pos- 
térieürement, avec la tarière recourbée 
sur le dos; ailes supérieures doublées. 


3° G. Eurorne, Eulophus. 


Pieds postérieurs simples, ou n’ayant ni 
les cuisses à la fois très renflées et lenticu- 
lairés , ni les jambes très arquées. 


TV. Ailes inférieures sans nervures; abdomen des 
femelles terminé par ane tarière tubulaire, conique, 
ou en forme de queue, soit d’ane pièce, soit de deux 
où trois réunies longitadinalement; palpes maxil- 
laires longs et pendans. 


1e" G. BéraxLe, Bethylus. 


V. Ailes inférieures sans nervures; tarière formée 
par les derniers anneaux de l'abdomen, à la manière 
des tubes d’une lunette d'approche, et se terminant 
par an petit aiguillon; abdomen voüté on plat en 
dessous, et pouvant se replier sous la poitrine, ce 
qui donne à l’insecte la faculté de prendre la forme 
d'une boule, 


19 G. Parnorès, Parnopes. 


Mächoires et lèvre très longues, compo- 
sant une fausse trompe, fléchie en dessous ; 
palpes très petits, de deux articles. 


india cl  s  e. : La dte de l dihd Ar 
DES HYMÉNOPTÈRES. 219 
2e G. Curysis, Chrysis. 


Point de fausse trompe; palpes maxillaires 
de grandeur moyenne, ou allongés et com- 
posés de cinq articlés ; corselet point rétréci 
antériéurement ; abdomen de trois segmens. 


3° G. Cuerre , Cleptes. . 
* 


LA KL La % 

Corselet rétréci en avant; abdomen de 

quatre segmens dans les mâles, et de cinq 
dans les femelles. 


de témmttlés hu, dé DOS À Di de ét à DR | d nt 


220 HISTOIRE, NATURELLE 


PR A A A A A 


. DEUXIÈME SECTION. 
LES PORTE-AIGUILLON, ACULEATA. 


Tariére des femelles remplacée par ur 
aïguillon de trois pièces, caché et ré- 
tractile. . 


Nota. Quelques fourmis font exception 
à cette règle, et se défendent en éjaculant 
par l'abdomen une liqueur acide renfermée 
dans des réservoirs spéciaux. 


Cette section est partagée en deux grandes 
familles. 


PREMIÈRE FAMILLE. 


Les Hérérocynes, Heterogyna. 


Antennes coudées ; languette petite, ar- 

rondie et en cuiller ; deux ou trois sortes 

. d'individus, dont les plus communs, les 

neutres ou les femelles, n’ont point d'ailes, 
et rarement des yeux lisses très distincts, 


s 
DES HYMÉNOPTÈRES. 221 
I. Insectes vivant en société, composés de trois 


sortes d'individus, dont les mâles et les m3 
ailés, et les neutres aptères. 


1 G. Fourmr, Formica. 
ET 


IT. Insectes vivant solitaïrement; chaque espèce 
composée de deux sortes d’i ndividus, de mâles ailés 
et de femelles aptères, et toujours armées d'un ai- 
guillon. ÿ 


& 
1% G. Murmre, Muxilla. 


DEUXIÈME FAMILLE. 
Les Fouisseurs, Fossores. 


Hyménoptères à aiguillon; des individus 
de deux sortes, ailés, vivant solitairement; 


: 


pieds exclusivement propres à marcher, 
et dans plusieurs à fouir; ailes toujours 
étendues. 


I. Premier segment du corselet tantôt en forme 
sdare, et prolongé latéralement jusqu'aux ailes, 
tantôt en carré transversal ou en forme de nœud ou 
d'article; pieds forts et épineux; antennes sensible- 
ment plus courtes que la tête et le corselet, dans les 
femelles, 


D st pubs. A à dé à À éd | à 


222 HISTOIRE NATURELLE 


10 G: Tiwmie, Téphia. 


palpes maxillaires longs, composés d’ar- 
" tiéles sensiblement inégaux ; premier article 
des antennes presque conique. 
: . 


2° G. Scouré, Seolia.  » \ 


Palpes maxillaires courts, composés d’ar- 
ticles presque semblables, ayec le premier 
article des anfénnes allongé, et presque 
cylindrique. 


Nous réunissons à ce genre les myzires 
et les méries de M. Latreille. 


IT. Très voisins des précédens par la forme du 
corselet; pieds courts, grêles, point épineux ni for- 
tement ciliés; antenñes aussi longues au moins que 
la tête et le corselet, dans les deux sexes, tantôt 
filiformes et sétacées (rhyrnes et polochres) , tantôt 
plus grosses vers leur extrémité. 


1° G, SarxcE , Sapyga. 


Auquel nous réunissons les #4ynnes et les 
polochres. 
III. Encore semblables aux précédens quant au 


premier segment du corselet; pieds postérieurs une 
fois au moins aussi longs que la tête et le tronc; 


ie. Me RE... SE on ral ait és Dé cité 


DES HYMÉNOPTÈRES. 4 223 


antennes le plus souvent grêles, formées d'articles 
allongés, peu serrés on lâches, et très arqués on 
contournés, du moins dans les femelles, 


1% G. Pompie, Pompilus. 


Premier segment du. corselet carré , soit 
transversal , soit longitudinal ; abdomen at- 
taché au corselet par un pédicule ‘très court ; 
jambes" postérieures ayant ordinairement 
une brosse de poils äu côté interne. 


2° G. SpHEx, Spheæ. 


Premier segment du corselet rétréci en 
devant, en forme d'article ou de nœud ;” 
premier anne4u de l’abdomen, et quelque- 
fois même une partie du suivant, rétréci 
en un pédicule allongé. 


IV. Premier segment du corselet ne formant 
qu’un simple rebord linéaire et transversal, dont 
les deux extrémités latérales sont éloignées de l'ori- 
gine des ailes supérieures ; pieds toujours courts ou 
de moyenne longueur; tête paraissant transverse, 
vue en dessus; abdomen formant un demi-cône 
allongé, arrondi sur les côtés de la base; labre en- 
tièrement à nu ou très saillant, 


1° G. Bemsex, Bembex. 


224 HISTOIRE NATURELLE 


V. Labre caché en totalité ou en grande partie; 
mt souvent filiformes ; port des précédens. 


w 


19 G. Larre, Larra. 


Une profonde échancrure au côté infé- 
rieur des mandibules. 


” . 
: 2° G. ASTATE, As/ata. 


Point d’échancrure au côté inférieur des 
mandibules ; yeux entiers. 
. Nous réunissons à ce genre les oxybéles 
et les gorytes. . 


: 3e G. TryroXYLON , Trypoxylon. 


} A 
. Yeux échancrés. . 


WI. Corselet comme dans les précédens; pieds 

- courts ou de longueur moyenne; tête très grosse, 

_ paraissant presque carrée, vue en dessus; yeux très 

grands, se terminant, en dessus, à quelque distance 

du bord postérieur; abdomen ayant toujours une 
forme ovale ou elliptique. ” 


zer G. Mere, Mellinus. 


Antennes insérées près de la bouche, fili- 
formes , point où peu coudées ; mandibules 
tridentées dans les femelles ; palpes maxillai- 
res beaucoup plus longs que les labiaux; lan- 


DES HYMÉNOPTÈRES, 225 


guette divisée distinctement en trois parties ; 
base de l’abdomen toujours rétrécie en ma- 
nière de long pédicule. 


2° G. CraBroN, Crabro. 


Antennes comme dans le genre précé- 
dent, mais très brisées ; mandibules termi- 
nées simplement en une pointe bifide ou 
échancrée ; palpes courts , presque égaux ; 
languettepresque entière. 


3° G. PairanTme, Phianthus. 


1 


Antennes insérées au milieu de la face de 
la tête, à une distance sensible de la bouche, 
et terminées en massue > Ou plus grosses 
vers le bout. 


TROISIÈME FAMILLE. 


Les Drecorrères , Diploptera. 


. . 
Aïles supérieures doublées longitudinale- 
ment dans le repos. 


I. Antennes composées de douze'à treize articles 
distincts, selon les sexes, terminées en pointe; lan- 
guette soit divisée en trois pièces dont celle du mi- 
lieu plus grande, en cœur, avec deux petites taches 


L 


De MRORPAT dt: sd dés 2e 


HISTOIRE NATURELLE 


arrondies et glanduleuses à son extrémité, et les 
latérales étroites, pointues, ayant aussi chacune 
une tache semblable; soit tomposéé de quatre filets 
plumeux et longs. 

Mandibules plus longues que larges, rapprochées 
en devant, en forme de becy languette étroite et 
allongée ; chapéron presque en forme de cœur, ou 
ovale, avec la pointe en avant et plus ou moïns 
tronquééà espèce vivant solitairement; des mâles ct 
des femelles seulement. 


1 G. SyNAGRE , Syragris. 
Languette de quatre filets longs et plu- 
meux. 
2° G. EumÈène, Æumenus, » 


Lañguettédivisée en trois pièces glandu- 
leuses à leur extrémité; abdomen ayant son 
premier anneau étroit et allongé en forme 
de poire, ét le second en cloche. k 

IT. Méffdibules guère plus longues que larges, 
avec une troncature large et oblique’ à leur extré- 


mité; ; languette coürte ou peu allongée;"chaperon 
presque carré, 


19 G. Guère , Vespa. , 
Individus réunis en sociétés, composées 
- 
de mâles, de-femelles et de neutres. 


û f . 
DES HYMÉNOPTÈRES, 227 


IT. Antennes terminées en bouton on en massue 
très obtuse, et arrondie au bout, n’offrant que huit 
à dix articles distincts; languette composée de 
deux filets très longs, avec la base molle, en forme 
de tube cylindrique, les recevant dans là contrac- 
tion, et retirée alors dans la gaîne du menton. 


Ta G. Masai, Masaris. 


QUATRIÈME FAMILLE. 
Les MeLrirèRes, Arnthophila. 


Pieds postérieurs propres à ramasser le 
pollen des étamines , ayant le premier ar- 
ticle des tarses de ces pieds très grand, fort 
comprimé, en palette carrée, ou en forme 
de triangle renversé; ailes toujours éten- 
dues. 


I. Division intermédiaire de la languette en forme 
de fer de lance, plus courte que sa gaine, et placée 
en dessus dans les uns, presque droite dans les autres. 


1 G. Hyrée, Hyleus. 


Division moyenne de la languette évasée 
à son extrémité, presque en forme de cœur, 
et doublée dans le repos. 


228 HISTOIRE NATURELLE 


2° G. ANDRÈNE, Andrena. 4 
Languette en forme de fer de lance. 


I. Division moyenne de la languette aussi longue 
au moins que le menton ou sa gaïne tubulaire, et 
en forme de filet ou de soie; mächoires et lèvre très 
allongées, et formant une sorte de trompe coudée 
et repliée en dessous, dans l’inaction. 


a. Les deux premiers articles des palpes la- 
biaux ayant, le plus souvent, la figure d’une 
soie écailleuse comprimée, qui embrasse les côtés 
de la languette; pieds postérieurs des femelles 
sans enfoncement bordé de poils (la corbeille) 
au côté extérieur de leurs jambes, ni duvet (la 
brosse) à la face interne du premier article de 
leurs tarses; mandibules petites, étroites, ar- 
quées, avec une dentelure au plus; labre mem- 
braneux; divisions latérales de la languette en 
forme de soies. 

Second article des tarses postérieurs des fe- 
melles inséré au milieu de l’extrémité du pré- 
cédent; abeilles vivant solitaires, 


1% G. PANURGE, Panurgus. 
Pieds postérieurs garnis de poils servant 


à la récolte du pollen; tige des antennes, à 
prendre du troisième article, formant dans 


DES HYMÉNOPTÈRES, 229 
les femelles une sorte de fuseau, ou de massue 
allongée, presque cylindrique, amincie vers 
sa base. : 

2° G. Nomane, Nomada. 


Antennes filiformes dans les deux sexes ; 
abeilles ne ramassant pas le pollen des fleurs, 
“et déposant leurs œufs dans les nids des 
autres mellifères. 


b. Différant des précédentes par le labre, qui 
est carré, souvent même très long dans les 
uns, transversal et presque corné dans les autres; 
divisions latérales de la languette né formant 
qu’une petite écaille; femelles ramassant pres- 
que toutes le pollen des fleurs, le plus souvent 
avec ün duvet soyeux qui garnit le dessous de 
leur ventre. 


3° G. Mécacmire, Megachile. 


Labre en forme de quadrilatère ou de 
parallélogramme , crustacé au plus, et tom- 
bant perpendiculairement entre les mandi- 
bules. 


4 G. XxLocore , Xylocopa. 


Labre très dur , corné ou écailleux, trans- 
versal , échancré, et cilié en devant. 
Ir. 20 


ble EE OT TE, TL V4 TS VS 


230 HISTOIRE NATURELLE 

c. Insertion du second article des tarses pos- 
térieurs paraissant être plus rapprochée de 
l'angle interne"de l'extrémité de l’article précé- 
dent que de $on angle extérieur, celui-ci étant 
plus avancé. 


5e G. Eucère, ÆEucera. 


Une seule dentelure au côté interne des 
mandibules; palpes maxillaires composés 
de cinq à six articles. 


6e G. Cenrris, Centris. 


Plusieurs dentelures au côté interne des 
mandibules ; palpes maxillaires n'ayant au 
plus que quatre articles, ou en manquant 
même tout-à-fait. r 


d. Apiaires vivant en sociétés, composées de 
mâles, de femelles et d’une quantité considé- 
rable de mulets ou d’ouvrières; pieds postérieurs 
de ces derniers ayant à la face externe de leurs 
jambes (la palette) un enfoncement lisse (la 
corbeille), où ils placent une pelote de pollen, 
qu’ils ont recueilli avec le duvet soyeux, ou la 
brosse , dont la face interne du premier article 
des tarses des mêmes pieds est garnie. 


* Jambes postérieures terminées par deux épines, 


PT QU SPORE NS ET CURE. SE USE NN, SAT DE 


DES. HYMÉNOPTÈRES, 231 


7° G. Eucrosse, Euglossa. 

Labre carré; fausse trompe de la lon- 
gueur du corps; palpes labiaux terminés 
en une pointe formée par les deux premiers 
articles. 

8° G. Bourpon, Bombus. 

Labre transversal; fausse trompe nota- 
blement plus courte que le corps ; second 
article des palpes labiaux terminé en pointe , 
portant sur le côté extérieur les deux au- 
tres, 

** Point d'épines à l'extrémité des jambes anté- 
rieures, 

9° G. Anirzx, Apis. 

Premier article des tarses postérieurs des 
ouvrières en carré long, garni à sa face 
externe d’unduvetsoyeux, divisé en bandes 
transversales, ou strié. 


10e G. Mévrront, Melipona. 


Premier article des tarses postérieurs des 
ouvrières plus étfoit à sa base, ou en triangle 
renversé, et sans stries sur la brosse soyeuse 
de sa face interne. 


——— 


stétr es + 2 à en. Lis coul sûre IR “di “ose. ds .. : 


232 HISTOIRE NATURELLE 


tt t tot tetes 


ORDRE TROISIÈME. 


LES HYMÉNOPTÈRES. 


._ PREMIÈRE SECTION, 


Bouche sans trompe. 


XXIV° GENRE. 
FOURMI. 


Caractères génériques. Antennes filiformes, cou- 
dées; premier article très long. — Mandibules 
grosses, multidentées. — Trompe très courte, 
formée de trois pièces presque écailleuses. — 
Quatre antennules filiformes; les antérieures 
composées de six articles, et les postérieures de 
quatre. — Pédicule de l'abdomen allongé , nodu- 
leux, ou muni d’une écaille droite, élevée. — 
Trois petits yeux lisses. 


Lys fourmis ont deux antennes filiformes , 
coudées : le premier article, fort long, les 
distingue des tiphies ; les mâles et les fe- 
melles portent quatre ailes membraneuses , 


, détls hésité , bit fé he : john 5 j'a > Cdi 


DES FOURMIS. 233 
veinées, inégales ; l'abdomen est uni ,au 
corselet par un pédicule long’ #noueux, ou 
muni à sa partie supérieure d’une ‘pièce 
écailleuse droite. » : “. * Le 

Ces insectes ont beaucoup detrapport 
avec les mutilles; mais ces dernières ont le 
premier article des antennes plus court, le 
pédicule de l'abdomen sans écaillesni nodo- 
sité , et l'anus armé d’un aiguillon très fort, 
caché dans le ventre. : 

Les antennes, composées de onze ou 
douze articles, dont le premier très long et 
les autres courts; cylindriques, presque 
égaux, sont.insérées à quelque distance des 
yeux, et forment un angle droit À Ja réu- 
nion du premier et du second article. 

La lèvre supérieure est courte, coriacée; 
les mandibules cornées, grandes, fortes et 
arquées. 

La tête est de moyenne grandeur dans 
les mâles et dans les femelles ; elle paraît 
beaucoup plus grande dans le mulet; effet 
produit par la forme du corselet, que celui- 
ci a très étroit et souvent épineux , tandis 
que les premiers l'ont large et convexe. 


234 HISTOIRE NATURELLE 

L'abdomen ést ovale et composé de cinq 
ou six anneaüX distincts ; les pates sont sim- 
ples ;'de | grandeur; les tarses sont 

posés de. einq articles, èt terminés par 
: crochets. # ; 

Les fourmis vivent en sôciété;relles res- 

sémblenten cela aux abeilles et aux guêpes; 
elles travaillent comme elles d’un même ac- 
éord à des ouvrages qui ont pour but l’uti- 
lité générale de la pétite république, dont 
elles Sont membres. /** 
. Les habitudes de ces insectes Yqui vivent 
en société , ne pouvaient manquer d’exciter 
la curiosité : aussi ont-elles*eu beaucoup 
d’historiens, dont quelques uns se sont laissé 
entraîner par l’amour du merveilleux. En 
donnant quelques détails.sur leur manière 
de vivre, nous chercherons àtécarter le 
faux, sans nuire à l'admiration que doivent 
exciter les procédés industrieux de ces pe- 
tits insectes. 

Les fourmis, ainsi que la plupart de leurs 
habitations , sont connues de tout le monde, 
On trouve parmi elles des individus de trois 
sortes, des mulets, des mäles et des fe- 


DES FOURMIS. 235 


melles. Les premiers sont chargés de tous 
les détails du travail, comme parmi les 
abeilles : aussi est-il plus que probable qu’ils 
sont, comme dans ce genre, de véritables 
femelles privées de toute faculté généra- 
trice, ainsi que l’indiquent les rapports exis- 
tans entre les organes sexuels extérieurs des 
fourmis reconnues pour fécondes, et ceux 
de celles que l’on nomme improprement des 
mulets, Ils sont de la plus petite taille, et 
dépourvus d’ailes. Les mâles, qui sont aïlés, 
sont plus grands, moins cependant quelles 
femelles, qui sont de la plus grande taille, 
et dont l’abdomen est très gros : celles-ci 
portent.aussi des ailes, mais faciles à ar- 
racher, et quileur manquent très souvent 
après l’accouplement. 

Les fourmis placent leurs habitations 
dans différens endroits. Les unes élèvent 
dans les bois des cônes de deux pieds en- 
viron de hauteur ; d’autres creusent des sou- 
terrains assez. profonds. Le centre pourri 
d’un arbre, ou les fentes d’une vieille mu- 
raille, servent de demeure à celles-ci; celles- 
là la trouvent sous une pierre. 


236 HISTOIRE NATURELLE 


Là vient aboutir cette longue suite de 
fourmis que l’on voit toujours en activité, 
etsuivant toutes le même chemin. Les unes 
reviennent chargées de fardeaux immenses ; 
les autres partent sur les traces de celles-ci 
pour aller prendre leur part du butin. 

. Cependant les femelles restent dans l’in- 
térieur occupées seulement à pondre, et n’en 
sortent jamais que pour s'accoupler. Cet ac- 
couplement a lieu dans différentes saisons , 
selon les espèces. Il varie depuis le prin- 
temps jusqu’à la fin de l'automne. On n’a pas 
encore la certitude que cette sortie donnelieu 
à des essaims comme dans les abeilles. 

L’accouplement fini , les mâles meurent, 
où au moins ne rentrent plus dans la four- 
milière. Les femelles, au contraire, y ren- 
trent au moins en partie : les ouvrières alors 
leur arrachent leurs ailes pour les forcer, en 
quelque sorte, à ne point abandonner la ré- 
publique, et à y faire leur ponte. Elles se 
chargent denourrir les larves qui sortiront 
de leurs œufs, et de les défendre des atta- 
ques extérieures. Ces œufs sont très pelits , 
arrondis, d’un blanc jaunâtre, rassemblés 


D  : Li sb. és 


DES FOURMIS. 237 
par tas. Ceux.qui ont été déposés dans l’ar- 
rière-saison n'éclosent qu'au printemps; 
les larves qui en sortent sont de petits vers 
blancs , apodes, gros, courts, de douze an- 
neaux. Ce sont ces larves que l'on appelle 
ordinairement œufs dé fourmis; leur tête, 
s’il faut donner ce nom à une partie menue, 
recourbée sur la poitnine, est munie de deux 
dents, de quelques cils et d’un mamelon 
mou, rétractile, par lequel la larve reçoit 
la becquée. La fourmi ouvrière dégorge 
dans ce canal des sues nécessaires à*sa crois- 
sance. Celui des fruits, et la liqueur miel- 
leuse qui se trouve auprès des pucerons, 
paraissent en fairé la base. 

Au bout dequelque temps, cette larve se 
change en une nymphe, sur laquelle on 
aperçoit, comme dans les chrysalides des 
coléoptères, toutes les: parties de l’inseete 
parfait. 

Les nymphes et les larves sont incapables 
de tout mouvement; mais la fourmilière est- 
elle attaquée par l’homme ou par quelque 
autre ennemi , les ouvrières empontentsaus- 
sitôt dans les souterrains les plus reculés de 


238 HISTOIRE NATURELLE 

leur habitation, ces précieux gages de la 
prospérité future de état. On croit commu- 
nément que les matériaux entassés par les 
fourmis sont destinés à leur servir de nour- 
rituré pendant l'hiver; en conséquence, 
on à beäucoup loué*leur industrieuse pré- 
voyance: cependant c’est un fait connu au- 
jourd’hui, et confiemé par les meilleurs 
observateurs, que le froid «engourdit les 
foürmis de manière. à ne point leur laisser 
la faculté d’user de ces provisions. C’est donc 
à tort qu’en leur attribuant nos vertus, on 
les a comparées au père de famille qui sème 
et recueille dans la belle saison pour les be- 
soins de l'hiver, ou à Phomme sage qui 
profite de sa jeunesse pour semprocurer, par 
son travail, de quoi soutenir sa vieillesse. 
Il est également probable,qu’exemptes de 
nos défauts , ce n’est point une avarice mal 
entendue qui les engage à faire ces énormes 
amas. Il se peut que des observations sui- 
vies découvrent un bututile à ce rassemble- 
ment informe de matériaux ; mais la nature 
ne prodigue pointses secrets à ceux qui veu- 
lent la deviner sans sortir de leur cabinet, 


DES FOURMIS. 239 

Les liqueurs sucrées, légèrement acidu- 
lées, que certains arbres laïssent échapper 
des parties intérieures, celles que les puce- 
rons laissent suinter, paraissent être parti- 
culièrement du goût des fourmis, et leur 
fournir leur principale nourriture. Malheur 
au hanneton (melolontha ) qui tombe awmi- 
lieu d’elies, au carabe (carabus) étourdi 
qui traverse leur sentier. Attaqué de toutes 
parts, il succombe bientôt sous une multi- 
tude de plaies ; il périt, et ses débris, sucés 
entièrement, vont accroître le monticule 
qu'habitent les vainqueurs. C’est ainsitque 
Vunion triomphe de la force. 

Quelques expériences faites sur les four- 
mis sembleraient faire croire, contre ce que 
nous avons dit, que le sens de l’odorat ré- 
side dans les antennes; si l’on passe le bout 
du doigt sur le sentier suivi par ces insectes, 
elles se trouvent déroutées, ne reconnais- 
sent plus leur chemin ; alors on les voit tou- 
jours porter sur la terre le bout de leurs 
antennes, et ce n’est qu'après avoir cherché 
de tous côtés de cette manière qu’elles fran- 
chissent lentement l’espace sur lequel a 


RAR LS SS D . On 4‘, SAS. ds LS 4 
Se : , 


240 HISTOIRE NATURELLE 


passé le doigt, pour retrouver leur trace 
habituelle. Si l’on fait l’amputation de cette 
partie à une fourmi, elle paraît étourdie, et 
erre çà et là, sans pouvoir retrouver son 
chemin. 

Les espèces comprises dans ce genre sont 
nombreuses et ont entre elles des diffé- 
rences remarquables. En effet, les nymphes 
de quelques unes sont nues, tandis que celles 
de quelques autres restent au moins quelque 
temps enfermées dans une coque d’un blanc 
mat. Cette coque ne paraît point composée 
de fils comme celle des bombyces; on n’ÿ 
découvre aucun tissu; elle ne paraït être 
qu’une pellicule. 11 paraît que les ouvrières 
la déchirent peu avant la transformation. Il 
ne reste plus à l’insecte qu’à se défaire d’une 
pellicule fort mince qui enveloppe immé- 
diatement toutes ses parties. 

; Quelques éspèces de fourmis ont un ai- 

guillon assez fort pour percer notre peau, 

déposent dans la plaie une liqueur acide 
qui occasionne une douleur assez forte. 

D'autres sont privées de tout aiguillon : 
celles-ci seringuent une liqueur rouge, trans- 


Inwectes 2e PL, 45. 


Let 


Thermes Fatale 


PBaraband del. . Milliew Seufr} 
‘1. F. Hercule, 4. T. Fatal. 
2.2.1. l'auve. 5. Sa Nympbhe. 


5.. Sa Coque 


AA) DES FOURMIS. EVE 
parente, qui, s'attachant à la peau de l’ob- 
servateur inconsidéré, y cause des pustules 
douloureuses ressemblant à celles qu’occa- 
sionne Ja ‘piqüre de l’ortie (urtca ). 

Au resté, toutes sont munies de mä- 
choires qui pincent assez fortement. + 

Les espèces de ce genre sont nombreuses. 
Nous allons donner la description de quel- 
ques espèces remarquables de fourmis ; nous 
les diviserons , d’après noire savant maître 
M. Latreille, en deux sections. 


PREMIÈRE SECTION. 


"+ CE » 
Corselet des ouvrières ayant le dos arqné, et sans 
interruption dans sa courbure ; ailes supérieures 
des autres individus sans nervures récurrentes. 


La Fourmi ronge-bois, Formica 
herculeana. 


Cette espèce est la plus grande d'Europe; 
elle a quelquefois jusqu’à sept lignes de lon- 
gueur. Le mulet est noir, avec le corselet et 
les cuisses d’un rouge sanguin foncé ;le mâle 
et la femelle en diffèrent peu pour les cou- 

VIr, 21 


, ont | TN OS ep 


242 HISTOIRE NATURELLE 


leurs. Cette fourmi établit sa demeure dans 
l'intérieur des parties mortes des vieux ar- 
bres, sous leur écorce ; on'ne la trouve pas 
dans les champs; elle vit en sociétés peu 
nombreuses, et paraît plus propre au midi: 
on la trouve rarement auxenvirons de Paris. 


La Fourmi bi-épineuse, Formica 
bi-spinosa. 


Elle est longue de trois lignes, noire, 
avec le corselet bi-épineux en devant, et 
l’écaille terminée par une pointe longue. 
Cette espèce, qui se trouve à Cayenne, fait 
son nid avec une matière qui ressemble au 
premier coup d'œil à de l’amadou; elle est 
composée d’un duvet cotonneux qui paraît 
être formé de petits brins de semence du 
fromager globuleux d’Aublet. L'animal les 
empile, et en fait une espèce de feutre, qui 
= est très efficace dans les hémorrhagies. 


LAN PUS PSS 7 


DES FOURMIS, 243 


DEUXIÈME SECTION. « 
" x 


Dos du corselet des ouvrières ayant des enfonce- 
mens qui le rendent sindeux; ailes supérieures 
des autres individus ayant une nervure récurrente 
et reçuespar la première cellule cubitale; la se - 
conde nervure récurrente nulle, 


La Fourmi fauve, Formica rufa. 


L'ouvrière a trois lignes de longueur; 
elle est noirâtre , avec une grande partie de 
sa tête; de son corselet, et l’évaille, fauves ; 
la tête"a trois petits yeux lisses égaux. La 
femelle est plus longue d’une ligne ; sa tête 
ressemble à celle de l’ouvrière ; on voit seu- 
lement du noir au milieu de sa partie anté- 
rieure près de la bouches l’écaille est grande 
et ovée; l'abdomen est court, presque glo- 
buleux, d’un noir un peu Hobbs avec le 
devant fauve; les ailes sont Efoméas4 ; les 
pates sont noirâtres , avec les cuisses rouges. 
Le mâle est à peu près de la méme longueur, 
mais plus étroit, avec l’écaille épaisse, pres- 
que carrée, et l'abdomen courbé à l'anus, 


Le 


0 ter, péliess 


244 HISTOIRE NATURELLE 


qui est noirâtre ; les ailes ont les nervures 
jaunûtres. 

La fourmi fauve est très commune dans 
toutes les parties de l’Europe; c’est elle 
qui élève dans les bois ces monticules re- 
marquables par leur grandeur et leur forme 
en cône très large à sa base. Cette habita- 
tion est composée de brins de chaume , de 
fragmens ligneux, de coquillages, de cail- 
loux ; et, comme elles ramassent souvent, 
dans le même dessein, des grains de blé, 
d’orgeet d'avoine, on a cru qu’elles faisaient 
des provisions pour l’hiver ; mais il est re- 
connu qu’elles ne s’en servent que pour leur 
habitation , car elles passent l'hiver engour- 
dies, ainsi que toutes les autres espèces, et 
ne prennent, par conséquent ; aucune nour- 
riture. Le monticule qu’elles forment ne pa- 
raît, au premier coup d'œil, qu’un amas 
confus de matériaux ; maïs, si on l’examine 
ävec attention , on voit qu’il est arrangé de 
manière à “éloigner les eaux de la fourmi- 
lière, à ménager la chaleur du soleil , ou la 
conserver dans l'intérieur du nid. T7assem- 
blage des divers élémens dont il est com- 


DIS FOURMIS, 245 
posé présente toujours l’aspect d’un dôme 
arrogdi , dont la base , souvent couverte de 

. terre et de petits cailloux, forme une zone 
au-dessus de laquelle s'élève, en pain de 
sucre , la partie ligneuse du bâtiment. Cette 
couverture cache la portion la plus consi- 
dérable de l'établissement, qui s'étend à 
des profondeurs assez grandes sous terre ; 
des avenues, ménagées soigneusement en 
forme Ménétats. conduisent du faîte dans 
l'intérieur de la fourmilière ; leur ouverture 
est plus ou moins large, et leur nombre 
varie selon que la population est plus ou 
moins étendue, Ces portes étaient néces- 
saires pour donner issue À l'immense quan- 
tité d’ouvrières dont ces peuplades sont com- 
posées; elles semblent préférer de vivre en 
pleinair , et ne pas craindre de faire en notre 
présence la plupart de leurs opérations, ce 
qui les distingue des autres espèces, qui se 
tiennent volontiers dansleurs nids, et à l’ abri®. % 
du soleil. Le soir, les fourmis fauves fev. 
ment peu à peu leurs portes ; elles apportent 
pour cela de petites poutres qu’elles placent 
auprès des galeries pour en diminuer l'entrée; 


4 
246 HISTOIRE NATURELLE 


elles les placent au-dessus de l'ouverture , et 
les enfoncent même quelquefois dans le 
massif du chaume en les croisant dans 
tous les sens; elles finissent par:y mettre 
d’autres parcelles plus petites, et parvien- 
nent à boucher entièrement le trou par où 
elles entraient. Le matin, elles défont ce 
qu’elles ont fait le soir ; il n’y a que les jours 
de pluie où elles ne: fassent pas cette opéra- 
tion ; elles se contentent alors de pratiquer 
une ouverture beaucoup plus petite, et, s’il 
vient à pleuvoir, elles la ferment tout-à- 
fait. 

« Pour concevoir , dit Hubert, la forma- 
tion du toit de chaume, voyons ce qu'était 
la fourmilière dans son origine : elle n’est, 
au commencement , qu’une cavité pratiquée 
dans la terre; une partie de ses habitans va 
* chercher aux environs des matériaux pro- 

pres à la construction de la charpente exté- 
“rieure; ils les disposent ensuite dans un 
ordre peu régulier , mais suffisant pour en 
recouvrir l’entrée; d’autres fourmis appor- 
tent de la terre qu’elles ont enlevée au fond 
du nid, dont elles creusent l’intérieur , et 


Le ot de ent à dite ‘0 dr, à be ce. Ré à 


DES FOURMIS. DTA 


cette terre, mélangée avec les brins de bois 
et de feuilles qui sont apportés à chaque 
instant, donne une certaine «consistance À 
l'édifice : il s’élève de jour en jour; cepen- 
dant les fourmis ont soin de laisser des es- 
paces vides pour ces galeries qui condui- 
sént au-dehors, et comme elles enlèvent, le 
matin, les barrières qu’elles ont posées à 
l'entrée du nid la veille, les conduits se 
conservent, tandis que le reste de la four- 
milière s'élève; elle prend déjà une forme 
bombée; mais on se tromperait si on la 
croyait massive. Ce toit devaitencore servir, 
sous un autre point de vue, à nos insectes ; 
il était destiné à contenir de nouveaux 
étages, et voici de quelle manière ils sont 
construits ( je puis en parler pour l'avoir vu 
à travers un carreau de verre que j'avais 
ajusté contre une fourmilière ) : c’est par 
excavation, en minant leur édifice même, 
qu’elles y pratiquent des salles très spacieu- 
ses, fort basses, à la vérité, et d’une con- 
struction grossière ; mais elles sont commodes 
pour l'usage auquel elles sont destinées, 
celui de pouvoir y déposer les nymphes et 


M : Can dé 2e do - CU Oh RS ÉD ES à 
248 HISTOIRE NATURELLE 


les larves à certaines heures du jour, Ces 
espaces vides communiquent entre eux par 
des galeries faites de la même manière. Si 
les matériaux du nid n'étaient qu’entrelacés 
les uns avec les autres, ils céderaient trop 
facilement aux efforts des fourmis, et tom- 
. beraiïent confusément lorsqu'elles porteraient 
atteinte à leur ordre primitif; mais la terre 
contenue entre les couches dont le mon- 
ticule est composé, étant délayée par l’eau 
des pluies, et durcie ensuite par le soleil, 
sert à lier ensemble toutes les parties de la 
fourmilière, de manière cependant à per- 
mettre aux fourmis d’en séparer quelques 
_ fragmens sans détruire le reste : d’ailleurs, 
elle s'oppose si bien à l'introduction de l’eau 
dans le nid, que je n’en ai jamais trouvé 
( même après les plus longues pluies ) l’in- 
térieur mouillé à plus d’un quart de pouce 
| de la surface, À moins que la fourmilière 
_ n'eût été dérangte, ou ne füt abandonnée 
_ par ses habitans. 
«Quant À la partie souterraine de la 
_.  fourmilière,onne peut la voirque lorsqu'elle 
_ est placée contre une pente; alors, en sou- 


+ 


DES FOURMIS. 249 
levant le monticule de chaume , on aperçoit 
toute la coupe intérieure du bâtiment : ces 
souterrains présentent des étages composés 
de loges creusées dans la terre, et pratiquées 
dans un sens horizontal. » 

Les fourmis fauves, et même plusieurs 
autres, espèces , changent quelquefois d’ha- 
bitation si leur fourmilière est mal ex- 
posée , ou trop près d’une fourmilière en- 
nemie ( c'est ce que Hubert appelle migra- 
tion); alors , la nation entière se transporte 
dans un autre lieu plus favorable, et y 
fonde une nouvelle cité. Dans cette occa- 
sion, les fourmis se portent les unes les 
autres; celles qui s’en vont de l’ancienne 
habitation à la nouvelle, emportent leurs 
compagnes, et celles qui reviennent sont 
toujours seules. Les premières qui ont formé 
le projet de changer de demeure, et qui 
ontdécouvertun endroit favorable, viennent 
engager les autres à les suivre; tantôt elles 
les invitent par de simples caresses, tantôt 
elles les enlèvent de force, et bientôt toute 
la fourmilière passe dans le nouveau local, 
ct y transporte ses œufs et ses larves. 


# 


CRE: 2 PP TI OU NO TO ENS © TA SOIT 


250 HISTOIRE NATURELLE 


Si les fourmis fauves aperçoivent un de 
leurs ennemi à une distance assez grande 
pour qu’elles ne puissent l’atteindre, elles 
se redressent sur leurs pieds de derrière , 
font passer leur abdomen entre leurs jambes, 
et lancent avec force des jets de leur acide; 
elles attaquent à force ouverte , en pinçant 
fortement avec leurs mandibules, et versant 
dans les plaies produites par leurs mor- 
sures , leur acide formique; elles y parvien- 
nent en courbant l’extrémité postérieure de 
leur abdomen , où il est contenu, et en l’ap- 
pliquant contre la partie offensée. Ces four- 
mis dissèquent en très peu de temps les ca- 
davres des divers animaux de petite taille 
qu’on leur présente. 

Hubert donne une description fort inté- 
ressante d’un combat entre deux fourmi- 
lières de la même espèce ; les deux armées 
s'étaient rencontrées à moitié chemin de leur 
habitation respective , c’est là que se don- 
nait la bataille. Elles occupaient un espace 
de deux ou trois pieds carrés, et il s’en ex- 
halait de toutes parts une odeur péné- 
trante: À l’approche de la nuit, après s'être 


w- 


ET, NON AN NT : ” tél ” NW 


. 3 
DES FOUKMIS. 251. 


bien battu, et avoir laissé un grand nom- 
bre de morts sur le lieu de la scène, chaque 
parti rentrait graduellement dans sa cité ; 
mais ils retournaient au combat avant l’au- 
rore, et le carnage recommençait avec-plus 
de fureur. Les fourmis sanguines, qui sont 
souvent attaquées par les fourmis fauves , 
se défendent en partisans, et font une pe- 
tite guerre fort amusante pour l’observa- 
teur. Les deux partis sè mettent en embus- 
cade, et fondent l’un sur l’autre À limpro- 
viste; si les fourmis sanguines se voient 
moins en force , elles réclament du secours, 
et aussitôt une armée sort de la cité, s'avance 
en masse , et enveloppe le peloton ennemi. 

Les fourmis fauves ont présenté à M. Hu- 
bert quelques faits singuliers, et dont le trait 
suivant retrace une sorte de scène gymnasti- 
que: S’étant approché un jour d’une deleurs 
habitations exposée au soleil, et abritée du 
côté du nord, il vit ces insectes amoncelés 
en grand nombre sur sa surface, et dans un 
mouvement général , qu’il compare à l’image 
d’un liquide en ébullition ; maïs, s'étant ap- 
pliqué à suivre séparément chaque fourmi, 


52 HISTOIRE NATURELLE 


il découvrit qu’elles jouaient entreelles, deux 
à deux, et se livraient des combats simulés, 
pareils à ceux dont les jeunes chiens nous 
donnent souvent le spectacle. 


La Fourmi sanguine, Formica 
sanguinea. 


L’ouvrière ressemble beaucoup à celle de 
l'espèce précédente; mais les antennes-et la 
tête sont entièrement d’un fauve sanguin; 
les‘yeux lisses sont apparens; le corselet et 
les pates sont fauves; l'abdomen est d’un 
noir cendré. Ces fourmis présentent un 
exemple des sociétés mixtes ; aussi allons- 
nous donner quelques détails particuliers 
sur leurs mœurs. 

Elles ont de grands rapports avec les 
fourmis fauves, tant par la forme et la cou- 
leur de leur corps, que par leur manière 
de bâtir. Nous allons laisser parler M. Hu- 
hert, qui donne des détails fort curieux. 

« Une des occupations ordinaires des four- 
missanguines, ést d'aller à la chasse de cer- 
tainés petites fourmis dont elles font leur 
pâture; elles ne sortent jamais seules, on 


Cite Li dde”: Li 4.1 
FD 27 + + LM 4 
DES FOURMIS. 253 
keswoit aller par petites troupes, s’'embus- 
quer près d’une fourmilière , attendre XPen- 
trée qu'il en sorte quelque individu, et 
s’élancer aussitôt pour s’en saisir, Les in- 
sectes qu'elles rencontrent sur leur chemin 
deviennent aussi leur proie quand elles peu- 
vent les arrêter. 

« On ne trouve point chez les sanguines, 
non plus que dans les autres fourmilièrés 
mixtes, de mâles et de femelles de fourmis 
auxiliaires. Les femelles sanguines sont fe- 
marquables par la vivacité de leurs couleurs. 
Les mâles ressemblent beaucoup à ceux de 
la fourmi noir-cendrée, si ce n’est qu’ils ont 
le corps plus allongé ; on les voit partir en* 
même temps que les femelles, et ils sont alors 
accompagnés d’un double cortége, comme 
ceux des fourmis légionnaires. 

« Tant de rapports entre ces fourmis me” 
faisaient soupçonner que les sanguines s’ ap- 
provisionnaient de noir-cendrées, de laméme 
manière que les roussâtres ; je les épiai de 
jour en jour; et je fus témoin de plusieurs 
expéditions. En voici un exemple qui pourra 
donner une juste idée de leur tactique. 

VII. 22 


+ # 


v 


"254 HISTOIRE NATURELLE 
«Le 15 juillet, à dix heures du matins la 
fourilière sanguine envoïe en avant une 
poignée de ses guerriers. Cette petite troupe 
marche à la hâte jusqu’à l’entée du nid des 
fourmis cendrées, situé à vingt pas de la 
fourmilière mixte : elle se disperse autour 
du nid. Les habitans aperçoivent ces étran- 
gères, sortent en foule pour les attaquer , 
et en emmènent plusieurs en captivité; mais 
les sanguines ne s’avancent plus , elles pa- 
raïissent attendre du secours; de moment 
en moment je vois arriver de petites bandes 
de ces insectes qui partent de la fourmilière 
sanguine, et viennent renforcer la première 
“brigade. Elles s’avancentalors unpeu davan- 
tage, et semblent risquer plus volontiers 
d'en venir aux prises; mais plus elles ap- 
rochent des assiégées, plus elles paraissent 
empressées à envoyer à leur nid destespèces 
de courriers. Ces fourmis, arrivant en hâte, 
jettent l'alarme dans la fourmilière mixte , 
et aussitôt un nouvel essaim part et marche 
à l’armée, Les sanguines ne se pressent point 
encore de chercher le combat ; elles nalar- 
ment les noir-cendrées que par leur seule 


DES FOURMIS. 255 


présence; celles-ci occupent un espace de 
deux pieds carrés au-devant de leur four- 
milière ; la plus grande partie de la nation 
est sortie pour attendre l’ennemi. 

« Tout: autour dw camp on commence 
à voir de fréquentes escarmouches, et ce sont 
toujours les assiégéesiqui attaquent les as- 
siégeantes. Le nombre des noir= cendrées, 
assez considérable, annonce une vigoureuse 
résistance; mais elles se défient de leurs 
forces , songent d’avance au salut des petits 
qui leur sont confiés, et nous montrent en 
cela un°des plus singuliers traits de pru- 
dence dont l’histoire des insectes nous four- 
nisse l'exemple : Long-temps ayant que» 
le succès puisse être douteux; elles appor- 
tent leurs nymphes au-dehors de leurs sou- 
terrains ; et les amoncellént. à l'entrée du 
nid; ducôté opposé à celüi d'où viennent les 
fourmis sanguines, afin de pouvoir les em- 
porter plus aisément si-le sort.des armes 
leur est contraire. Leurs jeunes femelles 
prennent la fuite du même côté; le danger 
s'approche; les sanguines se trouvant en 
force se jettent au milieu des noir-cendrées., 


256 HISTOIRE NATURELLE. A 


les attaquent sur tous les points , et parvien- 
nenË jusque sur le dôme de leur cité, Les 
noir:cendrées’, après une vive résistance, 
renoncent à la défendre, s'emparent des 
nymphes.qu'elles avaient rassemblées hors 
dela fourmilière , etrles emportent au loin. 
Les sanguines les poursuivent et cherchent 
à leur ravir leur trésor. Toutes les noires 
sont en fuite; cependant, on en voit quel- 
ques unes se jeter avec un véritable dé- 
voñment aumilieu des ennemis, et péné- 
trer dans les souterrains, dont elles sous- 
traient encore au pillage quelques larves 
qu’elles emportent à la hâte. 

” « Les fourmis sanguines pénètrent dans 
l'intérieur , s'emparent de toutes les. ave- 
nues, et paraissent s'établir dans le nid dé- 
vasté. De petites troupes arrivent alors de 
la fourmilière mixte, et l’on commence à 
enlever ce qui restesde larves et:de nym- 
phes. Il s'établit une chaîne continue d’une 
demeure à l’autre, et la journée se passe de 
cette manière. La nuit arrive avant qu’on ait 
transporté tout le butin : un bon nombre de 
sanguines restent dans la cité prise d'assaut, 


DES FOURMIS, | 257 


etle lendemain, à l’aube dou jour , elles re- 
commencent À dnstéher leur proie. Quand 
elles ont enlevé toutes les nymphes, elles 
se portent les unés les'autres dans la four- 
milière mixte, jusqu’à ce qu'il n’en reste 
plus qu'un petit nombre: Mais j'aperçois 
quelques couples aller dans un sens con- 
traire; leur nombre augmente, Une nou- 
velle résolution a säns ‘doute été prise chez 
ces insectes vraiment belliqueux; un recru- 
tement nombreux s'établit sur la fourmi- 
lière mixte, en faveur de la ville pillée, 
et celle-ci devient la cité sanguine. Tout y 
est transporté avec promptitude : nymphes, 
larves, mâles et femelles ; auxiliaires et ama- 
zones, tout ce que renfermait la fourmi- 
lière mixte est déposé dans l'habitation con- 
quise, et les fourmis sanguines renoncent 
pour jamais à leur ancienne patrie. Elles 
s’établissent en lieu et place dés noir-cen- 
drées, et là entreprennent de nouvelles in- 
Vasions. » 

Les fourmis sanguines ne font pas leurs 
expéditions contre les noir-cendrées aussi 
souvent que les roussâtres. Ellesn’attaquent 


258 HISTOIRE NATURELLE 
que cinq ou six fourmilières dans un été, 
et se contentent d’un certain nombre de 
“domestiques. M. Hubert remarque que les 
noir-cendrées , attaquées par les sanguines, 
se conduisent différemment que lorsqu'elles 
ont affaire aux fourmis roussâtres, L’impé- 
tuosité de ces dernières ne leur laisse pas le 
temps de se défendre ; la tactique des assié- 
geans étant différente, celles des assiégés 
devait l'être aussi; très carnassières et tou- 
jours occupées de chasse, les sanguines ne 
péuvent se passer de ces auxiliaires, car 
leurs petits se trouveraient alors sans dé- 
fense. Les fourmis mineuses enlevées de la 
fourmilière, dans leur jeune âge, leur ren- 
* dent aussi les mêmes services. Mais ce qui 
est bien remarquable , c’est qu’il existe des 
fourmilières sanguines, où l’on voit ces deux 
espèces d’auxiliaires. | 
Cette espèce se trouve en France, et est 
plus commune en Suisse. 


mit | LA 1 usb 2" 


DES FOURMIS, 259 


La Fourmi noir-cendrée, Formica 
Jusca. : 


L'ouvrière a un peu plus de deux lignes 
de long ; elle est d’un noir cendré, avec la 
partie inférieure des antenñes et les pates 
rougeâtres; la femelle est d’un noir très 
luisant, avec un léger reflet bronzé ; le mâle 
est noir, avec l’anus et les pates d’un rouge 
pâle. 

Cette espèce est une de celles qu'Hubert 
appelle fourmis maconnes ; les monticules 
qu'elle élève offrent toujours des murs épais 
formés d’une terre grossière et raboteuse, 
des étages. très prononcés, et de larges. 
votes soutenues par des piliers solides ; on 
n’y trouvera ni chemin, ni galeries propre- 
ment dites; mais des passages en forme 
d’œil-de-bœuf, partout de grands vides, 
de gros massifs de terre , et l’on remarquera 
que les fourmis ont conservé une certaine 
proportion entre les piliers et la largeur des 
voûtes auxquelles ils servent de support, 


260 HISTOIRE NATURELLR 
ET HS 
La Fourmi jaune, Formica-flava. 
Elle est d’un roux jaunâtre luisant; 
l’écaille est presque carrée, entière. 

Cette espèce choisit les parcelles les plus 
fines des arbres daus lesquels elle s’est 
établie, les mélange avec un peu de terre et 
des toiles d’araignée ; et forme une matière 
de la consistance du papièr mâché, et avec 
laquelle elle construit des étages entierstde 
son habitation ; elle sert de boussole aux 
habitans des Alpes, parce que son nid se 
dirige constamment de l’est à l’ouest; ces 
fourmilières sont très multiples et plus éle- 
vées dans les montagnes que partout ailleurs; 
_ leur sommét ét la” pente la plus rapide sont 
tournés au levant d’hiver ; mais elles vont en 
talus au côté opposé; ces faits ont été com- 
muniqués à Hubert par des montagnards; 
il les a vérifiés lui-même sur des milliers de 
ces fourmilières. 


La Fourmi brune, Formica brunnea. 


Elle est d’un brun rougeûtre clair; son 
abdomen est obscur; cette espèce, qui n’a 


CT » 4 cab tunhiriss TT ft CN MÉRS V2 + 


DES FOURMIS. 26x 
pas plus d’une ligne et demie de longueur , 
se fait remarquer par son industrie, et la 
perfection de son travail ; c’est une de celles 
qu'Hubert appelle fourmis maçonnes. 

Cette fourmi construit son nid par étages 
de quatre à cinq lignes de haut, dont les 
cloisons n’ont pas plus d’une demi-ligne 
d'épaisseur ; ces étages sont égaux, et sui- 
vent laspente de la fourmilière; il y en a 
quelquefois plus de vingt dans la partie su- 
périeure, et au moins autant au-dessous 
du sol. h 

M: Hubert a observé que cette espèce sort 
la nuit, et presque jamais le jour ; il les a 
vues travailler; pour cela elles choïsissent 
un temps de pluie; c'est alors qu'on peut 
les voir déployer tout leur talent pour lar- 
chitecture + alors elles apportententre leurs 
mandibules de petites parcelles de terre; 
elles les placent à l'endroit où elles doivent 
rester, les divisent, et les poussentavec leurs 
dents, de manière à remplir les plus petites 
inégalités de la muraïlle. Quand elles ont 
construit assez de ces petites murailles, et 
qu’elles ont à peu près quatre ou cinq lignes 


262 HISTOIRE NATURELLE 
de haut, elles les réunissent en faisant un 
plafond de forme cintrée; pour cela elles 
placent leurs parcelles de terre dans un sens 
horizontal, de manière à faire au-dessus 
de chaque mur un rebord qui, venant bien- 
tôt à rencontrer celui du mur opposé, forme 
le plafond; tout cela se fait toujours pendant 
la pluie, qui, au lieude diminuer la cohésion 
des particules de terre, semble l’augmenter 
encore; ces parcelles de terre mouillée, 
qui ne tiennent encore que par juxta- 
position, sont liées étroitement; les inéga- 
lités disparaissent, le dessus de ces étages , 
composé de tant de pièces rapportées, ne 
présente plus qu’une seule couche de terre 
bien unie, et n’a besoin pour se consolider 
entièrement; que de la chaleur du soleil. 
Cette espèce est assez commune; elle 
place sa fourmilière dans les herbes, sur le 
bord des sentiers, 


é 
- 
°. 

+ 
Ë 


» 
DES MUTILLES. 263 


XXV: GENRE. 
MUTILLE. 


Caractères génériques. Antennes courtes, filiformes; 
premier article long. — Quatre antennules iné- 
gales; les antérieures un peu plus longues, com- 
posées de six articles ; dont le troïsième conique, 
assez gros , le dernier cylindrique, assez gros; les 
postérieures composées de quatre articles moni- 
liformes, dont le dernier plus petit. — Aïgaillon 
simple et très fort caché dans l’abdomen.— Trois 
petits yeux lisses. 


Les mutilles ont deux antennes filifor- 
mes, point coudées; les antennules posté- 
rieures à quatre articles les distinguent des 
tiphies, qui en ont cinq à ces mêmes anten- 
nules. 

Ils ont souvent quatre ailes membra- 
neuses,.veinées, inégales; quelquefois ils 
n’en ont point, L’abdomen est uni au cor- 
selet par un pédicule court, qui n’est jamais 
chargé d’écaille, caractère qui peut servir 
à les distinguer des fourmis. 

Les antennes sont insérées au milieu du 

- front, et rapprochées, 


v# : + F 
La 
264 HISTOIRE NADURELLE 


La lèvre supérieure est avancée , de con- 
‘ sistance cornée, presque conique; les anten- 
nules sont insérées sur son extrémité. 

La tête est petite, ronde,. penchée ; 
l'abdomen sessile renferme un aïguillon pi- 
quant. 
| Les tarses sont composés de cinq ar- 
ticles. 

Le corps des mutilles est toujours velu. 

La France ne produit que peu d'espèces 
de ce genre. Faute d'observations, nous ne 
pouvons rien dire de leurs mœurs ; tout ce 


qu’on sait c’est qu'ils se trouvent courant 

dans les sablonnières, où cachés sous des: 

pierres, où même sur les fleurs. Ces der- 
e niers sont les individus ailés : ceux-ci sont 

mâles ou femelles. Plusieurs auteurs ont re- 
"FM lesmutilles aptères comme des mulets. 
. Cetteassertionaété contredite par d’autres. 

On n’en trouve que trois ou quatre es- 
pèces aux environs de Paris; mais les par- 
ties chaudes des cinq parties du monde en 
produisent beaucoup d’espèces qui atteignent 
d'assez grandes tailles. 


EL ÉCÉ UL AÉ. ZES Lis : 


A D, Pt 
? DES MUTILLES.. | 265 
La Mutille européènne, Mutilla 
europæa. à ù 


La tête de cettemutille est noire; son'cor- 
selet roux, un peu noïr dans sa partie an- 
térieure; l'abdomen est noir, mais sa base 
et le bord des segmens sont d’un blanc bril- 
lant, imitant presque l'or. . 

Le mâle est d’un noir bleuâtre , avec le 
dessus du corselet rouge ; l'abdomen a trois 
bandes blanches , dont la dernière plus rap- 
prochée. 


La Mutille mélanocéphale, Mutilla 


melanocephala. 


Elle est plus petite que la précédente ; les L 
antennes sont fauves ; la tête est un peu ve- 
lue, pointillée, noire, ou d’un brun plus - 
ou moins foncé ; le corselet est fauve; l’'ab= , 
domen a le premier et le second anneau 
fauves, etles autres noirs ; le second anneau 
n’est pas si grand que dans les autres espèces; 
les pates sont fauves. 

Elle est rare aux environs de Paris. 

ir. 23 


+ 


266 HISTOIRE NATURELLE 


La Mutille rufipède, Mutilla rufipes. 


Elle est encore plus petite que la précé- 
dénte; les antennes sont fauves, avec l’extré- 
mité noirâtre ; la tête est velue, pointillée, 
noire ; le corselet est peu velu, pointillé, 
fauve; l'abdomen est noir, avec le premier 
anneau fauve, et quelquefois noir; le se- 
cond’ a un point blanc, et le bord cilié de 
blanc; le ‘troisième a une bande blanche; 
leswpates sont fauves. 

Commune aux environs de Paris. 


DES FRELONS. 267 


XXVI GENRE. 


FRELON. 
G. Crabron. LarTR. 


Caractères génériques. Antennes filiformes, guère 
plus longues que la tête, composées de douze ar- 
ticles. — Mandibules arquées, minces , cornées, 
très dures, terminées par trois dents. — Trompe 
très courte, presque cornée, composée de trois 
pièces. — Quatre antennules; les antérieures 
composées de six articles, dont les.trois premiers 
plus gros, presque rhomboïdaux; les postérieures 
de quatre articles. — Trois petits yeux lisses. — 
Corps ras. $ 


Lxs frelons ont beaucoup de ressemblance 
avec les guêpes ; mais les mandibules des 
guépes sont larges, voütées, obliquement 
tronquées et multidentées ; celles des frelons 
sont , au contraire, minces et terminées par 
trois dents inégales; les ailes supérieures 
des guépes sont pliées , et celles des frelons 
sont étendues. : 

Les antennes des frelons sont filiformes , 
guère plus longues que la tête, et compo- 
sées de douze articles, dont le premier est 


268 HISTOIRE NATURELLE 


cylindrique, un peu plus gros et un peu 
plus long que les autres ; le second est très 
court ; le troisième est allongé, un peu plus 
mince à sa base; les autres sont cylindriques, 
égaux, peu distincts; elles sont rapprochées 
et insérées à la partie antérieure de la tête. 

La bouche est composée d’une lèvre su- 
"périeure coriace, courte, très large, de deux 
mandibules, d’une trompe, et de quatre 
antennules. 

La tête est ordinairement grosse , un peu 
plus large que le corselet auquel elle est 
unie par un cou très mince; les yeux sont 
grands, ovales, peu saillans; au sommet 
dela tête, on aperçoittrois petits yeux lisses, 
arrondis , saillans , disposés en triangle. 

Le corselet est convexe, assez gros, 
simple. 

L'abdomen est ovale, plus ou moins 
oblong, et composé de six anneaux distincts ; 
il est armé d’un aiguillon fort, semblable à 
celui d’une guêpe ; l’insecte le fait sortir à 
son gré; la piqûre en est douloureuse 
comme celle des abeilles et des guépes. 

Les ailes sont membraneuses, veinées , 


DES FRELONS. * 269 
inégales ; les supérieures sont étendues, une 
fois plus longues que les inférieures, et dé- 
passent un peu l’abdomen ; elles ont leur 
attache à la partie latérale du corselet: 

Les pates sont de longueur moyenne; les 
cuisses simples ; les tarses à cinq articles. 


 . 


Le Frelon criblé, Crabro cribrarius. 


Ce frelon a les antennes noires, un peu 
renflées , et comprimées au milieu; avec le 
premier article aminei à sa base; la tête est 
noire, un peu velue, avec un léger duvet 
argenté sur la lèvre supérieure ; le corselet 
noir a deux lignes interrompues , l’une à sa 
partie antérieure, l’autre sur l’écusson ; l’ab- 
domenest oblong, noir, luisant ; le premier 
anneau porte une bande jaune , ‘ainsi que 
les deux derniers ; le second, deux taches 
presqueréunies, et le troisième deux taches 
transversales de même couleur. 

Les pates sont d’un jaune fauve et les 
cuisses noires; la jambe des pates anté- 
rieures est large, difforme, terminée par 
une lame écailleuse, concave, et parsemée 


270 HISTOIRE NATURELLE 

de petits pointsitransparens, et qui au pre- 
mier coup d'œil paraissent comme percés. 
M. Rolander/les croyant réellement percés, 
a supposé que c'est dans la concavité de ces 
lames que ce frelon, qu'il appelle , ainsi que 
Degéer, guépe-ichneumon, rassemble les 
poussières des étamines des fleurs de toute 
espèce, et que ces poussières leur ser- 
vent de nourriture. Il dit avoir vu le plus 
fin de cette poussière farineuse ‘passer par 
les’ petits trous , et tomber sur les pistils des 
fleurs en forme de petite pluie pour les fé- 
conder apparemment. Cette hypothèse pour- 
rait paraître plausible aux amateurs des 
causes finales, qui, sans consulter la nature, 
veulent assigner un üsage à tout, et expli- 
quent ses intentions dans leur cabinet. Ce 
bel édifice s'écroule par sa base; les lames 
demotre frelon ne sont point percées, mais 
parsemées de points transparens, ainsi 
qu’un examen moins superficiel en a con- 
vaincu Degéer, qui soupçonne qu’elles ont 
été données au mâle pour tenir sa femelle 
plus étroitement embrassée au moment de 
l’accouplement. 


DES FRELONS. 297 


Quoïque les tarses de ses pates antérieures 
aient le même nombre de pièces que ceux 
des postérieures, leur singulière conforma- 
tion les fait paraître presque monstrueux ; 
ils sont comme comprimés ou raccourcis, 
et gagnent en largeur ce que ceux des au- 
tres ont en longueur; la première partie 
de ce tarse singulier, la plus longue de 
toutes, est torse ou courbée ; les trois sui- 
vantes sont de la même largeur que la pré- 
cédente l’est à son extrémité ; elles sont 
courtes, et aboutissent vers un des côtés en 
pointe assez longue; la cinquième et der- 
nière partie à une figure très irrégulière “à 
c’est à elle que sont attachés les deux ero- 
chets, et les deux pelotes qui sont comme la 
plante du tarse : l’un des deux crochets est 
fort court ; mais l’autre est long et comme 
difforme; ces pates antérieures sont très 
garnies de poils, excepté la lame écailleuse. 
Cet insecte a environ sept lignes de long. 


272 HISTOIRE NATURELLE 


Le Frelon à bouclier, Crabro cly- 
peatus. 


Cet insecte n’a guère que quatre lignes de 
long; les antennes sont noires, avec un peu 
de jaune au-dessous du premier article; la 
tête estnoire, avec un léger duvet argenté 
sur la dèvre supérieure; elle n’est pas si 
grande que dans les espèces précédentes, et 
se termine en cône postérieurement; le 
corselet est noir, légèrement velu, marqué 
d’un petit point jaune de chaque côté au- 
devant des'ailes; l’abdomen est noir, avec 
une tache transversalehde chaque côté sur 
les trois premiers anneaux (quelquefois ces 
taches forment des bandes par leur réu- 
nion), et une bande sur chacun des autres; 
ces taches et ces bandes sont jaunes; les 
pates sont jaunes, avec un peu de noir sur 
les cuisses, et les tarses bruns; la jambe 
antérieure est un peu dilatée, ciliée et ter- 
minée par une lame écailleuse concave , 
d’un jaune blanchâtre , sans points transpa- 
rens; cette pièce, dans cette espèce, n’est 


DES FRELONS. 273 


que la dilatation du premier article du 
tarse. 


& 


Le Frelon trident, Crabro tridens. 


La forme de ce frelon est absolument dif- 
férente de celle des précédens ; il n’a que 
deux lignes de long ; mais il est plus large 
en proportion que ceux que nous venons 
de décrire ; sa tête est noire; sa lèvre est 
bordée d’un léger duvet argenté ; le corse- 
let est noir, sans tache. L’écusson est armé 
de deux petites dents de couleur jaune, et 
en dessous d’une pointe plus grande, cana=. 
liculée, noire ; l'abdomen est noir, glabre; 
tous les anneaux ont de chaque côté une 
tache jaune; les pates sont rousses, et les 
cuisses noires. 

Il se trouve au midi de l’Europe. 


Le Frelon souterrain, Crabro sub- 
terraneus. 


Il a cinq lignes de long; la tête est noire, 
avec la lèvre supérieure argentée ; les an- 
tennes sont noires, avec le premier article 


274 HISTOIRE NATURELLE 


jaune en dessous ; le corselet est noir, avec 
un petit point sous les ailes, et deux à la 
place de l’écusson; l'abdomen est glabre , 
noir, luisant , avec cinq taches oblongues , 
jaunes, et placées de chaque côté, dont les 
deux dernières sont réunies; pates ferru- 
gineuses ; ailes légèrement obscures. 
Commun aux environs de Paris. 


XXVII GENRE. 
GUÊPE. 


Caractères génériques. Antennes filiformes , presque 
coudées; premier article allongé, cylindrique. — 
Mandibules cornées, dentées, — Trompe courte, 
formée de trois pièces;/celle da milieu, trifide; 
division intermédiaire large , échancrée. — Quatre 
antennules filiformes ; dernier article plus mince. 
— Yeux entaillés. — Aïles plissées. — Trois pe- , 
tits yeux lisses. — Corps ras. 


Les guépes diffèrent des abeilles par le 
corps moins velu, et la trompe très courte ; 
des bembex, par la lèvre supérieure plus 
courte, et les mandibules larges et dentées. 

Les frelons se distinguent des guépes par 
leurs mandibules minces, la tête ordinai- 


DES GUÈPES. 275 
rement grosse, et par les trois premiers ar- 
ticles des antennules Mag ge etpresque rhom- 
boïdaux. 

Les antennes sont filiformes, composées 
de douze articles; elles sont insérées à la 
partie antérieure de la tête au-devant des 
yeux. | 
La bouche est composée d’une 1ère su- 
périeure coriacée, assez grande, arrondie , 
ou un peu anguleuse et ciliée À sa partie 
antérieure ; de deux mandibules, d’une 
trompe courte, de deux antennules anté- 
rieures , composées de six articles, et de 
deux postérieures , composées de quatre. 

La tête est à peu près de la largeur du 
corselet , et unie à celui-ci par un cou très 
mince; les yeux oblongs, peu saillans, un 
peu entaillés à leur partie antérieure; la 
partie supérieure porte trois petits yeux 
lisses disposés en triangle. 

Le corselet proprement dit, désigné par 
quelques entomologistes sous le nom d’épau- 
lettes est très court, et s’élargit un peu sur 
les côtés ; le dos est un peu convexe, de 
forme ovale. 


276 HISTOIRE NATURELLE 


” L'abdomen est oblongs il renferme un 
aiguillon caché, très piquant; le pédicule 
qui unit l'abdomen au éorselet est quelque- 
fois court quelquefois allongé en forme de 
poire: 

Les pates sont minces , assez longues ; la 
hanche > grande; les jambes antérieures ter- 
minées par une épine droite, etrles autres 
par deux. 

Les ailes sont membraneuses, veinées , 
desgrandeur inégale; les supérieures sont 
plissées longitudinalement dans leur milieu. 

Quelques guépes , ainsi que les fourmis 
et les abeilles, vivent en société. Compara- 
bles à celles-ci par leur industrie, elles se 
rapprochent des autres par leurs ravages. 
L’abeille , continuellement occupée de ses 
travaux, ne vit aux dépens d’aucuneêtre, et 
l'aiguillon terrible dont elle est armée, n’est 
pour elle qu’une arme défensive et pro- 
tectrice de ses foyers. La guêpe, au con- 
traire, est féroce, et ne vit que de rapines 
et de brigandages. Son aiguillon est une 
arme offensive, un moyen d’opprimer les 
animaux plus faibles qu’elle. Cependant elle 


DES GUÈPES. 277 
n’enest pas môïfs policée, ni moins remplie 
de tendresse pourses petits. Réunies dans'üne. 
seule république , les guêpes n’épargneït ni 
soins, ni travaux ; les ouvrages qu’elles exé-- 
cutent font honneur à leur patience, à leur 
adresse, à leur industrie. Elles ont leur 
architecture partieulière , et vraiment digne 
d’admiration. 

D'autres espèces sont solitaires, et exé- 
cutentégalement d’admirables travaux, mais 
plus difficiles à remarquer, parce qu'elles 
vivent isolées : elles ont moins excité la cu 
riosité de l’observateur, et les habitudes 
de plusieùrs sont restées inconnues, 

Nous allons passer à la description de 


quelques espèces de ce genre nombreux. 
L 


La Guépelliserée , Vespa limbata. 
G. Philanthe (Philanthus apivorus). Lawr. 


Il est long de plus de six lignes ; la tête 
est noire, avec une tache frontale échan- 
crée, et les parties de la bouche jaunes; le 
corselet est tacheté; l'abdomen est jaune , 
le bord antérieur des premiers anneaux a 

VI, 24 


278 HISTOIRE NATURELLE 
ue bande noire, triangulaire, et placée 
en dessus. 

: On le trouve aux environs de Paris. 

M. Latreille, dans un Mémoire lu à l’Ix- 
stitut, a décrit les mœurs de cette espèce; 
elles sont si remarquables, que nous don- 
nerons ici-un court extrait de ce Mémoire, 
en regrettant de ne pouvoir laisser, parler 
ce savant. 

Ce philanthe place son nid dans la terre; 
il choisit un terrain d’une nature légère, et 
exposé au levant; il creuse un trou de 
plus d’un pied de profondeur, presque ho- 
rizontal; c’est avec ses mandibules que ce 
philanthe détache la terre ; il transporte 
chaque parcelle hors de l'habitation, et 
quand il est parvenu à creuser un trou suf- 
fisamment profond, il va rôder sur les 
fleurs des environs pour tâcher d’attraper 
une abeille; aussitôt qu'il en voit une, il se 
jette sur elle avec la plus vive impétuosité ; 
celle-ci résiste, mais elle est bientôt piquée 
par son adversaire, qui l’a saisie au corselct, 
et cherche à la renverser sur le dos; quand 
il y est parvenu , il enfonce son dard à la 


DES GUÈPES. 279 


jointure du corselet avec l'abdomen , où à 
celle de la tête avec le corselet ; l’'abéïlle 
tombe bientôt en convulsions ét meurt. 
M. Latreille a vu le philanthe sucer le miel 
attaché à la trompe d’une abeille qui l’éten= 
dait en mourant : enfin, il saisit sa proie 
entre ses pates , l'emporte dans son nid , et 
la dépose au fond de sa galerie. Un œuf est 
déposé sur cé cadavre, et la larve qui en 
sortira doit s’en nourrir. 


La Guépe rétréeie, Vespa coarctata. 
G. Eumène. Lan. 


Cette guëpe a la tête noire , avec un point 
jaune à la base des antennes , et une tache 
de même couleur à la base de la lèvre su- 
périeure ; les antennes soht noires, jaunes à 
la base; le corselet est noir, avec des taches 
jaunes antérieurement, postérieurement et 
sur les côtés ; le pétiole est allongé, noir, 
avec deux points, et l'extrémité jaune ; le 
premier anneau dé l'abdomen est très grand, 
renflé, noir, avec une bande oblique jaune 
de chaque côté; les autres anneaux sont 


: 


280 HISTOIRE NATURELLE 


très courts , bordés de jauné; les pates sont 
F4 avec un peu de noir aux cuisses; les 
ailes sont noirâtres, avec un point jaune 
à leur base. 

Elle habite l’Europe : on la trouve aux 
environs de Paris. 

Cette guëpe construit sur les tiges des 
plantes, principalement sur les bruyères, 
de petit nids sphériques, avec de la terre : 
elle remplit de miel chacun de’ces nids par 
une ouverture qu’elle laisse en haut; elle y 
dépose un œuf, et le referme ensuite; la 
larve qui sort de l'œuf se nourrit avec le 
miel, et ne sort de son nid que sous la forme 
d’insecte parfait, par une ouverture qu’elle 
fait àœun des côtés. 


La Guépe mexicaine , Vespa mexicana. 
G. Eumène. Lame. 


Cette espèce a près d’un pouce de lon- 
gueur; sa tête est noire , large , aplatie en 
devant : on y voit en dessous, dans une 
cavité; deux petites pièces écailleuses, re- 
courbées , terminées en pointe, dont l’ex- 


LÉ ML. “tds d Rs n.. de he... 
bad’ p "*. 
a 


LES GUÈPES. # ati 


trémité test Drivers le corselét, e ui 
forment à l’insecte une espèce de trom 
Les antennes sont noires, dela longueur du 
corselet; le corselet est noir en dessus, uns 
peu roux sur les côtés; le pétiole est al. 
longé, renflé, d’un brun rougeâtre ; lab 
domen est noir, allongé, conique; le pre- 
nier anneau est très grand ; les pates sont 
noires ; les ailes d’un bleu foncé noirâtre. 
On la trouve à Cayenne et à Surinam. 


» # 
La Guëpe échancrée, Y’espa emar- 
ginala. 


G. Eumène. Lave. 


Cette guépe, ainsi que la précédente, dif- 
fère un peu, pour la forme, des guépes 
d'Europe, surtout par la longueur du pé- 
tiole; elle a les antennes ferrugineuses , 
noirâtres à l'extrémité, de la longueur du 
corselet; la tête d’un brun noirâtre, la 
lèvre supérieure ferrugineuse , le corselet 
d'un brun ferrugineux, l'abdomen brun , 
allongé, conique, le premier anneau beau 
coup plus grand que les autres ; le pétiole 


fre 


a $ msrorné NATURELLE | 
Tong , arqué,.un peu renflé à l'extrémité ; 
il a en dessous ,-vers son milieu , deux pe- 
tites pointes peu visibles; les aïles sont d’un 

- brun violet. 

_… Onla trouve dans l'Amérique méridio- 

- male et à Surinam. 


La Guëpe Frelon, Fespa Crabro. 


Cette espèce a les antennes obscures, avec 
la base ferrugineuse ; la tête est ferrugineuse, 
pubescenté, et la lèvre supérieure jaune ; 
les mandibules sont jaunes, avec l’extré- 
mité noire; le corselet est noir, pubescent ; 
sa partie antérieure, et quelquefois l’écus- 
son, sont d’un brun ferrugineux; le pre- 
mier anneau de l’abdomen est noir , avec la 
base ferrugineuse, et le bord légèrement 
jaune; les autres anneaux sont noirs à la 
base, jaunes à l'extrémité, avec un petit 
point noir latéral sur chaque anneau : ce 
point est contigu au noir de la base ; les 
pates sont d’un brun ferrugineux; les ailes 
ont une légère teinte roussätre. 

Cette espèce vit en société; elle fait son 


Insectes. PE 46. 
FRE É : 


À 
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Baraband del. 3 iles ii 
1. M. Luropcen. 4.G. Frelon F, 
2.F. Crible’, 4. G. Commune. 


5.G. Frelon M. 


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DES GUÊPES. 263 "07 


nid dans le creux dés vieux troncs d'arbre. 
Ces sociétés sont composées d'individus de 
trois sortes : les mâles , les femelles, et les 
ouvrières. Ces dernières ont environ un 
pouce de long; la taille desmâles et des 
femelles va jusqu’à quatorze lignes. » 
Le nid de cette espèce de guêpes est cou- 
leur feuille-morte, ou plutôt de cette couleur 
jaunâtre qu'ont assez souvent les poudres 
d’un bois à moitié pourri. Dans différentes 
saisons de l’année, on trouve quelquefois 
une grande quantité de menues branches 
de frêne dépouillées en partie de leur 
écorce, et l’on enteñd voltiger autour un 
grand nombre de nos frelons , probablement 
occupés à récolter les filamens de cette 
écorce, qui, broyés par leurs mandibules, 
fourmiront la matière la plus propre à la n 
construction de leur nid. Ils y récoltent en 
même temps une liqueur claire et sucrée qui & 
s'écoule des endroits nouvellement rongés. 
Nos frelons semblent savoir que la ma- 
tière dont leur guëpier doit être fait, ne 
résistérait pas à de grandes pluies à de 
forts vents. Ils le construisent à l'abri, soit 


28% HISTOIRE NATURELLE 

dans des greniers , soit dans les trous de 
quelque vieux mur, mais le plus souvent 
dans de gros troncs d’arbre dont l’intérieur 
est pourri; là, ils parviennent sans peine 
à faire une grande cavité, en détachant des 
fragmens d’un bois prêt à tomber en pous- 
sière, Le trou, qui est la porte pour y ar- 
river, n’a souvent qu'un pouce de diamètre, 
ebme laisse pénétrer, par conséquent, que 
très peu d'humidité. 

La grosseur des frelons leur donne une 
grande supériorité sur la plupart des mou- 
ches qu'ils attaquent; «mais ce qui sauve 
beaucoup de celles-ci, et en particulier beau- 
coup d’abeilles , c’est que le vol des frelons 
est un peu lourd; il est accompagné d’un 
bourdonnement qui doit également avertir 
leur victime de les fuir. Les frelons sont 
armés d’un aiguillon très fort ; leur piqüre 
esb très douloureuse, mais ils ne se jettent 
sur l’homme que lorsqu'ils sont inquiétés. 
… Revenons à la description de leur nid, 
en le prenant dès son origine , pour mieux 
fairessentir son développement et sa con- 
struction. Au printemps, les femelles fre- 


DES GUÈPES: 285 
lons, rahimées par la chaleur de, l’atmo- 
sphère’, sortent de leur retraite, et se met- 
tent en quête d’un endroit convenable pour 
y établir leur guépier. Ce lieu trouvé ; elles 
y posent les prefhiers fondemens de l’édi- 
fice, c’est-à-dire un prémier pilier gros et 
solide , de même matière que le reste , maïs 
beaucoup plus dur et beaucoup plus com- 
pacte. Il est toujours placé dans la partie 
la plus élevée de la voûte. À ce pilier, 
elles attachent une espèce de calotte de 
méme matière, qui doit servir de toit à 
Védifice, et empêcher que les ordures qui 
se détacheraient de la voûte ne tombent sur 
les gâteaux. C’est en dedans de cette voûte 
qu elles posent un deuxième pilier, qui 
n’est en quelque sorte que la continuation 
du premier; c'est celui qui va servir de 
base au premier yâteau de cellules. Ces. 
cellules sont hexagones, et leur ouverture 
est tournée par.en bas. La mère en con- 
struit quelques unes. Comme on ne trouve” 
au printemps. que des femelles, il est pro- 
bable qu’elles ont été fécondées avant Mhi- 
ver. Ce qui est certain, c’est que nos fc- 


286 HISTOIRE NATURELLE 


melles commencent leur ponte dès qu’elles 
ont quelques cellules à leur disposition. : 
Bientôt ces œufs éclosent, et la mère nourrit 
de sa chasse les petits vers qui en sortent. 
Ceux-ci , après avoir pris tout leur accrois- 
sement, tapissent de soie leur cellule lors- 
qu'ils se disposent à la transformation , et 
la bouchent d’un couvercle de soie C’est 
sous cette enveloppe qu'ils subissent leur 
métamorphose ; ils en sôrtent insectes par- 
faits, c’est-à-dire avec leurs ailes dévelop- 
pées. Ces premiers nés sont dé ceux que 
Réaumur et les añiciens auteurs ont règardés 
comme privés de sexe, et qu'ils ont appelés 
mulets. L’analogie nous porte à croire que 
ce sont des femelles dépourvues d’ovaires. 
Au reste, ce sont les ouvrières, c’est-à- 
dire ce sont elles qui s’occuperont doré- 
navant des travaux de construction , et de 
lanourriture des vers. La femelle continuant 
à pondre, la. famille s’'augmente, et le loge- 
- ment se trouvant trop petit, nécessite des 
augmentations; les ouvrières augmentent 
l'enveloppe et le gâteau qu'il contenait ; et 
quand celui-ci estpoussé jusqu'au bord 


DES GUÈPES. 287 
‘dé cetté enveloppe, un autre est sur:le- 
champ commencé. Ce dernier est attaché 
au premier par, un ou plusieurs piliers. 
Bientôtl’enveloppe est achevée, de nouveaux 
gâteaux la remplissent ; alors il nè reste 
plus qu'une ouverture au nid qui correspond 
à l'ouverture du trou où il est logé. Ce n’est 
que dans le mois de septembre, et dans le 
commencement d’octobre, que de jeunes 
femelles et de jeunes mâles quittent leur 
état de nymphe. Toutes les guépes de ces 
deux sortes, et celles de la troisième, c’est- 
à-dire les ouvrières, qui ne pourraient pa- 
raître hors des gâteaux que vers le com- 
mencement de novembre, sont ordinaire- 
ment mises à mort avant la fin d'octobre, 
surtout si les froids ont commencé à se faire 
sentir. 

Les frelons, au lieu de continuer à nour- 
rir les vers, ne s'occupent alors qu’à les ar- 
racher de leurs cellules, et à les jetemhor 
du nid; ils ne font pas plus de grâce ail 
uymphes. Les mulets et les mâles périssent 
eux-mêmes journellement; de sorte qu'X la 
fin de l'hiver, il ne reste que des femelles 


288 HISTOIRE NATURELLE 
qui ont passé celte saison ego dede fond 
du nid. 

On rencontre en automme les mâles et jé 
femelles «sur les arbres d’où découlent des 
liqueurs acides et sacrées. Elles né retour- 
nent plus au nid, et périssent misérablement 
aux premiers froids. Ainsi finit cette société, 
dont la plus grande population n'excède 
guère cent à cent cinquante individus. 


La Guépe commune, Vespa vulgaris. 


La femelle a de huit à neuf lignes de 
long; les antennes sont noires ; la tête est 
noire, avec le tour” des yeux et la lèvre su- 
périeure d’un jaune obscur; les mandibules 
sont jaunes’, avec l’extrémité noire; le cor- 
selet est noir, légèrement pubescent, avec 
une tache oblongue irrégulière, de chaque 
côté, au-devant des ailes; un point calleux 
à-l’origine des ailes, une tache au-dessous 

*. quatre sur l'écusson , jaunes ; l'abdomen 
est jaune, avec la base des anneaux noire, 
et un point noir distinct de chaque côté ; le 
premier a une tache noire en losange au 


LE 


\ 


DES GUÉÊPES. 28ÿ 


_ milieu ; et les aûtres ont une tache presque 
triangulaire, contiguë au noir de la base; 
les pates sont d’un jaune fauve, avec la base 
des cuisses noire, 

Le mâle est plus petit, et a une forme 
plus allongée; les antennes sont plus longues 
que le corselet, et le point latéral de chaque 
anneau est souvent réuni au noir de la base. 

Cette espèce, qui fait son nid sous terre, 
n’est pas seulement avide de fruits, elle est 
au rang des insectes les plus carnassiers, 
Elle fait une guerre cruelle À toutes les au- 
tres mouches ; mais surtout à celles du genre 
des abeilles. 

* On les voit souvent auprès des ruches se 
saisir d’une abeille prête à rentrer dans son 
habitation, et la porter par terre. Elle sé- 
pare ensuite l'abdomen du corselet, et em- 
porte celui-là apparemment comme plus 
succulent, en ce qu’il renferme le miel*et 


les intestins. 

Elles ne se contentent pas &u petit gibier 
que leur chasse leur peut fournir,nosviandes 
les plus solides sont à leur goût; elles savent 
trouver les lieux où nous allons les prendre; 

VI. 25 


h. 


a j Libé ed rt be. à à fc fief “hé ST SL Sd de né à: 


290 HISTOIRE NATURELLE 


elles se rendent en grand nombre dans les 
boutiques des bouchers de campagne. Là, 
chacune s'attache à la pièce qu’elle aime le 
mieux : après s’en être rassasiée, elle en 
coupe ordinairement un morceau pour le 
porter à son guépier. Ce morceau surpasse 
souvent en volume la moitié du corps de la 
mouche. Les bouchers sont obligés de leur 
abandonner un morceau de rate ou de foie, 
pour les empêcher de gâter leurs autres 
viandes. 

Après avoir pris un bon repas , et s'être 
chargées de proie, élles retournent à leur 
nid. La porte est un conduit d'environ un 
pouce de diamètre ; il va rarement en ligne 
droite, ct n’est pas toujours de la même 
longueur, parce que le guépier est tantôt 

… plus près, tantôt plus loin de la surface 
de la terre. Il est rare cependant de trou- 
ver des guépiers dont la partie supérieure 

m soit à moins d’un demi-pied; les bords 
extérieurs de ce conduit sont comme la- 
bourés. 

Ce’ trou est le chemin qui conduit à une 
petite ville souterraine, qni n’est pas bâtie 


a 


ES TO CT NE LS ST ESS ST à, = 


DES GUÉPES. 291 
dans le goût des nôtres , mais qui a sa sy- 
métrie : les rues et les logemens y sont régu- 
lièrement distribués; elle est entourée de 
murs de tous côtés, murs de papier, mais 
forts du reste pour les usages auxquels ils 
sont destinés, et qui ont quelquefois plus 
d’un pouce et demi d’épaisseur, 

Cette enveloppe extérieure a différentes 
figures et grandeurs, selon celle des ouvrages 
qu'elle renferme; leur figure extérieure la 
plus commune cest celle d’une boule de 
treize à quatorze pouces de diamètre. 

C’est un papier, avons-nous dit, qui sert 
à la former : et en effet, l’on connaît peu de 
matière à quoi elle ressemble davantage, 
quoique ce papier diffère un peu du nôtre, 
Sa couleur dominante est un gris cendré, 
mais de diverses nuances ; quelquefois elle 
tire sur le blanc, et quelquefois elle ap- 
proche du brun ou du jaunâtre; ces cou- 
leurs, disposées par bandes, donnent une 
singularité à tout l'extérieur du guépier. M 

La surface de cette boule creuse est ra= 
boteuse; elle paraît faite de coquilles bi- 
valves, cimentées les unes sur les autres, 


métis ni db, Dh cnd à … : D... se" ON Si) SEE LL à à 


292 HISTOIRE NATURELLE 
de façon qu'on ne voit qué leur extérieur 
convexe. 

Quand cette enveloppe est finie, elle a au 
moins deux portes qui ne sont que deux trous 
ronds. Les guêpes entrent continuellement 
dans le guépier par l’un de ces trous, et 
sortent par l’autre; en sorte qu’elles n’éprou- 
vent aucun retard dans leurs travaux. 

L'intérieur est occupé par plusieurs gâ— 
teaux , parallèles et à peu près horizontaux. 
Ils ressemblent À ceux des mouches à miel, 
en ce qu'ils ne sont qu'un assemblage de 
cellules hexagones très régulièrement con- 
struites ; mais ils en diffèrent par beaucoup 
de circonstances. Ils sont faits de la même 
matière que l'enveloppe du nid, et la cire 
n’y entre pour rien. En outre, les gâteaux 

… des abeilles ont deux rangs de cellules qui 
ont leursouvertures les unes opposées aux 
autres ; celles de nos guépes n’ont qu'un 
rang, et leurs ouvertures sont dirigées en 

. bas. Les gâteaux des abeilles sont perpen- 

diculaires à l'horizon, tandis que ceux-ci 
sont horizontaux. 

Les guépiers ont quelquefois jusqu'à 


DES GUÈPES. 293 
quinze ou seize gâteaux d’un diamètre pro- 
portionné à celui de l'enveloppe. Tous ces 
gâteaux sont comme autant de planchers 
disposés par étages, qui fournissent dequoi 
loger un nombré prodigieux d’habitans. Ils 
laissent entre eux des chemins libres. Ces 
intervalles sont décorés par un grand nom- 
bre de colonnes, qui ne sont autre chose 
que les liens nécessaires pour soutenir les 
gâteaux. Ici les fondemens de l'édifice 
sont à sa partie la plus élevée ; c’est toujours 
en descendant que nos guêpes bâtissent. Ces 
liens, faits de même matière que le reste des 
gâteaux , sont massifs ; leur base et leur cha- 
piteau ont plus de diamètre que le reste. 

Il fallait aux guéêpes des chemins pour 
arriver à ces étages. Ces chemins ont été ré- 
servés entre les bords des gâteaux et les 
parois intérieures de l’enveloppe : celles-ci 
ne tiennent qu’en quelques endroits à la cir- 
conférence des gâteaux. 

Après avoir pris une idée grossière de 
l'édifice, il est temps de voir comment les 
guépes le bâtissent, de quel usage il leur est, 
et à quoi elles s’occupent dans son intérieur. 


Las 


294 HISTOIRE NATURELLE 


Mais ce sont des mystères qui se passent 
sous terre, et qu’il a été impossible de dé- 
voiler sans les tirer des lieux où elles ont 
fait leurs établissemens. Mais il est facile 
d’enlever le guépiers et de le transporter 
sous une ruche vitrée. Un dérangement plus 
considérable encore, ne forcerait point les 
guépes à l’abandonner : une fois mises dans 
une ruche, elles sont pacifiques, elles n’at- 
taquent point l’observateur qui se contente 
de les regarder. 

Après qu’elles ont été logées, elles com- 
mencent par travailler à réparer les désor- 
dres qui ont été faits au guépier. Elles trans- 
portent toutes les ordures qui peuvent être 
tombées dans la ruche, attachent solidement 
le nid contre les parois de cette ruche, et 
travaillent à en réparer les brèches, à le 

 fortifier et à augmenter considérablement 
l'épaisseur de son enveloppe. 

Cette enveloppe est un ouvrage particu- 
lier à nos mouches; il mérite une descrip- 
tion plus étendue, Son épaisseur a souvent 
un pouce,et demi : mais elle n’est point mas- 
sive; elle est formée de plusieurs couches 


EF DOS US De 2 2 à md ne. LR à L. 


DES GUÊPES. 295 
qui laissent des vides entre elles, de petites 
voûtes mises les unes sur les autres. Cha 
cune de ces voûtes est aussi mince qu'une 
feuille de papier. À mesure que les guêpes 
épaississent cette enveloppe, elles bâtissent. 
une autre couche sur celles qui sont déjà 
formées, et le nombre de ces couches ex- 
cède quelquefois quinze ou seize. Cette en- 
veloppe est une espèce de boîte, faite pour 
renfermer les gâteaux. 

Rien n’est plus amusant que de voir nos 
guépes travailler à l’étendre ou l'épaissir ; 
un grand nombre sont occupées à cet: oOu> 
vrage, qu’elles font avec la plus grandescé- 
lérité et sans confusion. Elles vont chercher, 
dans la campagne, les matériaux, nécess 
saires : la guépe qui les.a ramassés, revient 
chargée d’une petite boule faite d’une pâte, 
molle; elle la. tient entre ses, mâchoires, 2 
Arrivée dans le guépier, elle la porte à 
l'endroit où. elle. veut travailler, et l'y ap- 
plique aussitôt; La guépe marche à reculons; 
à chaque pas qu’elle fait, elle laisse devant 
elle une portion de la boule, sans la déta- 
cher du reste qu’elle tient entre ses deux 


RÉ R.- - din d mnt dsl é …_  : Do RE 


296 , HISTOIRE NATURELLE 
premières pates. Lorsqu'elle l’a appliquée 
entièrement, elle l’unit, en repassant plu- 
sieurs fois dessus de la même manière. Les 
matériaux qu'elle emploie sont des filamens 
du boïs qu’elle enlève avec ses mâchoires ; 
elle les humecte et les pétrit avant de les 
mettre en œuvre. 
Les guépiers, de méme que les ruches des 
abeilles, renferment trois sortes d'individus, 
qui sont les mâles, les femelles et les ou- 
vrières. Ces dernières sont incapables de 
contribuer à perpétuer leur espèce : leur 
nombre surpasse de beaucoup celui des 
mäles et des femelles; les plus grands tra- 
vaux roulent sur elles. Ce sont elles qui bâ- 
tissent, qui nourrissent les mâles, les femelles 
et même les petits. Celles qui sont chargées 
de l’approvisionnement, sont continuelle- 
ment à la chasse : les unes attrapent de vive 
force des inséctes qu’elles portent quelque- 
fois tout entiers au guépier; les autres pil- 
lent les boutiques des bouchers; d’autres 
rävagent les fruits de nos jardins; elles les 
rongent, les sucent, et en rapportent le suc. 
Toutes font part de ce que leurs courses 


RE at ne He. sed er à. on ts nétnéhts sd cotés 
DES GUÊPES. 297 


leur ont produit, aux mâles, aux femelles 
et même à d’autres ouvrières qui, pour 
avoir été occupées dans l’intérieur, n’ont 
pu aller chercher de quoi vivre. Dès qu’une 

, de celles qui sont chargées de l’approvision- 
nement est arrivée » plusieurs guêpes s’as- 
semblent autour d'elle, chacune prend sa 
part de ce qu’elle apporte, mais tout se fait 
de gré à gré sans combat. Celle qui n'a 
trouvé que des fruits ne pouvant rapporter 
une nourriture solide, régale quelques ha- 
bitans du guépier de deux ou trois gouttes 
d’uneliqueur sucrée qu’elle fait sortir de sa 
bouche. 

Les ouvrières sont les plus petites, les 
plus vives et les plus actives; les femelles 
sont les plus grosses et les plus pesantes; 
dans de certains temps, il »’y en a qu'une 
seule dans le guépier ; mais quelquefois il y 
en à plus de trois cents. Les mâles sont de 
grosseur moyenne; ils sont aisés À recon- 
naître par leurs antennes, qui sont plus 
longues que celles des mères et des ouvrières, 
et recourbées à l’extrémité ; leur abdomen 


kr 
208 HISTOIRE NATURELLE 


est composé de sept anneaux, celui des 
mères et des ouvrières n’en à que six. 

Les mères ne volent dans la campagne 
qu'au printemps et en automne; pendant 
l'été, elles sont renfermées dans l'intérieur 
du guépier , occupées à pondre, et surtout 
à nourrir leurs petits. 

Un guépier qui a tous ses gâteaux, con- 
tient ordinairement quinze à seize mille 
cellules, dont chacune est remplie par un 

œuf, un ver où une nymphe; ce sont les 
vers qui occupent principalement les gué- 
pes qui se tiennent dans l’intérieur du gué- 
pier; celles-ci les nourrissent de la même 
manière que les oiseaux nourrissent leurs 
petits, en leur donnant de temps en temps 
la becquée , après avoir ramolli dans leur 
bouche les alimens que les vers ne pour- 
raient digérer. 

Vingt jours après que les œufs ont été 
pondus, les vers sont prêts à se métamor- 
phoser en nymphes; alors ils bouchent l’ou- 
verture de leur cellule avec un couvercle 
de soie qu'ils filent, comme font les che- 


RS à M cn vol me. da “nt OS | de. es dd do. “à 


na SO D de #7 2] . “à or St à 


DES GUÈPES. 299 


nilles en construisant leur coque. Là, ils se 
changent en nymphes, et restent sous cette 
forme huit ou neuf jours, au bout desquels 
les guêpes se débarrassent de leur enve- 
loppe; dès qu’elles l'ont quittée, elles font 
usage de leurs dents pour se faire un pas- 
sage en rongeant le couvercle de leur cel- 
lule ; après l'avoir détaché, elles le pous- 
sent en dehors, et sortentaussitôt, Ia cel- 
lule ne reste pas long-temps vacante; dès 
qu’elle-a été abandonnée, une wieille guêpe 
la nettoie, et la rend propre à recevoir un 
nouvel œuf, 

Les cellules destinées à recevoir.les œufs 
d’où doivent sortir les ouvrières, ne se 
trouvent jamais placées parmi celles qui 
renferment les œufs qui donnent les mâles 
et les femelles; des gâteaux ‘entiers sont 
composés de ces premières, ‘qui sont plus 
petites que les autres. 

Mais tout l'édifice des guépes, qui est un 
ouvrage de quelques mois, ne doit durer 
qu'une année; ‘cette habitation si peuplée 
pendant l'été, est:presque déserte pendant 
l'hiver, et entièrement abandonnée au prin- 


ile cé ie, (nd ds à re Sd di ln 


300 HISTOIRE NATURELLE 


temps; le plus grañd nombre de ses habi- 
tans périt en automne; quelques femelles, 
destinées à perpétuer l'espèce, passent l’hi- 
ver engourdies , et au printemps suivant, 
chacune d'elles devient la fondatrice d’une 
nouvelle république, dont elle est la mère; 
alors elles n’ont pas une seule ouvrière à 
leur disposition; c’est à elles à creuser, ou 
à trouver sous terre un trou, à y bâtir des 
cellules propres à recevoir leurs œufs, et à 
nourrir les vers qui éclosent, jusqu’à ce que 
quelques uns de ceux auxquels elles ont 
donnénaissance, soient devenusinsectes ailés, 
et puissent les seconder dans leurs travaux. 
Comme les ouvrières sont les plus utiles, ce 
sont elles qui naissent les premières ; les 
mäles et les femelles ne paraissent que vers 
la fin de l'été, et au commencement de 
l'automne; leur accouplement a lieu dans le 
guêépier même où ils sont nés. 

L’occupation des mâles dans le guépier se 
borne à le nettoyer et à en enlever les corps 
morts. De même que les mâles des abeilles, 
ils sont privés d’aiguillon; il n’y a que les 
mères et les ouvrières qui en soient pour- 


DES GUÉPES. 307 


vues : celui des mères est plus long que ce- 
lui des ouvrières, et la piqüre de ces armes 
est beaucoup plus forte, et cause une dou- 
leur plus vive que celle des abeilles ; la vio- 
lente cuisson dont elle est suivie, est pro- 
duite par une liqueur vénéneuse très lim- 
pide introduite dans la plaies 

La paix ne règne pas toujours dans les 
républiques des guêpes; il y a souvent des 
combats entre les ouvrières, ou entre celles- 
ci et les mäles; ces derniers , quoique plus 
grands, sont plus faibles ou plus lâches ; 
mais les combats y vont rarement à mort. 

Enfin, lorsque les premiers froids se font 
sentir, nos guêpes, de même que les précé- 
dentes, de mères si attentives qui nourris- 
saient avec tant de soins leurs petits, de- 
viennent des marâtres impitoyables ; elles 
arrachent de leurs cellules tous les vers qui 
ne s’y sont pas encore renfermés; les ou- 
vrières et les mâles les portent hors du gué- 
pier; rien n’est épargné , le massacre est 
général. Il paraît qu’elles craignent que 
leurs petits ne puissent supporter le froid 
et la faim pendant cette saison, où elles 

VIT, 26 


0 ne bals tant dt ue | sd Gas dé Mt E dé 


302 HISTOIRE NATURELLE : 


trouvent à peine une nourriture peusolide ; 
elles finissent ‘elles-mêmes par mourir Îles 
unes après les autres , et de cette nombreuse 
ille,, il me reste au printemps que quel- 
ques mères. 
Elle habite l’Europe: elle est très com- 
mune aux environs de Paris. 


. La Guépe cartonnière, Vespa 
chartaria. 


Cette espèce a environ ‘cinq lignes de 
longueur ; ‘elle est noire ; élle a seulement 
unpeu de jaune à la lèvre supérieure, à la 
base desmandibules, derrière les yeux, à 
la ‘partie antérieure du corselét, derrière 
l’écusson et aux bords des einq'premiers an- 
meaux ‘de l’abdomen; ses pates et ses an- 
tennés sont noires. 

Ælle est très commune à Cayenne. 

Ces guêpes vivent ‘en société, dans ‘un 
guépier qu'elles bâtissentsurune petite bran- 
che d’arbre à laquelleäl tient par une espèce 
. de tuyau placé à sa partie supérieure ; la 
forme:de ces guépiers est un/peu conique; 


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1.1. Guêpier de la 
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2.L. Dorsigere : 
3. Chrysis cnflamme . 


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PET REA ONE 


él nt + nm dl te ÉS . - AS. ARS RS D à À 


DES GUËPES. 303 


celui que nous décrivons, a sept pouces de 
longueur, et douze de circonférence ; mais * 
on en trouve, de beaucoup plus grands. Ils, 
sont entièrement recouverts d’une espèce de 
carton fait de filamens de bois ramollis par 
les guêpes ; elles forment avec ces filamens 
différentes couches qu’elles collent parfaite- 
ment les unes sur les autres. Ce carton a 
plus d’une demi-ligne d’épaisseur ; il est 
d’un blanc jaunâtre marbré de brun. C’est 
sous cette enveloppe que sont renfermés les 
gâteaux qui contiennent les cellules : le 
nombre de ces gâteaux varie suivant la 
grandeur du guépier ; on en trouve qui en 
contiennent dix ou douze. Chaque gâteau 
est convexe en dessous; c’est sur ce côté que 
sont placées les cellules. Ces gâteaux ne 
tiennent point les uns aux autres, il se trouve 
un espace vide entre eux; mais leurs bords 
sont solidement attachés à la couverture 
dont ils paraissent faire partie. Chaque gâ- 
teau est bâti à mesure que la république 
augmente : la partie inférieure de l’enve- 
loppe est la base sur laquelle sont placéés 
les nouvelles cellules , après que les guêpes 


sd — ST — … fiches à à 


304 HISTOIRE NATURELLE 


ont prolongé l'enveloppe de ce côté. Une 
seule ouverture donne entrée aux guépes ; 
elle est placée à la partie inférieure du 
guépier, qui se termine en pointe mousse. 

Les mœurs de ces guêpes ne nous sont 
pas connues; mais on peut présumer qu’elles 
diffèrent peu de celles des guëêpes d’Eu- 
rope qui vivent en société. 


>» 


XXVIII GENRE. 


LEUCOPSIS. 


Caractères génériques. Antennes courtes, droites, 
un peu plus grosses vers le bout; articles courts, 
peu"distinéts. — Quatre antennules courtes; les 
antérieures composées de quatre articles, les pos- 
térieures de trois. — Ventre attaché au corselet par 

“un pédicule court, — Aiguillon triple, recourbé, 
relevé et appliqué sur le ventre dans la femelle. 
— Trois petits yenx lisses. 


Les leucopsis ont les antennes coudées, 
placées au-devant de la tête, dans une pe- 
tite cavité qui se trouve entre les deux 
yêux ; elles sont composées de dix articles; 
le premier beaucoup plus long que les au- 


TS RSS ST ee 


DES LEUCOPSIS, 305 


tres; ellés vont en grossissant de la base au 
sommet, et sont presque de la longueur du 
corselet. 

La tête est aplatie, de forme triangulaire , 
placée verticalement, appliquée contre le 
corselet. 

Le corselet est grand, convexe en des- 
sus : il paraît formé de deux pièces; l’anté- 
rieure est plus large que longue; la première 
paire de pates y est attachée. 

Les leucopsis sont très faciles à distin- 
guer des guépes par la forme de leur abdo- 
men, qui est comprimé, renflé vers le milieu, 
obtus à l’extrémité. 11 paraît n'être composé 
que de deux anneaux, dont le premier est 
beaucoup plus court que le dernier, et at- 
taché au corselet par un pédicule peu vi- 
sible. Mais ce que l'abdomen des leucopsis 
a de plus remarquable , c’est la séparation 
de ces deux anneaux dans la plus grande 
partie de leur circonférence : ils ne sont 
joints ensemble qu’en dessous par une es- 
pèce de charnière, qui laisse à l'insecte la 
facilité de mouvoir son dernier anneau à 
volonté. Cette séparation n’est visible que 


.. 


PORT NT CS TO ENT PE D I a <— + 

306 HISTOIRE NATURELLE 

lorsqu'on cherche à la voir, parce qu’ordi- 

_ nairement l'extrémité du premier anneau 
recouvre entièrement la partie antérieure 
du dernier; de sorte que ces deux anneaux 
paraissent réunis, On remarque à la partie 
supérieure du bord du dernier une échan- 
coure assez profonde, 

La conformation de l’aiguillon de cesin- 
sectes n'est pas moins singulière que celle 
de l'abdomen, au-dessous duquel il estplacé. 
Il prend naissance près de sa base; il y est 
appliqué et recouvert par une pièce étroite 
qui se termine au-delà de l'extrémité de l’ab- 
domen, où l’aiguillonse recourbe sur le dos, 
ets’étend jusqu’au corselet, Dans cette partie, 
il est renfermé dans une espèce de gaîne 
composée de deux pièces. La femelle est 
en outre pourvue d’une tarière de la lon- 
gueur de l’aiguillon, qui a également son 
insertion au-dessous et près la base de l’ab- 
domen : elle est recouverte à son origine par 
une pièce membraneuse qui s'étend jusque 
vers le milieu de l'abdomen. Cette tarière 
est filiforme, et recourbée sur le dos de 
même que l’aiguillon. 


DES LEUCOPSIS. 307 

Les ailes supérieures sont à peu près de. 
la longueur du corps; les inférieures sont 
plus courtes. 

Les pates antérieures sont countes; les 
postérieures sont plus longues ; les euisses 
postérieures sont très larges , aplaties inté- 
rieuremént , convexes extérieurement : elles 
sont dentées et arquées. 

La manière de vivre de.ces, insectes n’est 
point connue. 

Ce genre ne renferme que trois espèces. 
Nous décrirons celle qu’on trouve aux en- 
virons de Paris. 


La Leucopsis dorsigère, Leucopsis 
dorsigera. 


Elle a les antennes noires, jaunes à la 
base, la tête noire, le corselet noir, avec 
deux lignes jaunes à sa partie antérieure, 
une à sa partie postérieure au-dessus de 
l’écusson , et une de même couleur au-des- 
sous de la base des ailes; l’abdomen est 
presque sessile, comprimé, obtus, d’un 
noir brillant, avec deux bandes jaunes obli- 


at te nt LA A, ed 2. ne ss iii OR us 


308 HISTOIRE NATURELLE 


ques, la première interrompue dans son 
milieu, deux taches de même couleur entre 
ces deux bandes , et l'extrémité jaune; les 
pates sont jaunes ; les cuisses postérieures 
très larges, dentées, jaunes, avec une grande 
tache noire ; les autres cuisses sont noires ; 
les ailes sont brunes. 

Elle habite l'Italie et les départemens mé- 
ridionaux de la France. On la trouve, vers 
le milieu de l’été, aux environs de Paris. 

Des deux ‘autres espèces qui composent 
ce genre, l’une se trouve sur la côte de 
Coromandel, et l’autre en Allemagne. Elles 
ont beaucoup de ressemblance avec la leu- 
copsis dorsigère. 


. 
DES CHRYSIS. 30g 


XXIX° GENRE. 


CHRYSIS. 


» 

Caractères génériques. Antennes courtes, filifor- 
mes; premier article un peu plus long de autres 
courts et égaux. — Quatre antennules liformes, 
inégales; les antérieures une fois plus longues, 
composées de cinq articles; les postérieures de 
quatre, dont le premier à peine distinet. — Ventre 
attaché au corselet par un pédicule court. — 
Aiguillon simple, pointu, caché dans l'abdomen. 
— Trois petits yeux lisses. 


Les chrysis diffèrent des guépes par la 
forme de leurs antennes, qui sont filiformes, 
vibratiles , guère plus longues que la tête, 
au-devant de laquelle elles sont insérées ; 
élles sont coudées, rapprochées à leur base, 
composées de douze articles; le premier 
long et cylindrique, les autres presque 
égaux. 

La tête est un peu plus large que le cor- 
selet , contre lequel elle est appliquée. 

Le corselet est plus long que large, un 
peu renflé; il paraît composé de plusieurs 


DRE VO. dE. > 


310 HISTOIRE NATURELLE 

pièces jointes ensemble; de chaque côté de 
"sa partie postérieure, il est armé d’une 
pointe saillante. 

L’abdomen est joint au corselet dans toute 
sa largeur; il est convexe en dessus, ar- 
rondi, un peu aplati en dessous ; dans le 
plus grand nombre des espèces l’anus est 
denté. Celui des femelles renferme une ta- 
rière, composée de plusieurs tuyaux de 
différentes longueurs , qui glissent les uns 
sur les autres, lorsque l’insecte l’allonge. 
Cette tarière contient un aiguillon composé 
de trois pièces, qui sert à la femelle pour 
déposer ses œufs. Quoique cet aiguillon soit 
très pointu , on peut toucher à ces insectes 
sans craindre d’en être piqué. 

Les pates sont de longueur moyenne. 

Les ailes ne sont point pliées comme 
celles des guêpes; les supérieures sont un 
peu plus longues que les inférieures. 

Nous ne connaissons point les mœurs ni 
les larves de ces jolis insectes, auxquels on 
a donné le nom de crysis à cause de la 
beauté de leurs couleurs , qui ont le brillant 
et l'éclat des pierres précieuses; mais on 


+ 
DES CHRYSIS, 317 


présume que leurs habitudes et leurs mé-« 
tamorphoses ont beaucoup de rapport avec 
celles des sphex et des ichneumons. 

On les trouve pendant l'été sur les mu- 
railles et autour des vieux bois, quelque- 
fois sur les fleurs ; ils sont très vifs , et ont 
le vol léger. Quand on les prend, ils se 
mettent en boule, courbent leur ventre en 
dessous, et portent son extrémité jusqu'à 
la tête ; en même temps ils appliquent leurs 
pates et leurs antennes contre le corselet , 
et renferment toutes ces parties dans la ca- 
vité de leur ventre. 

Ce genre est composé d’une trentaine 
d'espèces ; la plus grande partie habite l’Eu- 
rope; on en trouve dix ou douze aux en- 
virons de Paris. Nous allons passer à la des- 
cription de quelques espèces. 


Le Chrysis incarnat, Chrysis carnea. 
G. Parnopès. Larn. 


Il a environ six lignes de longueur; ses 
antennes sont noires; sa tête est verte, avec 
un petit duvet argenté et luisant près de la 


312 HISTOIRE NATURELLE 


. bouche, en dessus; le corselet est chagriné , 
vert, avec les angles postérieurs saillans ; 
l’écusson est proéminent et obtus; l’abdo- 
men est d’un rouge de chair, avec le pre- 
mier anneau vert; l’anus a quelques petites 
dentelures. On trouve cette espèce aux 
environs de Paris, dans les lieux chauds et 
sablonneux. 

M. Latreille a découvert la manière dont 
cette espèce pourvoit aux besoins de sa pos- 
térité. La femelle fait sa ponte dans les trous 
assez profonds que lé bembez à bec (rostrata), 
femelle , creuse dans les terres légères et 
sablonneuses , et au fond desquels il empile 
des cadavres de syrphes, taons , bombilles, 
et autres déptéres, destinés à servir de 
nourriture à ses petits. Le panorpès épie 
l'instant où le bembex est éloigné du nid 
qu'il a préparé à sa famille; il y pénètre , 
et y place ses œufs. Les larves auxquelles 
ils donnent naissance consomment probable- 
ment les vivres qu’elles y trouvent rassem- 
blés, et dévorent peut-être encore les larves 
du bembex, Celui-ci aperçoit quelquefois 
l'ennemi de sa postérité, fond alors sur lui 


nr Le nn à LÉ né) ES | 
2 
DES CHRYSIS, 313 


avec impétuosité , en manifestant des signes 
de colère , le saisit, et cherche à le percer 
de son aïiguillon; mais le parnorpès se met 
eh boule à la manière des fatous ou des 
hérissons, et oppose à son ravisseur un 
bouclier impénétrable, la peau qui re- 
couvre le dessus de son corps étant fort 


dure. 
Le Chrysis enflammé, Chrysis ignita. 


Il a les antennes noires, la tête d’un vert 
doré brillant; tout le corps est finement 
pointillé ; le corselet d’un vert doré brillant 
antérieurement, bleu postérieurement ; l’ab- 
domen est convexe en dessus, composé de 
quatre anneaux ; le second est le plus grand; 
le troisième est couronné de pointes fines 
et serrées; l'anus est terminé par quatre 
dents; il est d’un rauge pourpre cuivreux 
en dessus, d’un vert brillant en dessous ; 
les pates sont vertes ; les tarses noirâtres ; 
les ailes ont une légère teinte de brun, avec 
les nervures obscures. 

IL habite dans les trous des murs et dans 

LALE 27 


bah du.  » … ‘CR OR DL — 


314 HISTOIRE NATURELLE 


les vieux bois : il est très commun en été 
aux environs de Paris, 
On le trouve dans toute l’Europe. 


Le Chrysis brillant, Chrysis micans. 


Il à environ trois lignes de longueur ; les 
antennes sont noires ; le corselet est grand, 
chagriné ; l'abdomen est lisse, composé de 
trois anneaux , arrondi; l’anus est entier ; 
il ést entièrement de couleur bleue ver- 
dâtre , à l’exception des deux premiers an- 
neaux de l'abdomen, sur lesquels est une 
grande tache ovale, noire, très brillante ; 
les ailes ont une teinte noirâtre, depuis le 
milieu jusqu’à l'extrémité ; elles sont trans- 
parentes depuis leur origine jusqu'au mi- 
lieu ; les nervures sont noires. 

Degéer, qui a trouvé cette espèce dans 
une galle résineuse du pin, présume que 
sa larve s’est nourrie d’une chenille ; il n’a 
trouvé au fond de la galle qu’une coque 
vide , d’une soie lâche, que le chrysis avait 
percée pour en sortir, et les excrémens de 
la chenille. ‘ 

Il se trouve en Suède. 


rl à Gén = idée —— - Sos dt 


DES CHR YSIS. 315 
Le Chrysis lucide, Chrysis lucidula. 


Les antennes et les yeux sont noirs; la 
tête est verte, avec un peu de rouge À sa 
partie postérieure ; le corselet est chagriné, 
vert, d’un rouge cuivreux sur le milieu ; 
l'abdomen est finement pointillé d’un rouge 
cuivreux brillant en dessus, noirâtre en 
dessous; l’anus est entier; les pates sont 
vertes , les tarses noirs , les ailes obscures. 

Il se trouve au midi de l’Europe : il est 
très commun aux environs de Paris. 


XXX° GENRE. 
TIPHIE. 


Caractères génériques. Antennes courtes, filiformes, 
roulées en spirale; premier article un peu plus 
gros et plus long, — Quatre antennules inégales, 
filiformes ; les antérieures un peu plus longues, 
composées de six articles égaux; les postérieures. 
de cinq. — Ventre attaché au corselet par un 
pédicule court. — Aiguillon simple, caché dans 
l'abdomen, — Trois petits yeux lisses, 


Les tiphies ont les antennes courtes, pla- 
cées près de la bouche ; le premier article 


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, "3 Le ji Sotétutinug à ni codé ft 2 


‘ 


316 HISTOIRE NATURELLE 
gros, un peu conique; les autres amincis à 
leur base, d’égale longueur. 

La tête est large, très obtuse, arrondie 
postérieurement ; les yeux sont petits, OVa- 
les ; le corselet est tronqué postérieurement ; 
l'abdomen est de forme ovale; le premier 
anneau est pyriforme ; il est attaché au cor- 
selet par un pédicule court. 

Les pates sont courtes ; les cuisses gros- 
ses, comprimées ; les jambes courtes , les 
tarses renflés, épineux. 

Le corps est un peu velu ; les femelles ont 
un aiguillon caché dans l'abdomen. 

Les ailes sont plus courtes que l’abdomen. 

Les mœurs de ces insectes sont entière- 
ment inconnues. 

Ce genre renferme dix-huit ou vingt es- 
pèces; huit habitent l'Europe, et une seule 
les environs de Paris. Nous ne décrirons 
que peu d’espèces. 

La Tiphie à grosses cuisses, Ziphia 
femorata. 


Cette espèce esb entièrement noire ; ses 
antennes sont courtes, roulées en spirale ; 


Ce Ter 


Ma, de 0 ue; ©) ÉÉNRSÉ ESS Rd 


DES TIPHIES. 3x7 
le corps est un peu velu; l'abdomen est 
attaché au corselet par un pétiole très court; 
les derniers anneaux vont en diminuant; les 
cuisses de la deuxième et de la troisième 
paire de pates sont fauves; les postérieures 
sont renflées; les ailes sont plus courtes 
que l’abdomen. La femelle a une tarière ca- 
chée dans l'abdomen. 

On la trouve en Angleterre et aux en- 
virons de Paris. 


La Tiphie à trois bandes , 7iphia 
tricincta. 


Elle a les antennes, la tête et le corselet 
noirs ; l'abdomen noir, avec trois bandes 
transversales fauves, et l’extrémité ferrugi- 
neuse ; les pates ferrugineuses. 

On la trouve dans l'Amérique méridio- 
nale. 


La Tiphie ponctuée, Z'iphia punctata. 


Elle a la tête et le corselet jaunes, avec 
des points noirs; l'abdomen conique, jaune, 
avec l'extrémité noire; les cuisses posté- 


TT CP OR RT ET 7 


318 HISTOIRE NATURELLE 


rieures renflées, dentées ; les ailes blanches, 
sans taches. 
Elle habite l’Europe. 


XXXI° GENRE. 


ÉVANIE. 


Caractères génériques. Antennes filiformes, assez 
longues; premier article très long, presque cylin- 
drique; les autres courts, égaux, peu distincts. 
— Quatre antennules inégales ; les antérieures 

“plus longnes, filiformes, composées de six ar- 
ticles; les postérieures de quatre, dont le dernier 
en masse, — Ventre comprimé, presque triangu- 
laire, attaché au corselet par un long pédicule. — 
Aiguillon très petit, caché dans l'abdomen, — 
Trois petits yeux lisses. 


Les évanies ont les antennes vibratiles, 
rapprochées , insérées près de la bouche, 
_ composées de onze articles; le premier 
long, cylindrique ; le second très court; les 
autres presque égaux. 

La tête est un peu aplatie, un peu moins 
large que le corselet, auquel elle tient par 
uné espèce de cou mince assez court. 


DES ÉVANIES. 319 


Le corselet est grand , convexe; les pee 
y sont attachées. 

L'abdomen est très petit, comprimé, 
triangulaire, composé de cinq ou six an- 
neaux; il est joint au corselet par un pédi- 
cule très long, mince, arqué , inséré sur la 
partie supérieure du corselet ; l’aiguillon est 
court , renfermé dans l’abdomen. 

Les quatre pates antérieures sont de gran- 
deur moyenne; les postérieures sont très 
longues. ÿ e 

Les ailes sont moins longues que lab- 
domen. 

Cesinsectes diffèrent beaucoup desichneu- 
mons, parmi lesquels Réaumur et Degéer 
ont placé la seule espèce qu'ils ont connue. 

Le genre évanie renferme un très petit 
nombre d’espèces : on n’a point encore 
observé les mœurs de ces insectes , et leurs 
larves sont inconnues. 


L'Évanie appendigastre, £vania 
appendigaster. 


Elle est noire ; les antennes sont longues; 
la tête et le corselet sont raboteux ; l’abdo- 


320. HISTOÏRE NATURELLE | Le 
men est lisse, d’un noir brillant; les an- 
: neau sont peu distinots ; l'anus est placé à, 
* l'extrémité de l’anglé supérieur ; les ailes” 
sont courtes, transparentes , blanches, avec 
les-nervures noires, et un point de même 
“couleur au milieu du bord extérieur des 
_ supérieures; les pates postérieures sont très 
longues. RP 
On la trouve dans les départemens méni- 
dionaux de la France , en Italie, en Afrique 
et dans.la Nouvelle-Hollande. 


L'Évanie naine, Ævania minuta. 


Elle n’a qu’une ligne de longueur ; elle 
ressemble beaucoup à la précédente ; tout 
le corps est très noir ; la tête et le corselet 
sont raboteux ; l'abdomen très pétit , noir, 
lisse ; les ailes sont blanches, transparentes, 
veinées de noir à leur base. 

. On la trouve aux environs de Paris. ! 


FIN DU TOME SEPTIÈME. 


D£ L'IMPRIMERIE DE CRAPELET, 
rue de Vaugirard, n° 9,